Les principales centrales syndicales marocaines, à savoir l’Union marocaine du travail, la Confédération démocratique du travail et l’Union générale des travailleurs du Maroc, poursuivent leur évaluation approfondie de la situation financière des caisses de retraite. Cette démarche intervient en amont de l’ouverture des négociations avec le gouvernement concernant une réforme globale du système. Après avoir effectué des visites de terrain auprès de la Caisse marocaine des retraites, du Régime collectif d’allocation de retraite et de la Caisse nationale de sécurité sociale, les syndicats prévoient de compléter cette série d’inspections par une visite du Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite le 6 avril 2026, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition de ce jeudi 26 mars.
Les premières observations issues de ces visites révèlent l’existence de déficits techniques, à des degrés variables, qui devraient apparaître à partir de 2030. Toutefois, les syndicats restent prudents face à ces projections. Ils indiquent avoir demandé des audits détaillés afin de vérifier la réalité et l’ampleur de ces déficits, en attendant les réponses des responsables des différentes caisses concernées. Sur le plan des réformes, aucune avancée concrète n’a encore été enregistrée, a-t-on pu lire. Le gouvernement n’a, à ce stade, soumis aucune proposition officielle. Les discussions devraient reprendre dans le cadre du dialogue social prévu en avril, avant le 1er mai. Plusieurs indicateurs laissent toutefois penser que le dossier pourrait être relégué à la prochaine équipe gouvernementale, dans un contexte marqué par des enjeux électoraux et la sensibilité politique de ce chantier.
Et pourtant, il y a urgence. Les données financières disponibles confirment la fragilité du système, relate Al Ahdath Al Maghribia. En 2024, la Caisse marocaine des retraites a enregistré un déficit technique de 7,2 milliards de dirhams, malgré une légère amélioration des cotisations. Cette situation a entraîné une baisse de 7,1% de ses réserves par rapport à 2023. Depuis 2014, le déficit cumulé dépasse désormais 60 milliards de dirhams, dont près de la moitié accumulée au cours des cinq dernières années.
D’autres régimes affichent encore des excédents, mais leur situation reste préoccupante. Le Régime collectif d’allocation de retraite a ainsi dégagé un excédent de 1,2 milliard de dirhams, tandis que la Caisse nationale de sécurité sociale a également enregistré un solde positif. Néanmoins, ces deux institutions souffrent d’un déséquilibre structurel lié à une tarification insuffisante. À l’inverse, la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite, qui propose des pensions complémentaires aux salariés du secteur privé, apparaît pour l’instant relativement préservée, avec un excédent de 8,2 milliards de dirhams enregistré l’année dernière.
Malgré un diagnostic globalement partagé sur la nécessité d’une réforme, les divergences persistent quant aux solutions à adopter. Le gouvernement considère comme inévitables des mesures telles que le relèvement de l’âge de départ à la retraite et l’augmentation des cotisations, afin d’éviter une incapacité future à honorer les pensions, notamment pour la Caisse marocaine des retraites à partir de 2031, écrit Al Ahdath Al Maghribia. Les syndicats, de leur côté, maintiennent une position ferme autour de trois refus: pas d’augmentation de l’âge de la retraite, pas de hausse des cotisations et pas de baisse des pensions. Ils plaident pour une réforme globale et équitable, qui ne se limite pas à des mesures jugées faciles. Ils attribuent en partie les difficultés actuelles à des choix politiques passés, notamment au non-paiement des cotisations par les pouvoirs publics pendant plusieurs décennies. Ils insistent également sur la nécessité de responsabiliser les anciens gestionnaires, en particulier au sein de la Caisse nationale de sécurité sociale, accusés de mauvaise gestion.
Les centrales syndicales défendent une approche structurelle reposant sur l’harmonisation des taux de cotisation et des modes de gestion des ressources entre les différentes caisses. Elles appellent notamment à une ouverture plus large des placements financiers, estimant que certaines contraintes imposées, notamment à la Caisse nationale de sécurité sociale, limitent la rentabilité de ses investissements par rapport aux opportunités offertes par le marché financier.







