L’économie marocaine évolue sous pression, à la croisée de dynamiques externes défavorables et d’efforts internes de consolidation. La dégradation de l’environnement économique mondial, alimentée notamment par l’intensification des tensions au Moyen-Orient et les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz, ravive les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique et les équilibres commerciaux.
Dans son rapport intermédiaire intitulé «Perspectives économiques de l’OCDE: la résilience à l’épreuve», publié ce mois et repris par le quotidien L’Economiste dans son édition du vendredi 27 mars, l’OCDE met en garde contre un ralentissement global tout en insistant sur la nécessité pour les économies partenaires d’accélérer les réformes structurelles.
Pour le Maroc, la situation met en lumière une double exigence. D’une part, il s’agit d’absorber les répercussions d’un choc énergétique exogène, lié à la flambée des prix des hydrocarbures. D’autre part, le Royaume doit poursuivre la consolidation de ses fondamentaux économiques en s’appuyant sur des partenariats stratégiques et un cadre de réformes renforcé.
La vulnérabilité du pays s’articule autour de plusieurs canaux. Le premier concerne la transmission de l’inflation importée. La hausse des cours du pétrole, avec un Brent atteignant les 110 dollars le baril, conjuguée à celle du gaz sur les marchés européens, exerce une pression directe sur les coûts de production. Cette dynamique comporte un risque de répercussion sur les prix à la consommation, même si les données récentes montrent une évolution contenue de l’indice des prix, en recul de 0,6% en février, notamment sous l’effet d’un repli des prix alimentaires.
Le deuxième canal de fragilité réside dans la détérioration des termes de l’échange. Malgré une baisse relative de la facture énergétique en début d’année, celle-ci demeure sensible à la volatilité des cours internationaux. Cette situation continue de peser sur la balance commerciale, dont le taux de couverture reste limité, traduisant un déséquilibre structurel entre importations et exportations.
«À cela s’ajoute une contrainte budgétaire accrue», écrit L’Economiste. Les dispositifs de soutien visant à amortir les effets de la hausse des prix, ainsi que les mécanismes de compensation, mobilisent des ressources publiques importantes. Dans un contexte de déficit budgétaire en élargissement, ces engagements réduisent les marges de manœuvre de l’État et posent la question de la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.
Face à ces pressions, l’accent est également mis sur les transformations structurelles. L’OCDE souligne en particulier l’importance de l’efficacité énergétique et de la transition vers des sources renouvelables. Pour un pays importateur net d’énergie comme le Maroc, la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles constitue un enjeu stratégique. Les orientations nationales visent à porter la part des énergies renouvelables à plus de 52% du mix électrique d’ici 2030, un objectif qui s’inscrit dans une logique de compétitivité économique et de maîtrise des coûts pour les entreprises et les ménages.
Dans ce cadre, le partenariat avec l’OCDE apparaît comme un levier d’accompagnement des réformes. Il pourrait notamment favoriser l’amélioration du cadre réglementaire et le développement de mécanismes de financement dédiés à la transition verte, renforçant ainsi la trajectoire de développement durable du pays dans un environnement incertain.
Parallèlement, plusieurs indicateurs conjoncturels témoignent de la capacité d’adaptation de l’économie marocaine. La bonne tenue de la campagne agricole, soutenue par un niveau de remplissage des barrages historiquement élevé, contribue à atténuer les pressions inflationnistes. Cette dynamique joue un rôle stabilisateur, en particulier sur les prix des produits alimentaires, lit-on dans L’Economiste.
La résilience du tissu économique repose également sur la performance de secteurs exportateurs clés. L’industrie automobile et l’aéronautique continuent d’afficher des progressions notables, tandis que le tourisme bénéficie d’un regain d’activité, notamment en lien avec l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Ces moteurs contribuent à compenser partiellement les effets négatifs de la hausse des importations énergétiques.
Sur le plan institutionnel, le renforcement de la coopération internationale constitue un autre axe stratégique. La rencontre tenue à Paris le 25 mars 2026 entre la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, et le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, s’inscrit dans cette dynamique. Les échanges ont porté sur la mise en œuvre du plan d’action 2024-2026 et sur les perspectives de renforcement de la coopération bilatérale. Les discussions ont également permis de mettre en avant les réformes engagées par le Royaume, notamment en matière de généralisation de la protection sociale et d’amélioration du climat des affaires. La participation marocaine aux travaux de l’OCDE, y compris dans le cadre du programme régional MENA, illustre la volonté d’aligner les politiques publiques sur les standards internationaux et de renforcer la crédibilité économique du pays.








