TVA: recettes record et remboursements historiques

En 2025, les recettes TVA ont atteint 71 milliards de dirhams en hausse de 58%.

Revue de presseAvec 71 milliards de dirhams de recettes en 2025, en hausse de 58%, la TVA atteint un niveau sans précédent. Portée par l’élargissement de l’assiette fiscale et un durcissement des mécanismes anti-fraude, cette performance permet au Trésor d’accélérer les remboursements aux entreprises, qui ont atteint 25 milliards de dirhams l’an dernier. Une inflexion majeure qui redessine les relations entre l’administration fiscale et le tissu économique. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 03/03/2026 à 20h23

La taxe sur la valeur ajoutée connaît en 2025 une progression spectaculaire. Les recettes ont bondi de 58% pour atteindre 71 milliards de dirhams, un niveau inédit qui redessine à la fois les équilibres budgétaires de l’État et les relations entre l’administration fiscale et les entreprises. Cette performance ne tient pas uniquement à la conjoncture économique ou à une reprise mécanique de l’activité.

Selon le quotidien Les Inspirations Eco du 4 mars, près de la moitié de ce rendement supplémentaire provient de contribuables qui, jusqu’ici, échappaient au radar fiscal. Ces «passagers clandestins» n’avaient jamais déclaré la TVA collectée par le passé. Leur entrée dans le circuit formel a considérablement élargi l’assiette et dopé les encaissements du Trésor.

Cet afflux de liquidités a permis d’accélérer un chantier longtemps sensible: la normalisation des remboursements de crédits de TVA. Pendant des années, les arriérés ont pesé lourdement sur la trésorerie de grandes entreprises publiques et de nombreuses PME, contraintes de supporter des montants immobilisés parfois pendant plusieurs exercices. «Invité récemment à la Confédération générale des entreprises du Maroc, le directeur général des Impôts, Younes Idrissi Kaitouni, a annoncé que 25 milliards de dirhams ont été restitués aux entreprises l’an dernier au titre des crédits de TVA. Un montant qualifié d’historique par ses interlocuteurs, qui y voient le signe tangible d’un changement de doctrine, note Les Inspirations Eco.

Désormais, l’intégralité des recettes issues du contrôle fiscal est affectée aux remboursements et aux restitutions d’impôts. Une décision stratégique qui vise à restaurer la confiance et à ancrer la crédibilité de la réforme. Dans le même temps, certains dispositifs controversés ont perdu de leur centralité. La retenue à la source de la TVA, longtemps critiquée, n’est plus au cœur des débats. Au sein de la Direction générale des impôts, on souligne qu’il s’agit en réalité d’une avance de trésorerie consentie à l’entreprise collectrice, qui ne reverse la taxe qu’un mois plus tard. Ce mécanisme s’est révélé redoutablement efficace contre la fraude, générant à lui seul près de 6,7 milliards de dirhams de recettes en 2025.

La lutte contre les pratiques frauduleuses s’est également intensifiée à travers le resserrement des procédures d’auto-liquidation et de régularisation, ainsi que l’instauration d’une caution bancaire pour bénéficier de l’exonération de TVA sur les biens d’investissement importés. Ces garde-fous ont fermé plusieurs brèches exploitées par des montages sophistiqués, notamment la création de sociétés dédiées au détournement des crédits de TVA sur les biens d’équipement.

L’amélioration des délais de remboursement constitue l’autre pilier de cette transformation. Après avoir culminé à 42,2 milliards de dirhams fin 2020, les créances de TVA sur le Trésor ont progressivement diminué. À l’époque, ces impayés étaient concentrés sur un noyau restreint de grandes entreprises publiques, dont plus des deux tiers concernaient le groupe OCP. «Une partie de ces arriérés provenait du reliquat d’une opération d’affacturage lancée en 2018, lorsque le Trésor, confronté à des tensions de liquidité, avait conclu avec les banques un accord pour racheter une première tranche de 11 milliards de dirhams de crédits de TVA», précise Les Inspirations Eco. L’opération, rémunérée à un taux d’intérêt de 3,5% supporté par les entreprises, prévoit un remboursement étalé jusqu’en 2027. Le montage ne sera pas reconduit, la ministre de l’Économie et des Finances ayant opté pour une extinction progressive des arriérés sans recourir à de nouveaux mécanismes d’affacturage.

Depuis la sortie de la crise sanitaire, la dynamique s’est nettement accélérée. Les remboursements de TVA à l’intérieur s’élevaient à 12,65 milliards de dirhams en 2021, avant d’atteindre 18,72 milliards en 2024. En l’espace de quatre ans, les restitutions ont ainsi doublé pour culminer à 25 milliards en 2025. Aujourd’hui, selon la DGI, les délais moyens de remboursement n’excèdent pas deux mois, sauf en cas de dossier incomplet ou d’irrégularités. Les demandes introduites hors délai, soit au-delà d’un an à compter de la fin du trimestre de paiement, sont en revanche déclarées forcloses. D’autres sont rejetées pour des anomalies formelles, comme des discordances de montants ou des factures non conformes.

Au-delà des chiffres, la réforme de la TVA poursuit une ambition plus large. Elle répond à un impératif économique, en cherchant à restaurer la neutralité de l’impôt et à lever les freins à l’investissement. Elle s’inscrit aussi dans une logique sociale, à travers l’alignement progressif des taux afin de limiter les effets de butoir et de soutenir le pouvoir d’achat. Enfin, elle porte une exigence d’équité fiscale, avec l’élargissement de l’assiette, la taxation des services numériques et des prestations transfrontalières, ainsi que le renforcement continu des dispositifs de lutte contre la fraude. Pour l’administration fiscale, l’enjeu est désormais clair : transformer l’embellie conjoncturelle en trajectoire durable, capable de consolider à la fois les finances publiques et la confiance des acteurs économiques.

Par La Rédaction
Le 03/03/2026 à 20h23