La dérive du Polisario, miroir des déchirures algériennes

Brahim Ghali, le chef du Polisario.

Revue de presseLe report du 17e congrès du Front Polisario, loin d’être une simple question d’agenda, agit comme un révélateur des fractures profondes qui minent à la fois le projet séparatiste et son parrain historique, le régime algérien. Cet article est une revue de presse d’Assabah.

Le 28/09/2025 à 19h57

Le report du dix-septième congrès du Polisario, décidé par Brahim Ghali, s’apparente bien moins à un contretemps organisationnel qu’à une nouvelle scène d’une pièce désertée par son public et ses mécènes, dans l’attente mélancolique du baisser de rideau final. «Cette décision traduit l’ampleur d’une crise sourde qui ronge un projet mort-né», soulige le quotidien Assabah dans son édition du lundi 29 septembre.

La tourmente est d’autant plus significative que la junte militaire algérienne, parrain officiel de cette aventure vieille d’un demi-siècle, marque une réticence croissante à assumer le financement d’une direction amorphe. Cette tutelle pèse désormais lourdement sur son bilan politique intérieur et écorne son image sur la scène internationale, accentuant son isolement. Dans les cénacles décisionnels d’Alger, les voix préconisant de se délester de ce fardeau polisarien gagnent en audience.

Les généraux, qui avaient érigé ce soutien en dogme intangible en l’enrobant de slogans sur les droits des peuples, perçoivent désormais que cette rhétorique ne convainc plus. Elle s’est muée en un imbroglio politique, sécuritaire et financier. À l’heure où le dictateur syrien Bachar Al-Assad a chuté et où le régime iranien est sous pression, les caporaux d’Alger ont acquis la conscience que leur entêtement à défier l’Occident et les États-Unis via la carte du Polisario constitue un pari perdu d’avance dans un monde en mutation rapide.

Ce report met ainsi à nu la crise existentielle que traverse le Polisario, face à un incubateur algérien lui-même en proie à la confusion et déchiré par des divisions intestines. Le pouvoir craint désormais que sa créature ne se transforme en une allumette capable d’embraser les poudres par des règlements de comptes au sein de ses propres ailes militaires. La fuite retentissante vers l’Espagne du général Nasser El Jenn, naguère pilier de l’appareil de sécurité intérieure, illustre l’acuité de la confusion qui règne dans la «maison des généraux».

Cette défection pourrait bien sonner comme le début d’un compte à rebours annonciateur d’explosions internes, susceptibles de faire du dossier polisarien l’un des catalyseurs accélérant l’effondrement du système de Ben Aknoun de l’intérieur. «Dès lors, persister à tabler sur un projet aussi moribond face à des fissures d’une telle ampleur est devenu intenable, y compris au sein du sérail militaro-politique. Bien plus, cette persistance s’est transformée en une bombe à retardement que le régime redoute de voir lui exploser au visage», note Assabah.

Ainsi, la décision de reporter le congrès devient le miroir non seulement des déchirures au sein de la direction séparatiste, mais aussi des craintes algériennes de voir ce dossier dégénérer en guerres fratricides au cœur de ses propres branches militaires. Quant au bureau de coordination militaire de Tindouf, dépositaire des secrets de Rabbouni, il n’ignore pas une évidence: Brahim Ghali est en train de jouer sa dernière carte.

Par Hassan Benadad
Le 28/09/2025 à 19h57