Le Maroc adopte, pour la première fois, une stratégie globale de gestion des finances publiques à l’horizon 2032. «Ce document fixe un cadre de réforme structurant qui sera progressivement mis en œuvre à travers la révision de la loi organique des Finances et l’instauration d’un dispositif rénové de gestion des investissements publics», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 8 avril.
La gouvernance de cette réforme sera assurée par un dispositif institutionnel dédié. La présidence du comité interministériel de pilotage reviendra à Fouzi Lekjaâ, tandis que le suivi technique sera confié à Aziz Khayati, directeur du Budget au sein du ministère de l’Économie et des Finances. «Cette organisation traduit la volonté des autorités de piloter de manière étroite et coordonnée un chantier jugé stratégique», note le quotidien.
L’élaboration de cette feuille de route s’appuie sur les enseignements du rapport PEFA, une référence internationale en matière d’évaluation des systèmes de gestion des finances publiques. Le processus a également reposé sur une large concertation avec les institutions nationales ainsi que sur un partenariat étroit avec plusieurs bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale, l’Union européenne et la Banque africaine de développement. Au-delà de ses objectifs internes, cette stratégie vise à consolider la crédibilité du Maroc auprès de ses partenaires internationaux, en renforçant la confiance dans la solidité de son cadre budgétaire et sa capacité à soutenir les grandes réformes économiques et sectorielles.
Les évaluations menées par les experts internationaux ont d’ailleurs mis en évidence des avancées notables, notamment en matière de crédibilité budgétaire, de transparence financière et d’efficacité des mécanismes de contrôle. Toutefois, ces diagnostics ont également fait ressortir certaines limites, en particulier en ce qui concerne la prévisibilité budgétaire, la transparence et l’optimisation de l’utilisation des ressources publiques. «C’est précisément pour répondre à ces défis que la nouvelle stratégie a été conçue, avec l’ambition de consolider les acquis tout en corrigeant les insuffisances identifiées», souligne L’Economiste.
Le cadre stratégique s’articule autour de plusieurs axes structurants. Le premier est consacré à la performance. Il prévoit une évolution vers une budgétisation davantage orientée vers les résultats et l’impact, à travers le renforcement des budgets-programmes et des outils de contrôle de gestion. Cette approche implique également l’élargissement du périmètre de la gestion des finances publiques afin d’y intégrer la performance des établissements et entreprises publics. L’objectif est, à terme, d’assurer une meilleure cohérence entre les politiques publiques, grâce à une coordination institutionnelle renforcée et à un ciblage plus précis des investissements publics.
Le deuxième axe porte sur la soutenabilité des finances publiques. Il s’agit de renforcer la mobilisation des ressources à travers l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration du recouvrement et le renforcement des contrôles. Parallèlement, une approche globale de gestion des risques budgétaires sera mise en place. Celle-ci reposera sur l’élaboration d’une cartographie dynamique permettant d’identifier et de quantifier les risques, ainsi que sur l’introduction de scénarios macroéconomiques alternatifs lors de la préparation des lois de finances. Un suivi plus rigoureux des engagements pluriannuels et des arriérés de recettes est également prévu.
Dans cette logique, un système d’alerte sera instauré afin d’anticiper les dérives potentielles. Fondé sur des indicateurs de performance et de risque, il permettra de déclencher, de manière proactive, des ajustements du cadre stratégique ou des plans d’action lorsque cela s’avérera nécessaire. Ce dispositif reposera sur une matrice d’analyse classant les risques selon leur probabilité et leur impact, ainsi que sur une stratégie de gestion couvrant l’ensemble du cycle, de la prévention à la réhabilitation.
Le troisième axe concerne la transparence, érigée en levier central de la réforme. Il prévoit notamment la poursuite et l’enrichissement du plan d’action en matière de transparence budgétaire, avec l’intégration de nouveaux outils et la création d’une plateforme destinée à élargir la participation des acteurs au processus budgétaire. «L’amélioration de la qualité et de la disponibilité des informations financières constitue également une priorité, à travers le renforcement des dispositifs de contrôle interne et d’audit tout au long de la chaîne de la dépense et des recettes», poursuit L’Economiste.
La stratégie accorde par ailleurs une place importante à la transformation numérique. Elle prévoit la mise en place d’une gouvernance digitale intégrée, fondée sur l’interopérabilité des systèmes d’information et l’adoption d’une architecture commune. L’amélioration du système statistique des finances publiques figure également parmi les priorités, avec la création d’une plateforme de centralisation et d’échange automatisé des données afin de répondre aux besoins croissants d’analyse.
La digitalisation de l’administration publique sera poursuivie et accélérée, notamment à travers l’intégration des technologies émergentes, dont l’intelligence artificielle. Cette orientation vise à moderniser en profondeur les processus de gestion, tout en renforçant l’efficacité, la traçabilité et la transparence de l’action publique.




