La campagne oléicole en cours au Maroc présente un visage contrasté qui déroute les professionnels du secteur. Sur le papier, les indicateurs sont au vert: les volumes de production progressent sensiblement et le rendement en huile dépasse les 20%. Pourtant, sur le terrain, la réalité est nettement moins favorable. «La filière évolue dans un contexte marqué par des contraintes climatiques sévères, des perturbations logistiques et un déséquilibre économique qui fragilisent la rentabilité des exploitations», relève le quotidien Les Inspirations Eco du 3 février.
La météo instable s’impose comme l’un des principaux facteurs de tension de cette saison. La succession d’épisodes pluvieux et neigeux a profondément bouleversé le calendrier habituel de la récolte, réduisant considérablement la fenêtre d’intervention des agriculteurs. Après chaque période de pluie, un délai incompressible de trois à quatre jours de séchage est nécessaire avant toute reprise de la cueillette. Cette attente, indispensable pour abaisser la teneur en eau du fruit et garantir un bon rendement à l’extraction, a amputé la saison de nombreux jours de travail effectif. Les exploitants se retrouvent ainsi contraints de récolter dans l’urgence, entre deux perturbations climatiques, avec un risque accru de voir la qualité des olives se dégrader sur pied ou lors du stockage.
Dans les zones montagneuses, notamment dans le Moyen Atlas, les conditions hivernales ont aggravé la situation. Dans des provinces comme Sefrou, Boulemane ou Taza, des centaines d’hectares d’oliveraies sont aujourd’hui inaccessibles. Le gel et la neige ont rendu la cueillette manuelle impossible, forçant de nombreux agriculteurs à abandonner des parcelles pourtant lourdement chargées en fruits. «Ces pertes, qualifiées de sèches par les professionnels, illustrent la vulnérabilité structurelle de l’oléiculture de montagne face aux aléas climatiques extrêmes. Elles pèseront inévitablement sur le bilan régional de la campagne, en dépit d’un potentiel de production initialement prometteur», écrit Les Inspirations Eco.
À ces contraintes naturelles s’ajoute une pression économique de plus en plus difficile à absorber. La pénurie de main-d’œuvre agricole a entraîné une flambée des salaires journaliers, passés en quelques années d’environ 100 dirhams à plus de 250 dirhams. Avec une capacité de récolte estimée entre 100 et 120 kilogrammes par ouvrier et par jour, le coût de la main-d’œuvre représente désormais près de 2,5 dirhams par kilogramme d’olives. Cette hausse intervient dans un contexte paradoxal où les prix de vente suivent une trajectoire inverse. L’abondance de l’offre a tiré les cours de l’olive vers le bas, entre 3 et 9 dirhams le kilogramme selon les variétés, tandis que le litre d’huile se négocie autour de 32 dirhams à la sortie des unités de trituration. Le décalage entre des coûts de production en hausse et des prix de vente sous pression compromet l’équilibre financier de nombreuses exploitations, certaines peinant à couvrir leurs charges.
Face à cette accumulation de contraintes, la question de la modernisation des pratiques s’impose avec acuité. Pour de nombreux acteurs de la filière, la mécanisation apparaît désormais comme une réponse structurelle incontournable.*
L’adoption d’équipements tels que les peignes vibrants ou les secoueurs de troncs permettrait de réduire la dépendance à une main-d’œuvre devenue rare et coûteuse, tout en accélérant le rythme de la récolte. Cette rapidité d’exécution constitue un atout majeur dans un contexte de fenêtres climatiques de plus en plus courtes.
En sécurisant les volumes récoltés et en préservant la qualité du fruit, la mécanisation s’affirme non plus comme un simple levier de confort, mais comme une condition essentielle de la compétitivité et de la résilience de l’oléiculture marocaine face aux défis climatiques et économiques actuels.







