La Chambre criminelle près la Cour d’appel de Rabat a rendu, le 7 janvier, un jugement retentissant dans l’affaire de la cellule terroriste connue sous le nom des «Lions du califat». Les membres de cette organisation ont été condamnés à un total de 151 années de prison. Le principal accusé écope de vingt-trois ans de réclusion, deux autres de dix-huit ans chacun, six prévenus ont reçu dix ans, un douze ans et deux individus quatre ans de détention. Ce procès a permis de mettre en lumière un projet terroriste particulièrement structuré, orchestré depuis le Sahel, et planifié avec un niveau d’organisation inquiétant, souligne le magazine Jeune Afrique.
Ces condamnations s’inscrivent dans une série d’opérations antiterroristes initiées dès janvier 2025, lorsqu’un premier groupe de suspects a été arrêté à Had Soualem, dans la région de Casablanca. Quatre hommes, dont trois frères, étaient soupçonnés de préparer des attaques ciblant des sites sécuritaires et des lieux publics. Les autorités marocaines ont précisé que ce groupe entretenait des contacts directs avec un chef jihadiste opérant au Sahel et affilié à Daech. Ce dernier aurait recruté et endoctriné les individus via des plateformes en ligne, révélant ainsi la capacité des réseaux terroristes à étendre leur influence à distance.
Le démantèlement, en février 2025, de la cellule plus vaste des «Lions du califat» dans neuf villes du Royaume, dont Casablanca, Fès, Tanger et Laâyoune, a confirmé l’existence d’un commandement extérieur unique, a-t-on pu lire dans Jeune Afrique. L’instruction a identifié Abderrahmane Sahraoui, un ressortissant libyen, comme figure centrale de ce réseau. Il est présenté comme responsable du comité des opérations extérieures de la branche sahélienne de Daech, chargé de superviser et de valider les projets d’attentats à distance. Les enquêteurs ont établi que cette organisation s’inscrivait dans la continuité des réseaux jihadistes structurés autour de l’ex-émir Adnan Abou Walid al-Sahraoui, ancien chef de l’État islamique au Grand Sahara, tué en 2021. Le schéma repose sur une chaîne de commandement externe, combinée à la mise en place au Maroc de cellules locales restreintes, chargées de la coordination, du repérage et de la logistique des attaques.
Sur le plan opérationnel, le procès a révélé la dangerosité concrète de la menace, a-t-on encore pu lire dans Jeune Afrique. Les perquisitions ont permis de découvrir des engins explosifs artisanaux prêts à l’emploi, des systèmes de détonation à distance activables par téléphones portables, ainsi que des substances chimiques destinées à la fabrication d’explosifs. Les forces de sécurité ont également saisi un arsenal comprenant des fusils d’assaut de type kalachnikov, des armes de poing et des armes blanches. Une cache située dans le sud-est du pays contenait des munitions enveloppées dans des journaux maliens datés de janvier 2025, suggérant un lien logistique avec les circuits sahélo-sahariens.
Devant la Cour, les autorités ont décrit un projet terroriste combinant téléguidage depuis le Sahel, structuration locale au Maroc et diversification des modes opératoires. Les plans interceptés associaient l’usage d’explosifs à distance à des attaques pouvant être menées par des individus agissant de manière isolée, une tactique dite du «loup solitaire». Ce mécanisme, déjà perceptible lors des premières arrestations à Had Soualem, a été présenté comme le cœur de la menace neutralisée par les forces de sécurité.
Au-delà des peines prononcées, ce verdict représente une reconnaissance judiciaire de l’existence d’une menace durable, à la fois extérieure et enracinée localement. Rabat affirme sa volonté de la contenir par l’anticipation, la judiciarisation et la coopération sécuritaire avec ses partenaires régionaux, dans un contexte marqué par la montée en puissance des groupes jihadistes sahéliens, qui cherchent à étendre leur influence au-delà de leurs zones traditionnelles. La décision souligne également l’importance d’une approche proactive face à un terrorisme capable de relier des réseaux internationaux à des cellules locales, renforçant la nécessité d’une vigilance continue pour protéger le territoire national et ses citoyens.








