L’échec de Rachida Dati aux élections municipales en vue de devenir maire de Paris a été ressenti douloureusement par beaucoup de Parisiens dont un grand nombre de Maghrébins. Elle a été par ailleurs élue en tant que maire du 7ème arrondissement dès le premier tour.
Pourquoi une majorité de Parisiens ont voté pour son concurrent, Emmanuel Grégoire, adjoint d’Anne Hidalgo durant plusieurs années, donc responsable des travaux décidés en dehors de toute consultation des habitants de la capitale, travaux qui ont défiguré la capitale?
Les choix de Mme Hidalgo ont été dans l’ensemble assez catastrophiques, endettant Paris, ce qui a eu pour conséquence immédiate l’augmentation de la taxe foncière de 40%.
Parmi ce qu’elle a détruit, le boulevard Montparnasse est un exemple dramatique: elle a fait changer le sens de la circulation des voitures, donnant plus d’espace aux autobus, lesquels empruntent des voies au milieu, ce qui fait que le piéton ne sait jamais quand pourra-t-il traverser sans se faire écraser. Il y eut quelques morts au début du chamboulement.
Elle a aussi bouleversé la rue de Rivoli, donnant un espace minuscule aux automobilistes. Des dizaines de boutiques ont dû fermer. Elle a fait changer le sens de la circulation Place de la Bastille, en dépit du bon sens et du rationnel.
Mme Hidalgo a mené une lutte absolue contre la voiture à Paris, sans prévoir de parkings.
Ceux qui ont le plus souffert des réformes de Mme Hidalgo, ce sont les chauffeurs de taxis. Malheureusement, pour la plupart d’entre eux, ils habitent en banlieue, Paris devenu trop cher. Donc, ils ne votent pas à Paris.
Rachida Dati a eu raison de parler durant sa campagne des rats qui ont trouvé dans la capitale un lieu assez sale pour prospérer. Elle a dénoncé aussi l’insécurité, propre à toutes les grandes villes. Ainsi, les cambriolages, les attaques de personnes âgées seules, le vol et les arnaques ne sont plus pris en compte par la police. Manque de moyens et d’effectifs.
Dati a déclaré au Figaro: «J’ai été caricaturée et salie sur mes origines, sur mon parcours, traitée d’homophobe et même de raciste. Cette campagne n’a été ni propre ni digne».
Rachida Dati est un personnage, certains disent que c’est une star. Elle est hyper médiatique, parlant souvent sans langue de bois, c’est une battante qui n’a peur de rien. Elle est «bonne cliente» pour les médias.
Les «affaires» qui seront jugées en septembre prochain ne l’inquiètent pas. Elle dit son innocence et est prête à justifier l’argent reçu en tant qu’avocate qui facture des honoraires. Cela a dû jouer dans le choix de certains électeurs.
«Dati a eu une chance inouïe d’avoir été nommée Garde des sceaux, ministère clé de la République. Elle a eu de la chance d’avoir été intégrée dans un parti républicain. Mais, elle a manqué de rigueur et de modestie.»
— Tahar Ben Jelloun
Mais la justice ne la suit pas sur ce terrain. On verra en automne comment son procès évoluera.
Dati a été députée européenne. Dans ce registre, elle avait défendu la cause sacrée du Maroc, son pays, (père marocain, mère algérienne). Certains le lui ont reproché. En fait, elle avait rappelé l’histoire de cette province du sud marocain et avait dénoncé les magouilles algériennes pour empêcher le Maroc de parfaire son intégrité territoriale. Cela, la gauche socialiste ne le lui a pas pardonné. Elle a été courageuse de rester ferme sur cette position.
Tous ces éléments, confortés par des reportages importants dans «Libération» puis «le Nouvel Obs», ont fini par brouiller son image et empêcher que des parisiens votent pour elle en tant que maire.
Elle a été le symbole vivant d’une diversité ayant besoin d’exister et de briller. Elle a été ministre de la Justice sous Sarkozy (ce qui n’est pas rien) et ministre de la Culture sous Macron qui a été très séduit par sa franchise et sa vivacité d’esprit.
Rachida Dati a été avec les socialistes un moment, puis elle a choisi d’être de droite. Elle était avec les Républicains. En devenant ministre, elle avait dû démissionner de ce parti. Mais c’est en tant que candidate de la droite qu’elle s’est présentée à Paris.
Dati a été victime de sa propre image. Elle n’a pas su être exigeante avec elle-même, a manqué de rigueur dans son comportement. On aurait tellement aimé voir une fille de «chez nous» accéder à la mairie de Paris comme Zohran Mamdani, premier maire musulman élu à New-York.
On aurait aimé voir l’une des représentantes de la diversité française occuper ce poste important, une rampe de lancement pour l’élection présidentielle (cf. Jacques Chirac, qui a conquis l’Élysée après vingt ans à la mairie de Paris).
Mais Dati aime le paraître. Les belles robes de marque, les belles chaussures, les sacs à la mode etc. Un péché que les médias exploitent et mettent en avant, chiffres à l’appui, pour en faire une femme qui profite de son poste et l’éloigne de l’éthique en politique.
Elle aime l’argent, comme tout le monde, vous me direz. Mais Dati, d’après les reportages dans les médias, pense sortir de sa condition d’origine par la richesse matérielle.
Dommage! Dati a eu une chance inouïe d’avoir été nommée Garde des sceaux, ministère clé de la République. Elle a eu de la chance d’avoir été intégrée dans un parti républicain. Mais, elle a manqué de rigueur et de modestie. Elle est en outre populaire. Les habitants du 7ème arrondissement (bourgeoisie aisée) l’aiment et lui ont manifesté leur confiance plusieurs fois. Mais l’ambition de Dati voulait plus, elle voulait tout Paris. Elle a eu raison de le vouloir. C’était sans compter sur une gauche bobo qui a accepté tout ce qu’a fait Hidalgo, même quand c’est franchement de mauvais goût et destructeur de la capitale la plus visitée au monde.




