Le miel, un marché en pleine effervescence

La consommation nationale moyenne du miel s’établit à 250 grammes de miel par habitant et par an, révélant à la fois un marché intérieur encore modeste et un potentiel de croissance certain.

Revue de presseAvec 36.000 apiculteurs, 500.000 ruches et 7.960 tonnes de miel produites chaque année, le Maroc transforme un produit du terroir en filière économique stratégique. Exportation vers l’Union européenne, valorisation des variétés premium et défis liés aux importations: le secteur se positionne comme un moteur de développement rural et de création d’emplois. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 02/03/2026 à 20h22

Longtemps considéré comme un simple produit du terroir, le miel marocain est en train de changer de dimension. Derrière ce nectar aux multiples usages se déploie une filière en pleine structuration, génératrice d’emplois et de revenus, et qui s’impose progressivement comme un levier stratégique pour les territoires ruraux. «Aujourd’hui, le miel dépasse son image de produit traditionnel consommé sur les tables marocaines: il s’affirme comme un secteur économique à part entière, avec ses volumes de production, ses revenus, ses labels et ses arbitrages commerciaux», écrit le quotidien Les Inspirations Eco du 3 mars.

Selon les données du ministère de l’Agriculture, la filière apicole réunit près de 36.000 apiculteurs, dont les revenus dépendent totalement ou partiellement de cette activité. Chaque année, elle produit près de 7.960 tonnes de miel, mobilise environ 2,45 millions de journées de travail, génère un chiffre d’affaires estimé à 1,1 milliard de dirhams et exploite quelque 500.000 ruches. La consommation nationale moyenne s’établit à 250 grammes de miel par habitant et par an, révélant à la fois un marché intérieur encore modeste et un potentiel de croissance certain. Sur le plan international, le Maroc occupait en 2023 le 29e rang mondial pour la production de miel, dans un marché global estimé entre 1,8 et 1,9 million de tonnes par an.

La dynamique du secteur est particulièrement visible depuis une quinzaine d’années. Le nombre d’apiculteurs est passé de 22.000 à la fin des années 2000 à plus de 36.000 aujourd’hui, porté notamment par la montée en puissance des coopératives rurales. «Dans les zones montagneuses et semi-arides, l’apiculture s’impose comme un pilier économique local. Elle valorise des ressources naturelles souvent difficiles à exploiter par d’autres cultures et génère une activité qui participe directement au développement des territoires», note Les Inspirations Eco.

Le miel marocain se distingue également par la richesse et l’authenticité de ses profils aromatiques. Des variétés rares, souvent associées à des usages traditionnels, sont aujourd’hui reconnues et labellisées, parmi lesquelles le miel d’euphorbe, le miel d’arbousier, le miel de zendaz et le miel de thym. Les miels de jujubier et d’euphorbe figurent parmi les plus recherchés et les plus onéreux sur le marché, illustrant la capacité de la filière à créer de la valeur ajoutée.

La diversité de l’offre et l’éventail des prix permettent de toucher différents profils de consommateurs. Le miel d’eucalyptus ou les miels multifloraux se situent entre 90 et 150 dirhams le kilo, le miel d’euphorbe entre 155 et 250 dirhams, et le miel de jujubier, sur le segment premium, peut atteindre 200 à 300 dirhams le kilo. Cette amplitude tarifaire favorise à la fois la consolidation d’une offre haut de gamme et l’exportation vers de nouveaux marchés. Depuis le 11 février 2024, le Maroc est officiellement autorisé à exporter du miel vers l’Union européenne, sous réserve que les exportateurs soient agréés et enregistrés sur le système TRACES. L’enjeu pour la filière est de transformer cette ouverture réglementaire en débouchés durables, avec des volumes maîtrisés et une valorisation cohérente des produits premium.

«Malgré ce potentiel, la production nationale reste insuffisante face à une demande en constante augmentation», souligne Les Inspirations Eco. Le Maroc importe chaque année entre 2.200 et 3.800 tonnes de miel, principalement en provenance de Chine et d’Inde, souvent conditionnées en vrac dans de grands contenants. Pour favoriser le conditionnement et la création de valeur localement, l’État a réduit les droits de douane sur ces importations, les ramenant de 40 à 2,5%. Cette mesure vise à développer les activités de transformation, d’étiquetage et de distribution par les entreprises locales, mais elle accentue la pression concurrentielle sur les apiculteurs nationaux. Le miel importé bénéficie de coûts de production plus bas, obligeant les producteurs marocains à trouver un équilibre délicat entre répondre à la demande et préserver le tissu apicole.

La filière a également été confrontée à des défis sanitaires, notamment la varroase, responsable de la disparition de nombreuses colonies. Toutefois, des conditions climatiques favorables, comme des cycles pluviométriques réguliers, permettent d’améliorer la floraison et, par conséquent, les récoltes, tant en volume qu’en qualité. Entre enjeux économiques, sociaux et environnementaux, l’apiculture marocaine se trouve à un moment charnière. L’ouverture à l’export offre de nouvelles perspectives, mais la réussite de cette filière dépend de la consolidation de ses équilibres internes, de la santé des colonies à la montée en gamme, en passant par l’organisation commerciale et la concurrence étrangère. Le miel marocain, jadis symbole du terroir, pourrait ainsi devenir progressivement un moteur de développement économique durable.

Par La Rédaction
Le 02/03/2026 à 20h22