Les géants marocains du BTP à la conquête de l’Afrique et du Moyen-Orient

Après dix ans de transformation interne, les principaux groupes marocains du BTP intensifient leur développement à l’international.

Revue de presseAprès une décennie de transformation interne, les principaux groupes marocains du BTP accélèrent leur expansion à l’international. Afrique de l’Ouest, Afrique centrale et Moyen-Orient offrent des marchés en pleine croissance, où la demande en infrastructures dépasse largement l’offre locale. TGCC, SGTM et Jet Contractors misent sur ces zones pour diversifier leurs revenus, sécuriser leur croissance et s’imposer comme des acteurs régionaux incontournables. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 21/01/2026 à 20h14

Après une décennie de transformations internes, les grandes entreprises marocaines du BTP passent désormais à la vitesse supérieure en se projetant bien au-delà des frontières du Royaume. «Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Moyen-Orient… ces régions connaissent des mutations profondes et rapides, où la demande en infrastructures dépasse largement l’offre locale, offrant des opportunités inédites pour les acteurs marocains», indique le magazine Finances News Hebdo.

Pour des groupes comme TGCC, SGTM ou Jet Contractors, l’internationalisation n’est plus une simple diversification : elle devient un axe stratégique essentiel. Ces entreprises visent des marchés massifs, mieux rémunérés et structurants pour leur développement à long terme. L’Afrique connaît en effet une dynamique démographique exceptionnelle. La population du continent, estimée à 1,4 milliard aujourd’hui, devrait atteindre 2,4 milliards d’ici 2050, tandis que l’urbanisation progresse à un rythme effréné. La population urbaine pourrait passer de 650 millions en 2020 à plus de 1,4 milliard dans trente ans. Ces évolutions impliquent des besoins colossaux en infrastructures, évalués à 130 milliards de dollars par an. Routes, ports, zones industrielles, logements, métros, hubs logistiques, projets énergétiques… la taille et la complexité des chantiers africains n’ont pas d’équivalent ailleurs.

«Les projets emblématiques illustrent cette ampleur: l’autoroute Abidjan-Lagos, longue de 965 kilomètres pour un coût de 15,6 milliards de dollars, le TER de Dakar, le métro de Lagos, ou encore les centrales de Nachtigal au Cameroun et de Lake Turkana au Kenya», énumère Finances News. Avec une croissance économique autour de 5% et un poids significatif du BTP dans plusieurs économies locales (7 % du PIB au Sénégal, 4,3 % en Côte d’Ivoire, près de 6 % au Burkina Faso), l’Afrique de l’Ouest incarne particulièrement cette dynamique. Dans ce contexte, les entreprises marocaines bénéficient d’atouts stratégiques: un savoir-faire éprouvé sur des projets d’envergure, une expertise reconnue, une proximité culturelle et des méthodes d’exécution compétitives.

«Mais l’Afrique n’est pas le seul terrain d’expansion», relève Finances News. Le Moyen-Orient attire également les regards, avec l’Arabie saoudite en tête de liste. Portée par son programme Vision 2030, le Royaume investit massivement pour transformer ses villes et son économie. Le marché saoudien du BTP, estimé à 655 milliards de dollars aujourd’hui, pourrait atteindre 1 300 milliards d’ici 2030. Malgré quelques ajustements sur des mégaprojets comme NEOM, la demande reste considérable : infrastructures urbaines, complexes touristiques, zones industrielles, routes, lignes ferroviaires, stades et équipements sportifs pour la Coupe du monde 2034. Pour les entreprises marocaines, ce marché présente un double attrait : des marges attractives et une visibilité internationale, à condition de respecter des standards d’exécution très exigeants.

TGCC illustre parfaitement cette stratégie. Déjà implanté en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Sénégal, Gabon), le groupe a franchi une étape clé en 2024 avec l’ouverture de TGCC Arabie saoudite. Si l’international ne représente encore que 7% de son chiffre d’affaires, cette initiative marque une volonté claire de se positionner durablement dans des zones à forte croissance. Alors que l’expansion africaine repose sur une approche progressive (implantation locale, montée en compétences, exécution de projets d’envergure), l’entrée sur le marché saoudien se veut plus offensive: présence commerciale rapide et ciblage des appels d’offres des programmes Vision 2030, avec un accent sur les bâtiments complexes et les infrastructures industrielles ou tertiaires. L’objectif est de diversifier les revenus dans un Maroc plus stable mais moins dynamique et de s’assurer une part des investissements massifs du Golfe.

Jet Contractors, de son côté, est l’un des groupes les plus avancés dans l’internationalisation. Avec un carnet de commandes supérieur à 8 milliards de dirhams, plus de 3 milliards de chiffre d’affaires et 2 000 références dans 16 pays, le groupe a développé un modèle basé sur la haute technicité, la rapidité d’exécution et la présence sur des marchés offrant de meilleures conditions de paiement. Aujourd’hui, l’international représente déjà un quart de son activité, principalement en Afrique subsaharienne. «Fort de cette expérience, Jet Contractors envisage désormais sérieusement une implantation en Arabie saoudite, où la demande pour des façades techniques et des complexes architecturaux correspond parfaitement à son savoir-faire», note Finances News.

SGTM, longtemps concentré sur le marché marocain, déploie également une stratégie internationale plus structurée. Le groupe mise sur ses métiers historiques (aménagements hydrauliques, ouvrages d’art complexes, travaux maritimes et fluviaux, bâtiments industriels, projets miniers et énergétiques) pour s’implanter en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient. Avec des filiales déjà ouvertes en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Cameroun, SGTM se distingue par des projets emblématiques, comme l’aménagement de la baie de Cocody à Abidjan, inauguré en 2022, qui illustre sa capacité à rivaliser avec les plus grands constructeurs internationaux. Les prochaines années verront le groupe renforcer sa présence sur des marchés francophones et anglophones en Afrique et ouvrir une offre dédiée aux groupes miniers du continent, un segment stratégique en forte croissance.

Les trois groupes partagent aujourd’hui la même lecture du marché: le futur du BTP ne se joue plus seulement au Maroc, mais là où la demande explose et où les marges restent attractives. L’Afrique combine besoins gigantesques, urbanisation accélérée et transition énergétique, tandis que le Moyen-Orient propose des projets d’une envergure mondiale, des conditions financières solides et des perspectives de long terme. Pour TGCC, SGTM et Jet Contractors, il ne s’agit plus seulement de décrocher des contrats. C’est une question de changement d’échelle, de sécurisation de la croissance sur des marchés vastes et de consolidation de leur position comme acteurs régionaux incontournables. Le Maroc dispose désormais d’un BTP capable de s’exporter, de rivaliser sur des projets complexes et de porter l’image d’un savoir-faire national à l’international. La décennie à venir sera décisive pour déterminer si cette internationalisation devient le pilier d’un nouveau modèle de développement pour ses géants du secteur.

Par La Rédaction
Le 21/01/2026 à 20h14