Nador West Med, le port qui propulse le Maroc vers une nouvelle dimension industrielle

Une vue du complexe portuaire Nador West Med

Revue de pressePensé comme un prolongement stratégique de Tanger Med, Nador West Med se veut un hub portuaire et industriel de nouvelle génération. Avec des ambitions énergétiques, logistiques et territoriales, ce projet souverain entend renforcer la position du Maroc comme interface clé entre l’Europe et l’Afrique et stimuler le développement économique de la région de l’Oriental. Les explications de Khalid Kabbadj, économiste. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 15/02/2026 à 20h09

Nador West Med s’impose comme l’un des projets portuaires les plus ambitieux et structurants du Royaume, conçu comme un prolongement stratégique de Tanger Med pour positionner le Maroc dans une nouvelle dimension industrielle et logistique. Hub en eaux profondes et plateforme d’intégration Afrique-Europe, ce complexe traduit une vision souveraine à long terme, visant à renforcer la compétitivité du Royaume sur le plan économique et énergétique.

Dans un entretien accordé au magazine Finances News Hebdo, Khalid Kabbadj, économiste et expert en investissement, explique que «Nador West Med s’inscrit en toute évidence dans la continuité du modèle Tanger Med, mais avec une logique d’extension fonctionnelle et stratégique. Là où Tanger Med s’est imposé comme un hub mondial de transbordement conteneurisé et industriel intégré, Nador West Med vise une diversification plus marquée vers l’énergie, les matières premières, les flux industriels lourds et les nouvelles filières énergétiques». Le port, troisième en eaux profondes du pays, avec une profondeur de 23 mètres, peut accueillir des navires de très grande capacité et développer des activités industrielles lourdes, notamment avec les matières premières en provenance d’Afrique subsaharienne. Sa capacité initiale est estimée à environ 5 millions de conteneurs, avec un potentiel pouvant atteindre 12 millions, positionnant Nador West Med parmi les principaux ports méditerranéens. «La complémentarité stratégique repose sur l’extension du modèle port-industrie vers l’Est du Royaume, sur la diversification énergétique et logistique et sur la consolidation du positionnement du Maroc comme interface entre l’Europe et l’Afrique», ajoute Kabbadj.

Le rôle souverain du projet se manifeste également par le suivi rapproché du Roi Mohammed VI, relève Finances News. Kabbadj souligne que «le pilotage royal traduit clairement le statut de projet souverain comparable aux grandes infrastructures structurantes du Royaume. La mobilisation de plus de 50 milliards de dirhams d’investissements publics et privés illustre pleinement cette dimension stratégique nationale». Nador West Med s’inscrit ainsi dans les priorités de souveraineté économique et énergétique, avec la sécurisation des chaînes logistiques, le développement d’infrastructures gazières et d’hydrogène et l’intégration du Maroc dans les corridors Afrique-Europe. Le projet devait notamment accueillir la première infrastructure GNL du Royaume, pour sécuriser l’approvisionnement énergétique national et accompagner la transition énergétique. Kabbadj précise que «l’objectif est de structurer une capacité nationale de résilience logistique et industrielle sur le long terme».

Au-delà de son rôle national, Nador West Med vise à transformer l’Oriental en un véritable moteur de rééquilibrage territorial. «En effet, et c’est même l’un des objectifs majeurs du projet, Nador West Med prévoit plusieurs centaines d’hectares de zones industrielles, avec un potentiel d’extension pouvant atteindre plusieurs milliers d’hectares d’activités économiques. L’ambition affichée par les autorités est que l’impact dépasse largement Nador et Driouch pour irriguer l’ensemble de la région de l’Oriental, mais également les régions intérieures grâce aux nouvelles connexions routières et logistiques vers Fès-Meknès et le corridor Est», explique Kabbadj. La création d’emplois industriels, l’attractivité des investissements internationaux et le positionnement logistique méditerranéen sont au cœur de cette logique territoriale.

Le projet se veut également un écosystème industriel intégré, avec quatre secteurs prioritaires. «Le premier concerne l’énergie, notamment les infrastructures liées au gaz naturel, aux carburants et à l’hydrogène vert. Le deuxième est celui des industries lourdes et des matières premières, en lien avec les flux en provenance d’Afrique. Le troisième concerne la logistique industrielle et la transformation, afin de capter davantage de valeur ajoutée localement. Enfin, le quatrième secteur concerne les nouvelles industries liées à la transition énergétique et aux chaînes de valeur émergentes», souligne Kabbadj.

La compétitivité logistique du Maroc, démontrée par le succès de Tanger Med et de ses 1.400 entreprises industrielles, constitue un atout majeur face à des ports européens souvent saturés ou coûteux.

Selon Kabbadj, Nador West Med peut devenir «un levier d’industrialisation de nouvelle génération en favorisant la montée en gamme et la création de valeur durable pour l’économie nationale». Il s’agit de soutenir trois transitions majeures: énergétique, industrielle et logistique intelligente, avec un accent sur la digitalisation et l’intégration des chaînes d’approvisionnement Afrique-Europe. Le port pourrait aussi servir de plateforme pour les futures exportations d’hydrogène vert, positionnant le Maroc sur les nouvelles chaînes de valeur énergétiques mondiales.

Concernant la suspension du projet de terminal GNL, Kabbadj explique qu’elle résulte «principalement d’un arbitrage stratégique entre ambition énergétique et exigences de soutenabilité financière et juridique de l’État». La décision est liée à des réserves du ministère de l’Économie et des Finances sur le risque budgétaire d’une infrastructure estimée à près d’un milliard de dollars, dans un contexte d’incertitude sur la consommation nationale et l’absence d’un cadre gazier finalisé, relate Finances News. Des fragilités procédurales dans l’appel d’offres initial ont également conduit à la suspension avant l’ouverture des offres. Kabbadj insiste toutefois: «cette décision ne remet pas en cause la stratégie énergétique globale du Royaume, mais s’inscrit dans une logique de séquençage et de sécurisation des projets». Le développement portuaire et industriel de Nador West Med se poursuit avec des investissements massifs et une mise en exploitation progressive, confirmant le caractère structurant du projet à l’échelle nationale.

Nador West Med apparaît donc comme un projet phare pour le Maroc, combinant ambitions portuaires, industrielles et énergétiques, et représentant un levier de développement régional et national capable de transformer la position stratégique du Royaume en Méditerranée et en Afrique.

Par le360
Le 15/02/2026 à 20h09