Les discussions autour de la réforme des retraites entrent dans une nouvelle phase, marquée par une intensification des échanges et un calendrier désormais plus lisible. La commission technique chargée du suivi du dossier multiplie les réunions avec les différentes caisses de retraite afin d’affiner le diagnostic et d’identifier des pistes de réforme. «Après une rencontre tenue récemment au siège de la Caisse nationale de sécurité sociale, une nouvelle réunion est prévue mardi 3 février avec la Caisse marocaine des retraites, dans la continuité d’un processus qui se veut progressif mais désormais sous contrainte de temps», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 20 janvier.
La réunion organisée à la CNSS a constitué une étape significative. Officiellement, elle avait pour objectif de présenter un diagnostic financier des régimes de retraite, fondé sur des études actuarielles et des projections à moyen et long termes. Un exercice attendu, compte tenu des signaux d’alerte répétés sur la soutenabilité du système. Toutefois, cette présentation n’a pas permis de lever toutes les zones d’ombre. Dans un communiqué diffusé à l’issue de la séance, la Confédération démocratique du travail a exprimé ses réserves sur certaines données avancées, évoquant des divergences sur plusieurs indicateurs clés et appelant à une approche plus globale et équilibrée de la réforme.
Le syndicat a rappelé ses lignes rouges, insistant sur le refus de toute réforme qui ferait peser l’essentiel de l’effort sur les salariés ou qui porterait atteinte au pouvoir d’achat des retraités. Il a également souligné la nécessité d’une implication claire de l’État dans la préservation de la viabilité du système à long terme. Si le dialogue n’est pas remis en cause, le ton s’est néanmoins durci, traduisant une vigilance accrue des partenaires sociaux face à un dossier politiquement sensible. «Le message adressé aux pouvoirs publics est sans ambiguïté», relève L’Economiste : aucune réforme durable ne pourra voir le jour sans un consensus social élargi, dans un contexte où toute décision impopulaire serait difficile à assumer.
Le diagnostic présenté met en évidence une dégradation plus rapide que prévu des équilibres financiers. Le premier déficit du solde technique, résultant du déséquilibre entre les cotisations encaissées et les prestations versées, est désormais attendu dès 2026. En l’absence de mesures correctrices, l’épuisement des réserves, actuellement gérées par la Caisse de dépôt et de gestion, serait projeté à l’horizon 2035. Ces échéances rapprochées confèrent au dossier un caractère d’urgence qui dépasse le seul cadre technique.
Ces déséquilibres sont d’autant plus suivis de près que les autorités financières considèrent le système des retraites comme un facteur potentiel de vulnérabilité systémique, susceptible, à terme, de peser sur les équilibres macroéconomiques et budgétaires du pays. À mesure que les travaux de la commission technique avancent, le constat se précise: le défi n’est pas uniquement actuariel. Il est aussi social et politique, tant les choix à opérer auront des répercussions sur plusieurs générations.
La réunion prévue avec la Caisse marocaine des retraites devrait permettre d’élargir l’analyse des déséquilibres en intégrant la situation des régimes du secteur public et d’affiner les scénarios de réforme. Le chantier des retraites progresse ainsi par étapes successives, au rythme des échanges et des clarifications, sans précipitation affichée mais sous une pression croissante. Derrière les chiffres et les projections, ce sont en effet les équilibres sociaux de long terme et la confiance dans le système de protection sociale qui se jouent.
Parmi les indicateurs présentés lors des discussions, un chiffre a particulièrement retenu l’attention des participants, relate L’Economiste. Seuls 56 % des salariés sont déclarés sur une durée d’au moins neuf mois dans l’année. Bien que ce taux soit en légère évolution, il demeure révélateur de failles structurelles persistantes. La forte saisonnalité de l’emploi dans certains secteurs continue de fragiliser la régularité des cotisations, tandis que la sous-déclaration reste une réalité largement répandue, tout comme l’ampleur du travail informel.
À ces difficultés structurelles s’ajoute un phénomène plus récent et préoccupant : le refus volontaire de certains salariés d’être déclarés, par crainte de perdre l’accès à des aides sociales directes. Ce choix individuel, dicté par des considérations de court terme, met en lumière les tensions entre les politiques de soutien social et les objectifs de formalisation de l’emploi. Il souligne également la complexité du chantier des retraites, qui ne peut être dissocié des enjeux plus larges du marché du travail et de la cohérence des politiques publiques.








