Le lent mais inexorable réveil de la Bourse de Casablanca

La Bourse de Casablanca

Revue de presseEntre 2020 et 2025, huit sociétés marocaines, de l’immobilier à la technologie, ont choisi de s’introduire en Bourse, levant près de 5 milliards de dirhams. Cette nouvelle vague d’IPO reflète non seulement la diversification de l’économie réelle, mais aussi un regain inédit d’intérêt des investisseurs particuliers, transformant la cote casablancaise en un levier majeur de financement et de croissance. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 06/01/2026 à 19h52

Entre 2020 et 2025, la Bourse de Casablanca a retrouvé une vitalité longtemps absente, avec l’arrivée de huit nouvelles introductions en Bourse (IPO) portées par des entreprises marocaines issues de secteurs divers. «Ce mouvement, timidement amorcé par Aradei Capital à la fin de 2020, en pleine crise sanitaire, s’est progressivement intensifié, touchant ensuite TGCC, Disty Technologies, Akdital, CFG Bank, CMGP Group, Vicenne et, plus récemment, Cash Plus et SGTM», souligne le magazine Finances News Hebdo. Au total, près de 5 milliards de dirhams ont été levés sur le marché primaire, illustrant un retour tangible de la Bourse à sa vocation originelle, celle de financer l’économie réelle.

Cette reprise dépasse la simple opération financière. Pour la première fois, des entreprises de taille intermédiaire, issues de secteurs variés et souvent soutenues par des investisseurs en capital-développement, s’engagent dans un processus d’introduction. Lors de la présentation de l’IPO de Vicenne, Younes Benjelloun, cofondateur et directeur général de CFG Bank, a mis en perspective cette dynamique. Selon lui, le regain d’activité traduit l’émergence d’un véritable «écosystème» où les entreprises grandissent, s’ouvrent au capital-investissement, puis sollicitent la Bourse pour financer leur prochaine phase de développement. «Nous étions sur un rythme d’une introduction par an. Je pense que nous passerons bientôt à trois, avec pour objectif ultime une opération par mois», a-t-il déclaré, soulignant la nécessité d’accélérer ce cercle vertueux. Pour Benjelloun, une cadence plus soutenue permettrait de mieux refléter la diversité du tissu économique marocain, encore peu représenté dans des secteurs comme l’automobile ou le textile.

«Le contraste avec la décennie précédente est saisissant», souligne Finances News. Entre 2010 et 2019, seules quatre IPO avaient eu lieu, dans un marché quasi endormi, marqué par une liquidité stagnante et l’absence d’opérations majeures. La reprise observée depuis 2020 découle autant de la volonté des autorités de relancer la place casablancaise que de la maturité d’une nouvelle génération de dirigeants, qui considèrent la cotation non plus comme une contrainte administrative, mais comme un levier stratégique et un outil de gouvernance.

Cette nouvelle vague d’introductions se distingue également par une participation massive du public. Les quatre dernières opérations ont enregistré des taux de souscription exceptionnels et un engouement inédit des particuliers. Cash Plus a attiré plus de 37 000 souscripteurs, tandis que SGTM a pulvérisé le record national avec 171 377 participants. Les taux de couverture ont atteint des niveaux rarement observés, jusqu’à 64 fois pour Vicenne et Cash Plus. Cette affluence traduit l’intérêt croissant des ménages pour les actifs boursiers, encouragé par la digitalisation et la médiatisation des IPO récentes. Ces opérations deviennent des moments d’éducation financière collective, contribuant à réconcilier les Marocains avec l’investissement en actions.

L’essor des introductions permet également une meilleure représentation de l’économie réelle sur la Bourse, relève le magazine. Le BTP, la santé, l’agriculture et les services financiers dominent désormais le marché, reflétant les priorités du pays : urbanisation, souveraineté alimentaire et développement du capital humain. Cette diversification contraste avec les années précédentes, où la cote était largement concentrée sur les banques, l’immobilier et les télécoms. Les entreprises cotées cherchent principalement à lever des fonds pour leur expansion plutôt qu’à offrir de la liquidité aux actionnaires historiques, tandis que la qualité de la préparation, gouvernance, audit, communication financière s’améliore sous l’impulsion de l’AMMC et de la Bourse de Casablanca.

Le marché alternatif, inauguré par Disty Technologies, montre également son utilité en offrant un cadre simplifié, adapté aux PME à fort potentiel. Cependant, le marché primaire reste limité face au potentiel du pays. La capitalisation flottante représente encore une part très réduite du PIB, la liquidité retombe rapidement après l’introduction et la participation étrangère demeure marginale. Pour transformer cet intérêt ponctuel en investissement durable, les analystes recommandent un renforcement de l’information destinée aux particuliers, une politique de dividendes cohérente et un accompagnement post-introduction plus soutenu.

Trois ans après leur cotation, les sociétés introduites entre 2020 et 2022 affichent des trajectoires globalement positives. Aradei Capital, entrée en Bourse fin 2020, enregistre un chiffre d’affaires de 308 millions de dirhams au premier semestre 2025, en hausse de 4%, et une valeur patrimoniale de 8 milliards de dirhams. TGCC, cotée en 2021, a consolidé sa croissance avec l’intégration de STAM VIAS, portant son produit d’exploitation à 5,6 milliards de dirhams et son carnet de commandes à 19,1 milliards. Disty Technologies confirme la pertinence du marché alternatif avec une hausse de 13% de son chiffre d’affaires et une amélioration des marges. Enfin, Akdital demeure la star de ce cycle d’IPO, avec un chiffre d’affaires cumulé sur neuf mois en hausse de 55% grâce à une expansion nationale et un premier déploiement en Arabie saoudite. En Bourse, ses titres ont progressé de plus de 340%, illustrant le potentiel de valorisation offert par la cote.

Par La Rédaction
Le 06/01/2026 à 19h52