Cuba confirme des pourparlers avec les États-Unis, libère des prisonniers politiques

apture d'écran d'un reportage diffusé par la télévision officielle cubaine le 13 mars 2026, montrant le président cubain Miguel Díaz-Canel s'exprimant à côté d'une image de l'ancien dirigeant cubain Fidel Castro. AFP or licensors

Cuba a confirmé vendredi être en pourparlers avec les États-Unis et a commencé à libérer des prisonniers politiques dans le cadre d’un accord avec le Vatican, un médiateur historique entre ces deux ennemis idéologiques.

Le 14/03/2026 à 08h58

«Des responsables cubains ont récemment eu des discussions avec des représentants du gouvernement des États-Unis», a déclaré le président Miguel Diaz-Canel dans une intervention retransmise à la télévision.

Ces pourparlers «ont pour objectif de chercher des solutions, par la voie du dialogue, aux différends bilatéraux qui existent entre nos deux nations», a ajouté le chef de l’Etat devant les plus hautes autorités cubaines, dont des membres du Bureau politique du Parti communiste cubain (PCC).

Donald Trump, qui multiplie les déclarations offensives contre Cuba, assurait depuis mi-janvier que des négociations étaient en cours avec de hauts responsables de l’île mais la Havane avait jusque-là démenti de tels contacts.

Miguel Diaz-Canel a souligné qu’il s’agissait d’un « processus très sensible » ayant pour but de «nous éloigner de la confrontation» et qu’il devait se faire «sur la base de l’égalité et du respect des systèmes politiques des deux Etats».

Dans des déclarations à l’AFP vendredi, un responsable de la Maison Blanche a réitéré les dires du président Trump estimant que Cuba est une «nation en faillite» et qu’un accord avec son gouvernement «serait très facile à conclure».

Etait présent pendant l’allocution du président cubain Raul Guillermo Rodriguez Castro, le petit-fils de l’ex-dirigeant Raul Castro (2006-2018). Sans fonctions officielles au sein du gouvernement, il a été il y a peu mentionné par des médias américains comme étant l’interlocuteur du chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, dans le cadre de discussions secrètes.

«On a fini de souffrir»

La présidente de gauche du Mexique, Claudia Sheinbaum, a salué ces pourparlers, soulignant l’«injustice commise depuis de nombreuses années à l’encontre du peuple cubain» à cause de l’embargo américain en vigueur depuis 1962.

L’arrivée de deux nouveaux bateaux de la marine nationale mexicaine, vendredi à La Havane, porte désormais à 3.000 tonnes l’aide humanitaire envoyée par Mexico à Cuba en moins d’un mois.

Miguel Diaz-Canel a également déclaré que «des facteurs internationaux» avaient «facilité ces échanges» avec Washington, sans donner plus de détails. Mais, dès jeudi soir, La Havane avait annoncé la libération à venir de 51 prisonniers sous l’égide du Vatican, un canal de dialogue régulier entre Cuba et les Etats-Unis.

Vendredi, l’AFP a assisté au retour dans leur quartier d’Adael Jesus Leivas, 29 ans, et de Ronald Garcia, 33 ans, condamnés respectivement à 13 et 14 années de prison pour leur participation aux manifestations antigouvernementales historiques du 11 juillet 2021.

Adael Jesus Leivas, qui est arrivé en tricycle électrique en raison des rationnements de carburant sur l’île, a été accueilli par sa famille dans la banlieue de la capitale. Il a pris son jeune fils dans ses bras tandis que sa mère, le prenant dans les bras, lui a dit: « On a fini de souffrir ».

L’ONG Cubalex, basée à Miami, a indiqué avoir pu vérifier la libération d’au moins quatre autres personnes incarcérées après ces manifestations.

Selon l’organisation de défense des droits humains Justicia11J, dont le siège est situé en dehors de Cuba, jusqu’à ces premières remises en liberté, 760 personnes étaient incarcérées pour des raisons politiques, dont 358 pour avoir manifesté en juillet 2021.

Vatican médiateur

L’Eglise catholique joue depuis des décennies un rôle de médiateur dans la libération de prisonniers politiques sur l’île. Elle a également eu un rôle déterminant dans le dégel diplomatique entre Washington et La Havane en 2015 pendant le second mandat de Barack Obama (2013-2017).

Le 28 février, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a été reçu en audience par le pape Léon XIV. Une semaine plus tôt, un haut fonctionnaire du Vatican avait reçu deux diplomates américains: le chargé d’affaires à La Havane, Mike Hammer, et l’ambassadeur auprès du Saint-Siège, Brian Burch.

Washington impose depuis janvier un blocus énergétique de facto à Cuba, invoquant la «menace exceptionnelle» que ferait peser sur la sécurité nationale américaine cette île située à seulement 150 km des côtes de la Floride.

Déjà secoué par une profonde crise économique, ce pays insulaire de 9,6 millions d’habitants est désormais confronté à des pénuries massives de carburant et à des coupures d’électricité prolongées.

Par Le360 (avec AFP)
Le 14/03/2026 à 08h58