La pêche des petits pélagiques entre Safi et Dakhla a repris le 15 février 2026, après plusieurs mois de pause imposée par les décisions du 4 novembre 2025 qui avaient instauré un repos biologique dans les pêcheries de l’Atlantique Centre et Sud. «Ces espèces, qui comprennent la sardine, l’anchois, le maquereau, la sardinelle et le chinchard, représentent à elles seules environ 80% de la production nationale de ressources halieutiques. Mais, malgré leur importance stratégique, elles se trouvent aujourd’hui confrontées à de nombreux défis», relève le quotidien Les Inspirations Eco du 23 février.
Sur le plan économique, la situation est particulièrement complexe. L’arrêté n° 15-26 du 7 janvier 2026, émis par le ministère de l’Industrie et du Commerce, a instauré des restrictions quantitatives à l’importation et à l’exportation de certaines marchandises, notamment les sardines réfrigérées et congelées, ainsi que d’autres produits de la mer. Entré en vigueur le 1er février pour une durée d’un an, ce texte oblige désormais les exportateurs de sardines à obtenir une licence préalable. Cette mesure a suscité une vive réaction de la part de l’Association nationale des industries de la congélation des produits de la mer, qui regroupe plus de 30 entreprises du port de Laâyoune. Les professionnels dénoncent une atteinte directe à leur activité, en particulier l’interdiction d’exporter les sardines congelées pendant toute une année.
Les enjeux ne sont pas que financiers. Le contexte social et alimentaire, particulièrement avec Ramadan, est également déterminant. Les autorités cherchent à contenir la hausse des prix durant cette période de forte demande et à garantir l’approvisionnement du marché intérieur en sardines pour répondre aux besoins des ménages marocains. L’objectif affiché est de maintenir la stabilité des prix et de prévenir toute spéculation, dans un souci de souveraineté et de sécurité alimentaire. «À plus long terme, le Maroc ambitionne d’augmenter la consommation nationale de produits de la mer de 13,6 kg à 19 kg par habitant et par an, se rapprochant ainsi de la moyenne mondiale estimée entre 20 et 21 kg», souligne Les Inspirations Eco.
Au-delà de ces considérations économiques et sociales, les professionnels de la pêche se trouvent confrontés à des enjeux techniques. La reprise de l’activité dans l’Atlantique Centre, notamment autour du port d’Agadir, a relancé cé le débat sur la transition du système de calibrage des poissons. Jusqu’ici, la taille des sardines débarquées était évaluée selon le système de «moule», qui servait d’indicateur de calibrage. Les pêcheurs demandent depuis plusieurs années le passage à un système basé sur la longueur biométrique en centimètres, avec des seuils de tolérance lors des débarquements.
Ce changement, soutenu par la Confédération nationale de la pêche côtière après consultation des quatre chambres des pêches maritimes du Royaume, vise à réduire les rejets en mer de poissons non conformes et à renforcer la gestion durable des stocks en évitant la capture de juvéniles. Mais cette transition reste complexe, confrontée à des contraintes techniques et scientifiques, notamment liées aux travaux de suivi menés par l’Institut national de recherche halieutique et à l’analyse des historiques de capture.
Par ailleurs, plusieurs facteurs naturels compliquent la mise en place de cette nouvelle norme. Le poids des poissons varie selon le cycle de reproduction, le changement climatique affecte le comportement biologique des espèces en raison du réchauffement des eaux atlantiques, et la croissance des poissons diffère selon les zones de pêche, qu’il s’agisse de l’Atlantique Nord, Centre ou Sud. Le système de «moule» utilisé par l’Office national des pêches repose sur deux méthodes principales: la dominance, où l’espèce majoritaire détermine le moule appliqué, et l’échantillonnage, avec un contrôle effectué sur un minimum de 10 kilogrammes de captures et une marge d’erreur tolérée.
«Les mesures de protection et les restrictions d’accès à la pêche ont également été révisées dans l’Atlantique Sud», écrit Les Inspirations Eco. Le repos biologique, initialement prévu pour une période plus longue, a été ajusté pour autoriser seulement 75 navires de pêche à la senne à opérer du 1er janvier au 15 février 2026, conformément à la décision n° PP-01/26. Cette limitation vise à protéger durablement les stocks et à réguler l’activité durant cette phase critique.
Entre contraintes économiques, enjeux alimentaires et défis scientifiques, la filière des petits pélagiques se trouve à un tournant stratégique. Les décisions prises dans les prochains mois détermineront la durabilité de ces ressources vitales pour le marché national et pour la sécurité alimentaire des Marocains.







