La flambée du cours de l’or met les bijoutiers sous pression

Lingot d'or. Une once d'or se vend, au cours de ce mois de février 2026, à près de 5.000 $ sur les marchés internationaux.

Revue de presseLa flambée historique du cours de l’or sur les marchés internationaux bouleverse l’activité de la bijouterie au Maroc. Alors que l’once dépasse les 5.000 dollars sur les marchés internationaux, les petits commerçants et artisans locaux voient leurs marges se réduire, leurs stocks stagner et leurs boutiques parfois menacées. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News Hebdo.

Le 08/02/2026 à 19h24

Le marché de l’or connaît une tension inédite qui commence à se traduire par des répercussions concrètes pour les commerces de proximité. Depuis le début de l’année 2026, le prix de l’once d’or a franchi un cap historique en dépassant les 5.000 dollars sur les marchés internationaux, soutenu par les incertitudes géopolitiques, la faiblesse du dollar et le retour massif des investisseurs vers les valeurs refuges. Au Maroc, cette envolée se traduit par un renchérissement spectaculaire du gramme d’or, bouleversant les équilibres économiques des bijouteries et fragilisant les petits commerçants, indique le magazine Finances News Hebdo.

À Casablanca, épicentre du commerce de l’or, la situation est particulièrement tendue. À la Kissariat Al Manjra, l’un des quartiers les plus connus pour ses bijouteries, les professionnels décrivent un marché «sous pression constante». «Les prix changent presque chaque jour. On ouvre le matin sans savoir à quel niveau on pourra vendre le soir», confie Ahmed Baraz, bijoutier depuis plus de vingt ans dans la kissaria, cité par Finances News Hebdo.

Contrairement aux idées reçues, cette flambée ne profite pas aux commerçants. «Beaucoup pensent que quand l’or monte, le bijoutier s’enrichit. C’est faux. Plus le prix grimpe, plus le client hésite, et plus notre marge diminue», explique Ahmed. La demande s’est fortement contractée. Désormais, les achats se limitent aux occasions jugées incontournables, comme les mariages, tandis que l’acquisition d’or pour l’épargne ou le plaisir disparaît peu à peu.

«Avant, de nombreuses familles achetaient de petites pièces pour économiser. Aujourd’hui, ce n’est plus possible», ajoute Saïd Rahmouni, autre artisan de la Kissariat Al Manjra, également cité par le magazine. «Le client regarde, calcule, puis repart. Le stock reste dans la vitrine». Cette stagnation des ventes survient dans un contexte de volatilité extrême des cours, qui fragilise la trésorerie des commerçants. Les paiements différés ou les commandes à crédit deviennent risqués lorsque le prix du gramme peut bondir de plusieurs dizaines de dirhams en quelques jours.

«Il suffit d’une mauvaise semaine pour effacer plusieurs mois de bénéfices», confie un artisan qui a réduit volontairement ses commandes pour limiter les risques. Fin janvier 2026, le gramme d’or 24 carats frôle les 1.500 dirhams, soit une hausse de près de 70% en un an. Cette progression rapide met à rude épreuve un secteur déjà fragilisé par la baisse du pouvoir d’achat.

Certains bijoutiers ont même préféré fermer temporairement leurs boutiques, le temps que le marché se stabilise. Pour les experts, cette situation illustre un décalage grandissant entre la dynamique financière internationale et les réalités locales. Si l’or joue son rôle de valeur refuge à l’échelle mondiale, sa flambée provoque, dans des pays importateurs comme le Maroc, un choc direct sur la consommation et sur les acteurs intermédiaires, notamment les artisans et petits commerçants. Faute de mécanismes de couverture adaptés, ces professionnels restent exposés à une volatilité qu’ils ne maîtrisent pas.

À Al Manjra, l’inquiétude est palpable. «Si les prix restent à ce niveau trop longtemps, beaucoup ne tiendront pas», avertit Ahmed Baraz. «La bijouterie, ce n’est pas de la spéculation. C’est un métier, un savoir-faire. Aujourd’hui, on a l’impression de travailler uniquement pour survivre».

L’or continue de briller sur les marchés internationaux, mais son éclat devient paradoxalement un facteur de fragilisation pour le commerce de proximité. Entre hausse des coûts, recul de la demande et incertitude permanente, les bijoutiers marocains appellent à une meilleure prise en compte des réalités du terrain afin d’éviter que cette flambée historique ne se transforme en déclin durable d’un secteur traditionnel.

Par La Rédaction
Le 08/02/2026 à 19h24