Dans une nouvelle extension d’un conflit qui a fait flamber les prix de l’énergie dans le monde entier, Israël a annoncé avoir été visé pour la première fois depuis le début de la guerre par un missile tiré depuis le Yémen, où les rebelles Houthis soutenus par Téhéran avaient peu de temps plus tôt menacé de se joindre au conflit.
À Téhéran, un journaliste de l’AFP a entendu une dizaine de violentes explosions samedi à l’aube et vu des panaches de fumée noire s’élever depuis l’est de la capitale. Peu de temps plus tard, comme lors des nuits précédentes, l’armée israélienne a annoncé être en train de «frapper des cibles du régime» dans la ville.
La centrale nucléaire de Bouchehr, dans le sud de l’Iran, a été frappée pour la troisième fois en dix jours, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) citant les responsables iraniens. Même si aucun dégât sur le réacteur actif et aucune fuite radioactive n’ont été signalés, le directeur de l’AIEA Rafael Grossi a de nouveau appelé «à une retenue militaire maximale pour prévenir le risque d’un accident nucléaire».
IAEA informed by Iran of a new strike in the area of the Bushehr Nuclear Power Plant, the third such incident in 10 days. No damage to operating reactor nor any radiation release reported, and condition of plant is normal, Iran says.
— IAEA - International Atomic Energy Agency ⚛️ (@iaeaorg) March 27, 2026
DG @rafaelmgrossi again expresses deep… pic.twitter.com/cGIUSZJMyV
En Israël, au moins une personne a été tuée et deux autres blessées à Tel-Aviv, selon les services de secours, peu après une alerte de l’armée faisant état de tirs de missiles depuis l’Iran. Deux autres personnes ont été blessées par des éclats d’obus dans le sud du pays.
Le chef du commandement intérieur de l’armée israélienne, Miki David, a déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux qu’un missile à sous-munitions avait provoqué des «destructions considérables» dans un immeuble résidentiel.
«L’appartement a été touché par une bombe à sous-munitions (...) qui a traversé le toit, a traversé un étage, puis a explosé au deuxième étage», a t-il expliqué.
Les armes à sous-munitions sont conçues pour libérer sur une zone des dizaines de petites charges explosives. Outre le fait qu’elles ont un périmètre d’effet étendu, une partie de ces charges n’explose pas lors de l’impact et fait donc souvent des victimes dans la durée parmi la population civile. Ce type d’armes est interdit par une convention de 2008, signée par plus d’une centaine de pays dont ni l’Iran ni Israël ne font partie.
La guerre a été déclenchée le 28 février par des frappes américaines-israéliennes sur l’Iran. Depuis, le conflit touche durablement les populations civiles de la région et entraîne des perturbations sur la distribution de gaz et de pétrole qui bouleversent l’économie mondiale. Des pays du monde entier ont annoncé ces derniers jours des mesures pour répondre à la flambée du prix de l’énergie provoquée par le conflit.
Espoir de négociations
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a déclaré vendredi qu’il s’attendait à ce que les objectifs de guerre de Washington en Iran soient atteints dans «les deux prochaines semaines».
«Quand nous en aurons fini avec eux, dans les deux prochaines semaines, ils seront plus affaiblis qu’ils ne l’ont été dans l’histoire récente», a affirmé le ministre américain à des journalistes à l’issue d’une réunion du G7 près de Paris.
Rubio a également souligné que les États-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l’envoi de troupes au sol. Alors que, selon le Wall Street Journal et le site d’informations Axios, Washington envisage d’envoyer au moins 10.000 soldats supplémentaires dans la région.
«Posez le pied sur le sol iranien, et 150 dollars deviendront le prix plancher du pétrole», a promis le vice-président iranien Esmael Saghab Esfahani sur X. Le cours du Brent a terminé en hausse vendredi à plus de 112 dollars.
L’émissaire américain Steve Witkoff a, quant à lui, dit avoir l’espoir de tenir des discussions dans la semaine avec l’Iran, qui continue de riposter.
Steve Witkoff on Iran:
— Clash Report (@clashreport) March 27, 2026
We think there will be meetings this week. pic.twitter.com/WntxGx03p1
Selon plusieurs médias américains, au moins 12 soldats américains ont été blessés, dont deux grièvement, dans la nuit de vendredi à samedi par une attaque iranienne contre la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, qui a également endommagé deux avions ravitailleurs.
La République islamique a appelé les civils à se tenir à l’écart des forces américaines présentes au Moyen-Orient, et notamment d’éviter les hôtels de la région accueillant des militaires américains.
Aux Émirats arabes unis, cinq personnes, de nationalité indienne, ont été blessées samedi lors d’un incendie provoqué par des chutes de débris provenant de l’interception d’un missile balistique au-dessus d’une zone industrielle d’Abou Dhabi, selon les autorités.
«Pris en étau»
Un mois après le début de la guerre, les civils de tous bords continuent de payer un tribut exorbitant. Comme à Téhéran, où les nuits sont rythmées par les bombardements.
Ensieh, un dentiste de Téhéran, dit «perdre un peu plus d’espoir chaque jour». Aujourd’hui, «nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles», soupire cette femme de 46 ans.
«La guerre a arraché une partie de moi», ajoute-t-elle.
La situation empire aussi au Liban, entraînée dans la guerre dès le 2 mars lorsque le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.
L’aviation israélienne a continué vendredi à bombarder le sud du Liban, la plaine de la Bekaa (est) et la banlieue sud de Beyrouth, considérée comme des bastions du Hezbollah, selon les médias officiels libanais qui ont recensé plusieurs morts.
Le Hezbollah a affirmé pour sa part se livrer à des combats «au corps à corps» dans le sud, où Israël mène une profonde incursion en vue d’élargir une «zone tampon» le long de sa frontière.
Selon le dernier bilan officiel vendredi, la guerre a fait 1.142 morts et plus d’un million de déplacés au Liban.




