OPCVM: la liquidité prime, la reprise reste sous contrainte

Pièces de monnaie. . DR

À fin janvier 2026, les encours des organismes de placement collectif en valeurs mobilières atteignent 787,5 milliards de dirhams, en progression mensuelle limitée de 2,5 milliards de dirhams. Cette évolution contenue reflète des arbitrages prudents en faveur des supports les plus liquides, dans un environnement monétaire encore contraint et un marché financier en attente de signaux plus lisibles.

Le 17/02/2026 à 11h36

Le début de l’année confirme ainsi une reprise mesurée des actifs sous gestion, après plusieurs mois de repli marqué. La dynamique observée en janvier traduit davantage des ajustements tactiques de portefeuille que le retour d’un appétit franc pour le risque, dans un contexte où les conditions de financement demeurent restrictives et où la visibilité macrofinancière reste néanmoins partielle.

Derrière la progression globale des encours, les flux restent toutefois contrastés selon les catégories de fonds. La collecte nette du mois se concentre principalement sur les fonds obligataires court terme (OCT), qui absorbent l’essentiel des souscriptions et confirment la préférence persistante des investisseurs pour la liquidité et la préservation du capital. Les fonds diversifiés et, dans une moindre mesure, les fonds actions enregistrent également des apports positifs, sans pour autant remettre en cause la hiérarchie des arbitrages observée depuis plusieurs trimestres.

À l’inverse, les fonds obligataires moyen et long terme (OMLT) accusent une décollecte significative de l’ordre de 9 milliards de dirhams. Les fonds monétaires, longtemps privilégiés pour leur profil défensif, enregistrent également un repli de leurs encours de près de 2 milliards de dirhams sur la période.

Ces mouvements traduisent une réallocation tactique de l’épargne vers des supports offrant une meilleure visibilité à court terme, dans un contexte où les anticipations de détente monétaire demeurent graduelles. Selon Bank Al-Maghrib, la politique monétaire est restée inchangée à fin 2025, avec un taux directeur maintenu à 3%, ce qui continue d’influencer la hiérarchie des rendements sur le marché obligataire domestique. Au-delà des flux, le mois de janvier 2026 a également été marqué par une activité réglementaire soutenue. Selon l’AMMC, neuf agréments d’OPCVM ont été délivrés sur la période, couvrant l’ensemble des grandes classes d’actifs.

La société Wineo Gestion a obtenu un agrément pour un nouvel OPCVM monétaire, renforçant son positionnement sur les produits de gestion de trésorerie. De son côté, CIH Capital Management concentre l’essentiel des nouveaux agréments, avec huit fonds autorisés en janvier, dont trois fonds diversifiés, deux fonds monétaires, un fonds actions, un fonds OMLT et un fonds OCT.

Cette dynamique illustre l’intensification de la concurrence entre sociétés de gestion, dans un marché où la différenciation par les stratégies d’allocation et la granularité des offres devient un enjeu central.

Une industrie sous contrainte macrofinancière

La progression limitée des encours OPCVM doit être replacée dans un contexte macrofinancier encore contraint. Selon les données de Bank Al-Maghrib, la liquidité bancaire est demeurée tendue à la fin de l’année 2025, même si les interventions de la banque centrale ont permis de stabiliser le marché monétaire.

Par ailleurs, la Bourse de Casablanca a évolué sans tendance franche sur les premières semaines de 2026, ce qui explique en partie la collecte mesurée sur les fonds actions. D’après les statistiques officielles de la place casablancaise, les volumes restent concentrés sur un nombre limité de valeurs à forte capitalisation, ce qui limite la diffusion de la performance à l’ensemble du marché.

Au-delà de la photographie conjoncturelle, l’AMMC inscrit l’évolution de l’industrie de la gestion d’actifs dans une perspective plus structurelle. Dans le cadre de son plan d’actions 2026, l’Autorité affiche clairement sa volonté de soutenir le développement de nouvelles catégories d’OPCVM afin de faciliter l’allocation de l’épargne disponible et d’élargir les choix offerts aux investisseurs et parmi les axes prioritaires figure l’accompagnement des sociétés de gestion dans la création d’OPCVM cotés en bourse, communément appelés ETF (Exchange-Traded Fund) (fonds d’investissement coté en bourse). Ces instruments, largement développés sur les marchés internationaux, sont perçus comme un levier de démocratisation de l’investissement financier, grâce à des coûts réduits, une transparence accrue et une liquidité continue.

Selon l’AMMC, cette évolution réglementaire vise à rapprocher davantage le marché marocain des standards internationaux, tout en tenant compte des spécificités locales en matière de profondeur de marché et de structure de l’épargne.

La légère progression des encours des OPCVM à fin janvier 2026 traduit un marché à la croisée des chemins, marqué par une prudence conjoncturelle, des arbitrages de court terme et une volonté affichée de moderniser l’offre. Dans ce contexte, l’industrie de la gestion d’actifs semble s’inscrire davantage dans une phase d’ajustement que dans une dynamique d’expansion franche.

Toutefois, la question centrale demeure celle de la capacité des nouveaux instruments, notamment les ETF, à capter une épargne encore largement orientée vers les dépôts bancaires. Dans un environnement où la stabilité financière reste une priorité des autorités, l’enjeu pour le marché des capitaux marocain est désormais de transformer cette stabilité en moteur durable de mobilisation de l’épargne et de financement de l’économie réelle.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 17/02/2026 à 11h36