À la suite de la suspension de l’exportation des sardines congelées, décidée par le Maroc à compter du 1er février 2026, les autorités entendent reprendre la main sur un marché marqué par une forte tension sur les prix et par des inquiétudes croissantes quant à l’approvisionnement du marché intérieur, en particulier à l’approche du mois de Ramadan. «Dans ce contexte, le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime a engagé une révision en profondeur des mécanismes de gestion des ressources halieutiques, en procédant notamment à une refonte du calendrier du repos biologique», relate le quotidien Les Inspirations Eco du 4février.
Cette orientation se matérialise par la promulgation de la décision n° PP-01/26, qui modifie le calendrier initial de protection des petits pélagiques dans l’Atlantique Sud. Désormais, la période de repos biologique est fixée du 1er janvier au 15 février 2026. Ce réajustement marque un tournant stratégique, traduisant une volonté d’adapter la réglementation aux réalités biologiques des stocks et aux recommandations scientifiques les plus récentes. La mesure s’appuie en effet sur l’avis rendu en octobre 2025 par l’Institut national de la recherche halieutique, qui souligne la nécessité de renforcer la protection des espèces dans une zone particulièrement sensible s’étendant du cap Boujdour, au nord, jusqu’au cap Blanc, au sud.
Au-delà de la question du calendrier, l’administration a également durci les conditions d’accès à cette pêcherie stratégique. «Pour la campagne 2026, seuls 75 navires de pêche à la senne sont autorisés à opérer depuis le port de Dakhla», souligne Les Inspirations Eco. La liste des navires concernés a été rendue publique, consacrant une sélection fondée sur des critères à la fois administratifs et techniques. Les armateurs doivent notamment justifier d’un agrément sanitaire valide, prouver la propriété effective de leurs unités et se conformer à un quota individuel de capture qui sera fixé ultérieurement en fonction de l’état réel de la ressource.
Les nouvelles directives témoignent également d’un renforcement notable du contrôle des activités en mer. Chaque navire autorisé est tenu de maintenir en permanence son système de surveillance par satellite opérationnel, avec une fréquence maximale de transmission d’une heure. Les obligations se prolongent à terre, puisque les débarquements doivent obligatoirement avoir lieu au port de Dakhla toutes les vingt-quatre heures. Il est par ailleurs strictement interdit de stocker le poisson en dehors des cales ou d’utiliser des contenants non conformes aux normes en vigueur. Cette organisation logistique vise à assurer une traçabilité totale des captures et à réduire les risques de pêche non déclarée ou illicite.
Le dispositif est complété par un volet coercitif assumé, écrit le quotidien. Les armateurs bénéficiaires de licences disposent d’un délai courant jusqu’au 15 février 2026 pour s’acquitter de leurs redevances. Tout manquement, qu’il s’agisse d’un retard de paiement ou du non-respect des règles établies, expose les contrevenants à des sanctions sévères, pouvant aller jusqu’à l’exclusion de la pêcherie pour une durée de cinq ans, sans possibilité de remplacement du navire concerné. À travers cette fermeté, les autorités affirment que l’accès aux ressources de l’Atlantique Sud relève désormais d’un privilège conditionné au respect strict des équilibres écologiques et des engagements financiers, plaçant la responsabilité des opérateurs au cœur de la stratégie marocaine de développement de l’économie bleue.







