Le secteur électrique entre dans une nouvelle ère. La semaine écoulée, le Conseil de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) a annoncé le tarif de rachat de l’excédent d’énergie produit dans le cadre des lois sur les énergies renouvelables et l’autoproduction, pour la période allant du 1er mars 2026 au 28 février 2027. Cette décision, indique le quotidien Les Inspirations Eco du 24 février, «vise à offrir une visibilité économique aux producteurs privés, jusqu’ici confrontés à une incertitude sur la rentabilité de leurs investissements dans les installations vertes, et à encourager leur participation à la transition énergétique nationale».
Le mécanisme tarifaire retenu repose sur un principe unique mais significatif, soit un tarif différencié selon les heures de consommation, applicable à toutes les installations sans distinction de type. Chaque kilowattheure injecté sur le réseau sera rémunéré 21 centimes en heures de pointe et 18 centimes en heures creuses. L’objectif est de favoriser l’injection d’électricité aux moments où la demande est la plus forte, contribuant ainsi à stabiliser la courbe de charge nationale. «Cette tarification concerne dès maintenant les réseaux de haute et très haute tension, ainsi que ceux de moyenne tension, tandis que le tarif pour la basse tension sera déterminé ultérieurement», souligne Les Inspirations Eco. Ceci, après l’instauration d’un cadre réglementaire et technique adapté, une décision justifiée par la complexité et le nombre important d’acteurs concernés à ce niveau.
La période de régulation prévue est volontairement courte, un an exactement. L’ANRE explique ce choix par la nécessité d’harmoniser les périodes tarifaires de l’ensemble des dispositifs et de mener, à l’issue de cette première phase, une évaluation complète des effets de ce mécanisme sur le terrain. Cette observation permettra d’ajuster le dispositif en fonction de son impact réel sur les décisions d’investissement et sur l’équilibre financier du réseau.
Le régulateur souligne la difficulté de l’exercice, relate Les Inspirations Eco. Il s’agit de concilier la rentabilité pour les producteurs et autoproducteurs avec les contraintes financières des gestionnaires du réseau, tout en soutenant la transition énergétique. Un tarif trop faible pourrait freiner l’investissement privé dans les énergies renouvelables, essentielles pour atteindre les objectifs de décarbonation, tandis qu’un tarif trop élevé risquerait d’alourdir les charges de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et, in fine, celles des consommateurs. Les tarifs retenus, 21 et 18 centimes selon la période de consommation, représentent un compromis destiné à répondre à cette double contrainte.
Le Conseil de l’ANRE a également actualisé les tarifs d’utilisation du réseau électrique national. À compter du 1er mars 2026, le tarif d’utilisation du réseau de transport (TURT) s’établira à 6,85 centimes par kilowattheure, tandis que le tarif pour les réseaux de moyenne tension (TURD) sera de 6,07 centimes et la rémunération des services système (TSS) de 6,81 centimes. Ces ajustements reflètent les coûts liés à l’acheminement de l’électricité et à la stabilité du réseau, offrant aux acteurs du secteur une vision plus complète des coûts associés à la production et à la distribution de l’électricité.
La prochaine étape concernera la fixation de la contribution des autoproducteurs aux services de distribution, prévue par la loi n° 82-21. Cette contribution vise à éviter que les producteurs qui consomment leur propre électricité ne se déchargent totalement des coûts fixes du réseau, qui seraient alors supportés par les autres consommateurs. L’autorité précise que la mise en œuvre de cette disposition donnera lieu à des discussions approfondies entre les différentes parties prenantes. Les premiers enseignements sur l’efficacité de l’ensemble du dispositif seront publiés début 2027, à l’issue de cette période initiale de régulation. Le paysage électrique marocain se trouve donc à un tournant, et les décisions prises dans les prochains mois seront déterminantes pour la structuration et le développement durable du secteur.









