Aides à la presse: l’ANME demande la transparence totale sur vingt ans de subventions et rejette toute instrumentalisation électorale

Le nouveau bureau exécutif de l'ANME.

La presse n’est ni un bouc émissaire ni un terrain de chasse électorale. À Casablanca, l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME) a exigé la transparence sur les aides publiques, dénoncé des manœvres politiques et rappelé que la réforme du secteur ne se fera ni dans l’opacité ni dans le vacarme.

Le 29/01/2026 à 21h09

Réunie mercredi 28 janvier 2026 à Casablanca, l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME) a tenu une réunion élargie de son bureau exécutif. Une réunion sans langue de bois. Une réunion pour rappeler une évidence. On ne réforme pas la presse dans l’opacité et on ne débat pas en démocratie à coups d’insultes.

La séance s’est ouverte par la récitation de la Fatiha à la mémoire des journalistes disparus Najib Salmi et Hasnaa Boufelja. Un moment de recueillement avant un ordre du jour lourd, révélateur d’un secteur pris en étau entre fragilité économique, calculs politiques et tentations populistes.

Dans son intervention, Driss Chahtane est revenu sur le rôle joué par l’association depuis sa création. Il a rappelé que dans les moments les plus critiques, notamment durant la pandémie de la Covid-19, l’ANME a agi pour éviter l’asphyxie totale de la presse nationale, indique un communiqué de l’association.

Le président a ensuite abordé ce que beaucoup évitent: les conditions de travail, la formation ou encore la situation des journalistes. Il a plaidé pour une refonte sérieuse des missions et des structures du Conseil national de la presse. Il a surtout posé les vraies questions, celles du modèle économique de l’entreprise médiatique, celles du déséquilibre créé par les géants du numérique et les plateformes mondiales et celles d’un marché publicitaire déséquilibré.

Même clarté sur la presse sportive. Driss Chahtane a appelé à rompre avec des années de laxisme, de confusion et de rente. Pas de réformettes. Pas d’arrangements. Un assainissement réel. Ces chantiers ont été lancés en coordination avec les autorités publiques concernées, qui ont reconnu en l’ANME un interlocuteur crédible, capable de bâtir une feuille de route respectant la diversité des entreprises de presse, grandes ou petites, papier ou numériques, régionales ou nationales.

Mais tout le monde n’a pas choisi le débat. Certaines parties ont préféré la perturbation. Fuites illégales, amalgames, convergences d’intérêts opportunistes avec des acteurs politiques en quête de rentabilité électorale... Un dossier professionnel a été transformé en champ de bataille politicien.

Au cœur de la réunion, une revendication claire et assumée. La publication intégrale de la liste des bénéficiaires des aides publiques accordées à la presse entre 2005 et 2025. Pas pour régler des comptes, pas pour désigner des boucs émissaires. Mais parce que l’argent public appelle des comptes publics.

C’est précisément cette exigence qui semble déranger. Et c’est dans ce climat que s’inscrivent les propos de Mohammed Ouzzine, secrétaire général du Mouvement populaire, tenus depuis la tribune de la Chambre des représentants. En traitant le président de l’ANME et ses membres de “Fraqchias de la presse”, le responsable politique n’a pas critiqué une position, il a attaqué une profession. Il n’a pas argumenté, il a insulté.

L’Association rappelle qu’elle n’est l’annexe d’aucun parti. Elle rassemble toutes les sensibilités de la presse, y compris indépendante, partisane et régionale. Elle se revendique comme un acteur du quatrième pouvoir. Le quatrième pouvoir n’est ni un ennemi à abattre ni un épouvantail électoral.

Sur le plan institutionnel, Driss Chahtane est revenu sur la décision de la Cour constitutionnelle relative à la loi encadrant le Conseil national de la presse. Une décision que l’association a saluée dans un précédent communiqué. L’ANME ajoute qu’elle ne se considère ni gagnante ni perdante, les principes fondamentaux qu’elle défend, notamment la représentativité et l’adhésion, n’ayant pas été remis en cause.

Mais les conséquences sont lourdes. Retard dans le renouvellement du Conseil, paralysie probable jusqu’à au moins avril 2026, dossiers urgents en suspens, cartes de presse, cartes de navette, commissions de déontologie et d’arbitrage... Pendant que certains crient, le secteur attend.

Concernant le soutien public à la presse, plusieurs sujets ont été évoqués, dont la saisine de la Cour des comptes pour rendre publique la liste complète des bénéficiaires des aides entre 2005 et 2025, leur affectation réelle et leurs impacts. Transparence totale. Rien de plus. Rien de moins.

L’Association nationale des médias et des éditeurs le dit sans détour. Elle ne sera ni un punching-ball politique ni une variable d’ajustement électoral. La presse ne se gouverne pas par l’insulte. L’argent public ne se discute pas à coups de slogans. Et le bruit, aussi fort soit-il, ne fera jamais ni une vision ni une réforme.

Par La Rédaction
Le 29/01/2026 à 21h09