Le modèle de financement de la croissance au Maroc est en train de changer. «Longtemps centré sur le crédit bancaire, le pays amorce une transition vers un système où l’épargne nationale deviendrait l’un des principaux leviers de financement, à l’image des économies avancées qui s’appuient sur leurs marchés de capitaux», écrit le quotidien Les Inspirations Eco dans son édition du 17 novembre. Cette évolution est désormais soutenue par les pouvoirs publics et les acteurs financiers, qui y voient un vecteur de souveraineté et un moyen de soutenir les ambitions de développement à l’horizon 2030.
La conférence organisée à Rabat le 13 novembre par l’Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement marocains (ASFIM) a illustré ce tournant. Son président, Mostafa Hassani, a présenté la nouvelle loi 03-25 comme un «signal fort» envoyé aux marchés internationaux, affirmant qu’il s’agit moins d’une réforme technique que d’une rupture historique pour la gestion d’actifs. «L’objectif affiché consiste à mobiliser davantage l’épargne locale et à faire de la gestion collective un pilier stratégique du financement économique, tout en renforçant la souveraineté financière du pays», souligne Les Inspirations Eco.
Cette vision est partagée par le régulateur des marchés. Tarik Senhaji, président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), a rappelé le rôle crucial des organismes de placement collectif (OPCVM), qui détiennent près de 40% de la dette publique, lit-on encore. Pour lui, la réforme vise notamment à démocratiser l’accès au marché des capitaux, encore peu investi par les particuliers alors que le potentiel d’épargne demeure important. La question centrale est de convertir cette épargne dormante en investissements productifs.
Le directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), Khalid Safir, estime que l’épargne doit être considérée comme une ressource de souveraineté, capable de sécuriser l’investissement dans la durée et de réduire la dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers. La CDG prévoit de confier une part croissante de la gestion de ses actifs à des opérateurs privés, avec un objectif additionnel de 15 milliards de dirhams à court terme. La Caisse, traditionnellement investisseur institutionnel majeur, entend ainsi orienter davantage ses ressources vers des chantiers jugés stratégiques.
Au cœur de cette transformation, la loi 03-25 constitue l’ossature juridique du nouveau cycle annoncé. L’une des évolutions majeures est l’introduction des fonds indiciels cotés (ETF), des véhicules d’investissement qui répliquent un indice boursier et représentent plus de 10.000 milliards de dollars d’encours au niveau mondial. Selon les spécialistes présents, ces instruments favorisent la liquidité des marchés et rendent l’accès à la Bourse plus simple pour les particuliers. «Ils représentent également un moyen privilégié pour les investisseurs internationaux de s’exposer à la croissance d’un pays sans passer par la sélection de titres individuels», note Les Inspirations Eco.
L’ouverture à l’international constitue un autre volet important de la réforme. L’Office des changes a présenté des mesures permettant, dans certains cas, aux investisseurs institutionnels de placer jusqu’à 100% de leurs actifs à l’étranger. Cette flexibilité vise à offrir des garanties juridiques aux investisseurs et à attirer des capitaux diversifiés. Des gestionnaires étrangers, présents lors de la conférence, ont rapproché la trajectoire marocaine de celle de la Chine au début des années 2000, estimant que le moment est opportun, notamment à l’approche de la Coupe du monde 2030.
L’arrivée des ETF est considérée comme un élément structurant pour le marché marocain. Dans les places financières matures, ils représentent entre un quart et la moitié des encours. Leur absence constituait un retard que la nouvelle loi vient combler. L’exemple sud-africain montre qu’une telle évolution entraîne une hausse significative des volumes: près de 20% des transactions boursières locales sont liées à ces produits. Pour les investisseurs institutionnels, ils permettent une exposition ciblée à certains segments, notamment les infrastructures ou les PME, tout en répondant aux exigences des fonds internationaux qui privilégient des formats standardisés.
La Bourse de Casablanca devrait également bénéficier de cette évolution. Une liquidité accrue sur les valeurs composant les indices améliorerait la formation des prix et réduirait les coûts de transaction. Toutefois, les professionnels tempèrent les attentes. Les ETF ne constituent pas une solution miracle, mais un marqueur de maturité des marchés. Leur impact dépendra de la capacité des gestionnaires à les utiliser pour financer l’économie réelle et non comme de simples instruments spéculatifs.







