La célébration de la Journée internationale des femmes, qui a lieu le 8 mars de chaque année, constitue une occasion mondiale d’évaluer le parcours de la lutte pour les droits des femmes. Cette date permet de revenir sur les avancées réalisées dans les domaines de l’égalité et de la justice sociale, tout en mettant en lumière les défis qui persistent encore dans de nombreuses sociétés à travers le monde.
«Au Maroc, cette journée revêt une dimension particulière», relate le quotidien Assabah dans son édition du weekend. Elle se transforme souvent en moment de réflexion sur les réformes juridiques et institutionnelles que le pays a connues au cours des dernières décennies. Elle représente également une opportunité pour soulever les grandes questions liées à la réalité quotidienne des femmes dans plusieurs domaines essentiels, notamment l’éducation, l’accès à l’emploi, la protection sociale et la participation politique. Ainsi, la commémoration de cette journée dépasse le cadre symbolique pour devenir un espace de débat public sur les progrès réalisés et les efforts qui restent à accomplir.
La célébration de cette journée s’inscrit également dans un contexte de débats renouvelés au sein de la société et du mouvement des droits humains concernant la situation des femmes. Malgré certaines avancées, des inégalités sociales et économiques continuent d’exister. De nombreuses voix appellent aujourd’hui à une révision de plusieurs lois et à un renforcement des mécanismes de protection juridique et institutionnelle afin de garantir une meilleure application des droits et une plus grande égalité entre les citoyens.
La Journée internationale des femmes possède une forte portée symbolique, car elle constitue un moment de bilan collectif permettant d’évaluer le niveau de progrès des sociétés dans la réalisation de l’égalité entre les femmes et les hommes. Au Maroc, cette date a souvent été associée, ces dernières années, à la mise en avant de plusieurs acquis réalisés en faveur des femmes, tant sur le plan législatif qu’institutionnel. «Parmi les réformes les plus marquantes figure la réforme du Code de la famille en 2004, qui a introduit des changements importants concernant les droits des femmes au sein de la famille. D’autres initiatives législatives ont également été adoptées, notamment des lois visant à lutter contre les violences faites aux femmes», souligne Assabah.
Par ailleurs, la présence des femmes s’est progressivement renforcée dans les institutions élues ainsi que dans l’administration publique. Ces avancées témoignent d’une volonté d’améliorer la place des femmes dans la société marocaine et de promouvoir leur participation à la vie publique. Toutefois, de nombreuses organisations de défense des droits humains estiment que ces réformes, malgré leur importance, demeurent insuffisantes pour atteindre une égalité réelle. Elles soulignent notamment que certaines difficultés persistent dans l’application effective des lois ou dans l’existence de lacunes juridiques qui limitent leur efficacité.
Dans ce contexte, les Nations unies ont choisi cette année le thème «droits, égalité et autonomisation pour toutes les femmes et les filles». Ce slogan constitue un appel clair à passer de la reconnaissance théorique des droits à leur mise en œuvre concrète à travers des politiques publiques et des mesures efficaces. L’objectif est de lever les obstacles qui empêchent encore la réalisation d’une véritable justice entre les sexes. Selon l’organisation internationale, ces obstacles ne se limitent pas aux lois discriminatoires, mais incluent également certaines pratiques sociales néfastes, l’insuffisance des garanties juridiques et la persistance de stéréotypes qui continuent de porter atteinte aux droits des femmes et des filles.
Parallèlement à la célébration de cette journée, la scène associative et militante au Maroc connaît une mobilisation croissante. Plusieurs organisations féminines et associations de la société civile appellent à organiser des manifestations et des rassemblements afin d’attirer l’attention sur les défis auxquels les femmes sont confrontées et de réclamer des réformes juridiques plus profondes. Parmi les organisations engagées dans ces initiatives figure notamment la Coordination de la Marche mondiale des femmes au Maroc, ainsi que d’autres acteurs du mouvement associatif et des droits humains.
Ces organisations considèrent que la situation des femmes au Maroc continue de présenter plusieurs dysfonctionnements, que ce soit sur le plan de la protection juridique ou sur celui de l’équité sociale et économique. Elles estiment que certaines lois actuelles ne permettent pas d’assurer une dissuasion suffisante face aux violences ou aux formes de discrimination. «Elles plaident également pour que le débat sur la réforme du cadre juridique relatif aux droits des femmes se fasse dans le cadre d’une approche participative large, prenant en compte l’évolution de la société marocaine et les nouveaux défis liés aux transformations sociales et économiques», écrit Assabah.
Les appels à la mobilisation cette année coïncident avec la publication du rapport annuel 2024 du Conseil national des droits de l’homme, qui propose une analyse détaillée de la situation des femmes et des filles au Maroc. Ce rapport met en évidence plusieurs indicateurs préoccupants. Parmi les données les plus marquantes figure la persistance du phénomène du mariage des mineures. Les statistiques indiquent que plus de 60% des demandes de mariage de mineures reçoivent une autorisation judiciaire, ce qui alimente un débat important sur l’efficacité des mécanismes juridiques censés encadrer cette pratique.
Le rapport souligne également que près de 97% des filles mariées précocement quittent l’école, ce qui réduit considérablement leurs chances d’intégration sociale et économique à l’avenir. Sur le plan du marché du travail, les données révèlent que le taux de chômage des femmes au Maroc atteint environ 20,1%, ce qui reflète la persistance d’un écart important entre les femmes et les hommes en matière d’accès à l’emploi et de participation économique. Le rapport mentionne aussi la persistance d’inégalités salariales entre les femmes et les hommes malgré des qualifications équivalentes, ainsi que la faible présence des femmes dans les postes de responsabilité au sein des institutions économiques et administratives.








