Le mois de jeûne, censé incarner les valeurs de piété et de générosité, est malheureusement devenu le théâtre de pratiques répréhensibles de la part de certains responsables locaux. Des élus siégeant dans des conseils communaux, ainsi que des individus proches de la sphère décisionnelle communale, sont accusés de faire usage de leur position pour exercer ce qui s’apparente à un chantage déguisé. Sous couvert de venir en aide aux électeurs les plus démunis de leurs circonscriptions, ils n’hésitent pas à solliciter —pour ne pas dire exiger— des contributions financières de la part d’hommes d’affaires et de promoteurs immobiliers dont les intérêts commerciaux sont liés aux décisions de ces mêmes assemblées.
Ce phénomène d’une «quête autoritaire» s’observe avec une acuité particulière dans les grandes métropoles du Nord et de l’Ouest, ainsi que dans les régions de Béni Mellal et de Marrakech, relaie Assabah de ce mercredi 4 mars. Des présidents de collectivités territoriales, aux commandes de budgets et de marchés conséquents, auraient ainsi perçu des fonds en espèces de la part de ces investisseurs, arguant de la nécessité d’acquérir des denrées pour les nécessiteux.
Parmi les figures impliquées dans ces dérives, Assabah cite le cas d’un parlementaire, plus connu pour ses diatribes que pour son efficacité sous la coupole du Parlement, ainsi qu’un président de commune de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Ce dernier, qui détient un pouvoir discrétionnaire en matière de délivrance de permis de construire, serait coutumier du fait, troquant des autorisations urbanistiques contre des «paniers du Ramadan» offerts par de grands promoteurs. Cette pratique, qui se répète chaque année, place les chefs d’entreprise dans une position délicate, pris en étau entre le devoir de citoyenneté et la crainte de représailles administratives.
Parallèlement à ce chantage institutionnalisé, une autre forme de dévoiement de la générosité publique se développe, écrit Assabah. Dès les premières lueurs du Ramadan, des individus sans mandat ni légitimité ont investi le net. Usant de publications sur Facebook, ils lancent des appels aux dons, invitant les âmes charitables à transférer leurs contributions sur des comptes bancaires personnels ou via des agences de transfert d’argent. Si l’intention de quelques-uns est sincère, nombreux sont ceux qui exploitent la spiritualité ambiante pour se livrer à une «mendicité digitale» des plus lucratives.








