Abus électoraux: l’État reprend le contrôle des subventions et des contrats temporaires

Abdelouafi Laftit, ministre de l'Intérieur du Royaume du Maroc.

Revue de presseFace aux irrégularités dans la distribution des aides aux associations et à l’emploi des travailleurs occasionnels, le ministère de l’Intérieur durcit le contrôle sur les collectivités locales. Les élus soupçonnés d’avoir détourné ces ressources à des fins électorales s’exposent désormais à des sanctions, tandis que les gouverneurs et les administrateurs voient leurs pouvoirs renforcés. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 28/12/2025 à 19h00

Les autorités ont récemment mis en place des mesures strictes pour limiter l’influence des intermédiaires politiques dans les élections locales. «Ces mesures visent à rompre le monopole que détenaient jusqu’ici certains élus sur les décisions relatives à l’attribution des subventions aux associations et au renouvellement des contrats temporaires des travailleurs occasionnels au sein des collectivités», indique le quotidien Assabah dans son édition du lundi 29 décembre.

Dans plusieurs communes confrontées à un nombre élevé de travailleurs temporaires, les correspondances adressées par les gouverneurs ont alerté sur l’ampleur des irrégularités liées à la gestion de ces contrats. Les administrations ont évoqué des suspicions d’emploi à des fins électorales et la distribution de cartes d’activation à des milliers de «travailleurs fantômes», en violation des règles encadrant cette catégorie de main-d’œuvre. Les circulaires du ministère de l’Intérieur rappellent notamment l’importance de briser le cycle de continuité dans la délivrance des notifications d’engagement, afin d’éviter que les droits acquis au titre du Code du travail ne deviennent une charge insupportable pour les collectivités, lit-on.

Face à ces abus, un certain nombre d’élus risquent désormais la révocation pour conflit d’intérêts dans la distribution des subventions associatives. Les autorités de tutelle ont refusé de valider les dossiers de soutien en faveur d’associations dirigées par des présidents de façade, utilisés par des conseillers ou des vice-présidents à des fins électorales. «Les enquêtes administratives ont mis en évidence un désordre important dans les services communaux chargés de verser les indemnités aux travailleurs occasionnels, ainsi qu’une absence systématique de procès-verbaux détaillant les sommes distribuées et la nature exacte des missions accomplies», relate Assabah.

Des centaines de conseils locaux, régionaux et provinciaux ont reçu des décisions de rejet de la tutelle concernant des bénéfices jugés suspects. Les listes incluaient des associations proches d’élus, qu’ils soient en gestion ou dans l’opposition, impliqués dans des réseaux secrets de médiation pour organiser des campagnes électorales prématurées. Cette situation a conduit les autorités à interdire certaines rencontres prévues, initialement présentées comme des activités de jeunesse ou culturelles, mais qui, selon les investigations des agents, servaient en réalité à distribuer des aides financières à des fins électorales.

Le ministère de l’Intérieur a accéléré les mesures pour mettre fin à ce détournement des budgets communaux, officiellement destinés au soutien associatif. Les directives récentes adressées aux gouverneurs et aux administrateurs précisent comment préparer et gérer les budgets des collectivités locales, en particulier celles confrontées à des déficits. Les subventions complémentaires et celles liées aux activités culturelles, sportives ou artistiques sont désormais placées sous la supervision directe des gouverneurs et des administrateurs, qui disposent de pouvoirs accrus pour en contrôler l’utilisation.

Malgré ces efforts, les abus persistent. Le ministère a rappelé aux responsables de l’ensemble des provinces et préfectures la valeur exacte des aides attribuées à chaque territoire, tout en détaillant les procédures permettant de retirer aux élus leur pouvoir de distribution au profit des gouverneurs et des administrateurs. Cette intervention vise à garantir que les budgets publics servent véritablement les missions collectives, et non des intérêts électoraux particuliers.

Par La Rédaction
Le 28/12/2025 à 19h00