La préparation des élections législatives prévues le 23 septembre prochain semble provoquer un contraste saisissant entre la majorité et l’opposition. «L’engagement affiché par les partis de la majorité, qui ont choisi de présenter leurs dirigeants et plusieurs figures gouvernementales aux suffrages populaires, met en lumière le retrait, voire l’hésitation, de nombreux chefs de partis d’opposition», indique le quotidien Assabah dans son édition du lundi 6 avril.
Du côté de la majorité, des formations comme le Rassemblement national des indépendants, le Parti de l’authenticité et de la modernité et le Parti de l’Istiqlal ont clairement opté pour une stratégie d’exposition directe. Leurs secrétaires généraux, accompagnés de plusieurs ministres et secrétaires d’État, se lancent dans la compétition électorale, assumant ainsi un test direct de leur popularité auprès des électeurs.
«À l’inverse, plusieurs dirigeants de l’opposition, qu’ils soient représentés au Parlement ou en dehors, semblent éviter cette confrontation», précise Assabah. Certains partis organisent des rencontres internes dans des conditions parfois critiquées, allant jusqu’à mobiliser des participants contre rémunération afin d’assurer une présence suffisante et une couverture médiatique par les chaînes publiques. «Ces rassemblements, centrés sur le renouvellement de la confiance envers des dirigeants en poste depuis parfois plus de deux décennies, apparaissent davantage comme des démonstrations de façade que comme de véritables exercices démocratiques internes», note Assabah.
Dans ces formations, la longévité des dirigeants est frappante. Certains d’entre eux, installés à la tête de leurs partis depuis 13, 20 ou même 25 ans, évitent soigneusement toute mise en cause, que ce soit sur le plan juridique ou politique. L’essentiel semble être de préserver leur visibilité, notamment à travers des mises en scène où les applaudissements, souvent portés par une assistance féminine accompagnée d’enfants, jouent un rôle symbolique important.
Cette stratégie s’accompagne d’un choix électoral pragmatique plutôt que de briguer des sièges parlementaires, ces responsables privilégient souvent des circonscriptions rurales ou périurbaines, où la compétition est jugée moins rude, dans l’espoir d’obtenir des mandats locaux, notamment au sein des conseils territoriaux.
Une exception notable se dessine toutefois au sein de certains courants de gauche, comme le Parti socialiste unifié et la Fédération de la gauche démocratique. Ces formations se distinguent par un fonctionnement davantage axé sur les programmes, la production d’idées et une certaine rotation des responsabilités.
«Au sein de l’opposition parlementaire, les positionnements restent flous», souligne Assabah. Driss Lachgar, premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires, a éludé les questions concernant sa propre circonscription, déclarant être candidat dans l’ensemble des districts, une manière de souligner son rôle de superviseur dans la sélection des candidatures à l’échelle nationale et régionale.
De son côté, Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme, a choisi de ne pas se présenter, marqué par une précédente expérience électorale infructueuse qu’il attribue à l’usage de l’argent par ses adversaires. Malgré les recours judiciaires qu’il avait engagés à l’époque, ceux-ci n’avaient pas permis de renverser le résultat. Il appelle aujourd’hui les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales et à soutenir des candidats qu’il qualifie d’intègres, afin de contrer les pratiques qu’il dénonce.
Enfin, Abdelilah Benkirane, ancien chef du gouvernement et actuel secrétaire général du Parti de la justice et du développement, a décidé de se lancer dans la bataille électorale, tout comme Mohamed Ouzine, dirigeant du Mouvement populaire. Le Parti de la justice et du développement semble miser sur certaines circonscriptions stratégiques, dans l’espoir de reproduire ses succès électoraux passés de 2011 et 2016. Toutefois, son discours politique, de plus en plus orienté vers des enjeux internationaux, pourrait se heurter à un électorat davantage préoccupé par les questions locales.




