Syrie: Londres et Paris frappent un site souterrain soupçonné d’abriter l’État islamique

Un ancien bastion de l'État islamique en Syrie détruit par l'armée américaine en 2023. AFP or licensors

Le Royaume-Uni et la France ont mené conjointement samedi soir une frappe en Syrie contre un site souterrain soupçonné d’être utilisé par le groupe État islamique (EI), a annoncé le ministère britannique de la Défense.

Le 04/01/2026 à 06h59

Cette attaque a eu lieu dans les montagnes au nord de l’ancienne cité de Palmyre, dans le centre de la Syrie, contre une installation occupée par l’État islamique (EI) «très probablement pour stocker des armes et des explosifs», a indiqué le ministère dans un communiqué. Le choix de la zone n’a rien d’anodin: Palmyre, carrefour symbolique et stratégique, a longtemps été l’un des théâtres les plus visibles de l’expansion du groupe avant son recul, et ses environs offrent encore des reliefs et des cavités propices aux caches.

Dans un Moyen-Orient où la menace jihadiste se recompose plus qu’elle ne disparaît, l’opération vise à rappeler que la coalition garde un œil sur les zones grises, ces espaces désertiques où l’EI se replie, se réorganise et frappe par à-coups.

Les avions britanniques «ont utilisé des bombes guidées Paveway IV pour cibler plusieurs tunnels d’accès menant à l’installation. Une évaluation détaillée est actuellement en cours, mais les premières indications montrent que la cible a été touchée avec succès», a-t-il ajouté, sans précision sur le rôle des appareils français. Cette absence de détail sur la participation opérationnelle de Paris n’empêche pas le message politique: celui d’une action concertée, dans un format bilatéral, qui s’inscrit dans la continuité des engagements occidentaux contre l’EI, même lorsque l’organisation n’occupe plus de villes.

«Rien n’indique que cette frappe ait présenté un risque pour les civils, et tous nos avions sont rentrés sains et saufs», a indiqué le ministère. Les autorités britanniques insistent, comme souvent, sur le double impératif: efficacité militaire et maîtrise du risque, tant en termes de sécurité des équipages que d’impact sur les populations.

«Cette action témoigne du leadership du Royaume-Uni et de sa détermination à se tenir aux côtés de ses alliés pour éradiquer toute résurgence de Daech et de ses idéologies dangereuses et violentes au Moyen-Orient», s’est félicité dans le même communiqué le ministre britannique de la Défense, John Healey.

Une opération qui enraye les attaques de l’EI en Syrie

Le vocabulaire est sans surprise: il s’agit de prévenir une «résurgence», autrement dit de couper l’herbe sous le pied d’un groupe qui, privé de territoire, mise sur la clandestinité, la propagande et des attaques opportunistes.

Pendant la guerre en Syrie, déclenchée en 2011 par des manifestations prodémocratie, l’EI avait contrôlé de vastes territoires, dont la région de Palmyre, avant d’être défait par la coalition internationale en 2019. La chute du «califat» territorial n’a pourtant pas signifié la fin de l’organisation: elle a surtout marqué son retour à une logique d’insurrection, plus diffuse, plus mobile, et donc plus difficile à éradiquer dans un pays morcelé.

Ses combattants repliés dans le vaste désert syrien continuent toutefois épisodiquement de mener des attaques. Ces poches d’implantation, souvent faites de caches, de réseaux et de circulations discrètes, obligent les armées engagées à maintenir une pression régulière: frapper des infrastructures, perturber les stocks, dégrader les capacités de planification, et empêcher la reconstitution de sanctuaires.

Fin décembre, les États-Unis avaient annoncé avoir frappé des «bastions» de l’EI en Syrie, tuant au moins cinq jihadistes selon une ONG, une semaine après une attaque qui avait coûté la vie à trois Américains dans le pays. Dans ce contexte, la frappe conjointe annoncée samedi soir ressemble à un signal de continuité: la guerre change de forme, mais la traque demeure, et les capitales occidentales entendent afficher une coordination qui dépasse les annonces ponctuelles.

Au-delà de l’effet d’annonce, ce type de raid répond aussi à une logique de «déni de terrain»: empêcher l’EI de transformer des tunnels, grottes et pistes désertiques en arrière-bases logistiques. C’est une guerre d’usure, faite de repérage, de renseignement et de frappes ciblées, où l’objectif n’est pas de conquérir mais d’étouffer. Elle rappelle enfin que, malgré la baisse d’intensité du conflit syrien, l’architecture sécuritaire régionale reste fragile, et que le moindre relâchement peut offrir au groupe l’oxygène dont il a besoin pour se réinventer.

Par Le360 (avec AFP)
Le 04/01/2026 à 06h59