CAN 2025: quand la victoire du Maroc provoque un drame national en Algérie

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le chef de l'armée, Saïd Chengriha.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le chef de l'armée, Saïd Chengriha.

La décision de la Commission d’appel de la CAF, accordant la victoire au Maroc sur tapis vert face au Sénégal, a provoqué une réaction d’une rare virulence en Algérie. Emballement médiatique, surenchère politique, discours outranciers et insultes pures et simples, le voisin de l’Est semble avoir transformé un verdict réglementaire en affaire d’État, révélant une hostilité exacerbée où le sport sert de catalyseur à des tensions bien plus profondes.

Le 18/03/2026 à 15h32

Le sacre du Maroc à la CAN 2025, entériné par la Commission d’appel de la Confédération africaine de football, continue de provoquer une onde de choc d’une infinie violence en Algérie, où la réaction dépasse largement le cadre sportif pour verser dans une agitation politico-médiatique assumée. Réuni ce mardi 17 mars, le jury de ladite commission a statué suite à l’appel introduit par la Fédération royale marocaine de football concernant l’application des articles 82 et 84 du règlement de la compétition, déclarant l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale et homologuant le score de 3-0 en faveur du Maroc. Une décision strictement réglementaire, mais qui, chez le voisin de l’Est, a déclenché une véritable tempête. Un tollé supérieur à celui du principal pays concerné, soit le Sénégal. Il n’existe pas un média, une tribune, un influenceur qui n’a pas été mobilisé pour descendre en flamme non seulement la décision, mais le Maroc tout entier. La rage du pouvoir algérien n’est même pas contenue et certains donnent libre cours aux pires expressions de haine et autres insultes.

Porte-voix des généraux proches du criminel de guerre Khaled Nezzar, Algérie patriotique se lâche littéralement contre le Maroc en faisant sienne une «colère explosive au Sénégal», en soufflant sur les braises et en espérant une crise politique entre le Maroc et le Sénégal. «Au Sénégal, il n’est plus question de diplomatie», affirme doctement le média. La situation est même décrite comme hors de contrôle au Sénégal. À croire ce journal, le pays est au bord de l’implosion. «Sur le terrain politique, la tension est tout aussi palpable» et «le gouvernement tente de contenir l’incendie, mais il est débordé par une vague d’indignation nationale». Faisant feu de tout bois, le même média surfe également sur l’affaire des supporters sénégalais arrêtés au Maroc pour violences, qui «contribue à amplifier la tension et à durcir encore davantage le ton à l’égard des autorités marocaines».

On l’aura compris, ce que le régime algérien souhaite, c’est que le différend sur la CAN se transforme en guerre fratricide entre Marocains et Sénégalais.

Du foot au Sahara marocain

Dans une tribune à part, le même titre va encore plus loin. Évoquant un «coup d’état sportif», le support conclut que le Maroc perd ainsi «le soutien de pays africains qui avaient jusque-là appuyé ses positions dans le dossier sahraoui». Ajoutant l’insulte à l’injure, il parle d’une image «déshonorante de ce royaume du kif et de la pédophilie». C’est grave. La machine du mensonge grotesque est sortie pour l’occasion. Extrait: «Cette injustice tombe dans un contexte social déjà tendu au Maroc. Les hausses insoutenables du carburant et des produits de première nécessité ont placé les sujets du couple Mohammed VI-Azoulay au bord de l’explosion. Pendant ce temps, le gouvernement dépense des sommes colossales pour des trophées et des événements vaniteux, alors que les victimes du séisme d’Al-Haouz, des inondations de Safi et les populations du Maroc profond survivent dans la misère, sans soins et sans éducation. Le Maroc accumule un ressentiment populaire explosif, et chaque dirham dépensé pour ce triomphe ridicule devient un rappel de l’injustice sociale qui ronge le pays». Le fait que le mot explosif ressorte deux fois dans la même phrase est symptomatique d’un wishful thinking devenu obsessionnel.

Dessin de Ghilas Aïnouche.

Organe de propagande du régime, le quotidien Al Moudjahid ne manque pas de s’insurger à son tour. «Ainsi, l’histoire retiendra qu’il est désormais possible de perdre une finale sur le terrain… et de la gagner dans les bureaux», peut-on y lire. Idem pour TSA pour qui «le monde du football est sous le choc après la décision de la CAF de retirer la CAN 2025 au Sénégal pour l’offrir au Maroc».

Les réactions et commentaires de tous les haineux de la terre sont volontiers repris, amplifiés, exagérés. Spéciale dédicace à l’incompétent Hafid Derradji, porte-voix officieux du régime d’Alger et du régime des Ayatollahs d’Iran à ses heures perdues. En dépression depuis sa mise à l’écart par beIN Sports après des propos favorables à Téhéran qui attaque son pays d’accueil, le Qatar, le commentateur a retrouvé son flegme. «Nouvelle victoire pour le Sénégal, et nouvelle défaite pour le football africain, qui comparaîtra de nouveau devant le Tribunal arbitral du sport à Lausanne», commente-t-il.

Autre hâbleur professionnel abondamment cité, le journaliste d’origine algérienne Nabil Djellit, chroniqueur à France Football et à L’Équipe. La terminologie est martiale. «La CAF a sorti l’arme nucléaire. C’est une décision lourde de sens qu’il faudra assumer. Au-delà de cette finale controversée, le football africain est complètement à la dérive. Il est temps que la séquence Motsepe se termine. Jamais le football africain n’a été autant politisé», a-t-il réagi. Ainsi donc, un commentateur devient (dé)faiseur de rois. Il n’en fallait pas plus pour que tout Alger s’approprie ses propos. C’est à croire que le régime d’Alger entend sortir les chars pour réagir contre cette mesure.

Le quotidien arabophone Echorouk y ajoute également son grain de sel. On y découvre que «la CAF a cédé au régime marocain et a déchu l’équipe nationale du Sénégal de la Coupe d’Afrique des Nations 2025», que «l’instance continentale est sous l’influence du régime marocain par l’intermédiaire de son représentant Fouzi Lekjaa» et que le tout est «un spectacle de cirque inhabituel et sans précédent». Sous le titre «Mascarade sans précédent… retrait du titre de la CAN au Sénégal», El Khabar, autre porte-voix du régime militaire, parle d’une «décision choquante». Ce qui est véritablement choquant, c’est de voir comment un pays tout entier semble faire de la haine du Maroc une cause sacrée, au point de s’indigner avec une telle intensité, bien au-delà des principaux concernés. Les réactions sénégalaises paraissent bien peu de choses en comparaison.

Après tout, il ne faut pas s’étonner quand on se rappelle les scènes de joie et de liesse populaire, les titres des journaux et la fusion nationale née en Algérie suite au scandale de la finale qui avait donné le Sénégal vainqueur. Des vidéos diffusées ont montré des maillots de l’équipe marocaine brûlés en Algérie pour marquer cette élimination. Une séquence révélatrice d’un phénomène plus profond: un complexe nommé Maroc, entretenu, instrumentalisé et amplifié par un régime pour lequel le sport comme tout le reste deviennent un simple prétexte.

Par Tarik Qattab
Le 18/03/2026 à 15h32