En 2025, la Banque européenne d’investissement a franchi un cap historique au Maroc en engageant 740 millions d’euros, un niveau inédit depuis 2012. Cette progression spectaculaire s’inscrit dans une dynamique accélérée: alors que les financements ne s’élevaient qu’à 22 millions d’euros en 2022, ils avaient déjà grimpé à 320 millions en 2023, puis à 500 millions en 2024.
«En l’espace de trois ans, les volumes ont été multipliés par plus de trente, traduisant un renforcement net de la présence de l’institution européenne sur les grands projets nationaux», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du vendredi 20 février. Ces investissements ciblent des secteurs jugés stratégiques pour l’économie marocaine. La sécurité hydrique constitue l’une des priorités majeures. Un financement de 70 millions d’euros a été accordé à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable afin de moderniser les infrastructures de production et de transport d’eau potable, avec un accent particulier sur les petites et moyennes villes. «Dans un contexte marqué par la pression constante sur les ressources en eau, l’amélioration des réseaux revêt autant un enjeu social qu’économique. Le secteur de l’électricité bénéficie lui aussi d’un soutien significatif», écrit L’Economiste. La BEI a mobilisé 170 millions d’euros pour la modernisation et l’extension du réseau, dans le but d’intégrer davantage d’énergies renouvelables et de stabiliser le système.
Cette opération, cofinancée avec la banque allemande KfW, s’inscrit dans la préparation du pays à l’essor de l’énergie solaire et éolienne, conditions indispensables pour répondre à la demande croissante et soutenir la transition énergétique.
L’engagement le plus marquant de l’année concerne la reconstruction post-séisme. Un contrat de 500 millions d’euros a été signé avec le gouvernement marocain, correspondant à la deuxième tranche d’un programme d’un milliard d’euros. Ces financements sont destinés à la remise en état des routes, des établissements scolaires et des infrastructures de santé. L’objectif dépasse la simple reconstruction physique: réduire l’isolement des territoires sinistrés, restaurer les services essentiels et relancer l’activité locale figurent au cœur de cette démarche. En parallèle, 210 millions d’euros ont été décaissés en 2025. Dans le secteur public, 180 millions ont soutenu l’amélioration de la scolarisation en milieu rural, l’extension des réseaux d’eau et d’électricité et la modernisation des infrastructures de transport. Le secteur privé a bénéficié de 30 millions d’euros, notamment via la Banque Centrale Populaire, pour renforcer la compétitivité des chaînes de valeur de l’automobile, du textile et de l’agroalimentaire.
Pour 2026, la BEI prévoit de nouveaux chantiers structurants. L’hydrogène vert, l’efficacité énergétique, le transport durable et les infrastructures universitaires figurent parmi les priorités, visant à accompagner la transformation industrielle et énergétique du Maroc. Le numérique prend également de l’ampleur, comme en témoigne le déploiement du câble sous-marin Medusa, désormais opérationnel à Nador depuis décembre 2025 et reliant directement le pays à l’Europe via Inwi et Orange Maroc. Un second câble vers les îles Canaries est attendu d’ici 2028, renforçant l’interconnexion digitale entre les deux rives. Parallèlement, plusieurs projets sont à l’étude pour améliorer les infrastructures locales et la qualité des services publics régionaux, dans le but d’accroître l’attractivité des territoires et de stimuler l’activité économique.
Le secteur privé reste un pilier stratégique. La BEI prépare deux opérations avec des institutions financières marocaines pour faciliter l’accès des PME au financement, et des discussions sont avancées avec le Fonds Mohammed VI pour l’investissement afin d’accompagner des programmes dédiés, notamment dans les infrastructures durables et les fonds thématiques de capital-risque.
La décarbonation des entreprises et le renforcement des échanges avec l’Europe figurent parmi les axes prioritaires. Parmi les projets emblématiques, l’extension du tramway Rabat-Salé illustre la portée concrète de ces financements. Grâce à un prêt de 40 millions d’euros, la ligne 2 a été prolongée sur sept kilomètres, avec 12 nouvelles stations et l’acquisition de 11 rames doubles pour absorber la montée en charge du réseau. Premier tramway du Royaume, il s’est rapidement imposé dans les habitudes de déplacement. La régularité, le confort et l’accessibilité ont conduit à un taux de satisfaction proche de 90%, notamment chez les étudiants et les personnes à mobilité réduite.
L’extension devrait accroître la fréquentation de la ligne de 35%, réduire d’environ 10 000 le nombre de voitures sur les axes principaux et éviter près de 4 500 tonnes de CO2 par an. Au-delà du transport, ce projet contribue à rapprocher les bassins d’emploi, fluidifier la circulation et améliorer l’empreinte écologique de l’agglomération, favorisant un environnement urbain plus productif et plus respirable.







