IDE: le Maroc déjoue la morosité mondiale et renoue avec l’attractivité

Les investissements directs étrangers.

Revue de presseAlors que les investissements directs étrangers reculent à l’échelle mondiale sous l’effet des tensions géopolitiques et de l’incertitude économique, le Maroc affiche une progression notable de ses flux. Porté par l’industrie, les énergies vertes et une stratégie de diversification assumée, le Royaume confirme son repositionnement dans la nouvelle cartographie des capitaux, malgré des défis structurels encore persistants. Cet article est une revue de presse tirée du magazine hebdomadaire Challenge.

Le 19/01/2026 à 19h17

Alors que l’année a été marquée par un net repli des investissements directs étrangers à l’échelle mondiale, en baisse de 11% sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques et d’une inflation durable, le Maroc a fait figure d’exception. Le Royaume a enregistré une progression notables de près de 55% de ses flux d’IDE, une performance qui, bien qu’inférieure aux pics atteints lors de certaines années de la décennie précédente, lui permet de se repositionner comme un acteur central dans la recomposition actuelle des flux internationaux de capitaux, indique le magazine Challenge, citant le rapport 2025 de la CNUCED.

Dans un contexte mondial dominé par l’incertitude, le Maroc est parvenu à attirer 1,64 milliard de dollars d’investissements étrangers en 2024, contre 1,1 milliard de dollars en 2023. Cette hausse significative intervient alors que les multinationales ont adopté une attitude de prudence extrême, freinées par les conséquences de la guerre en Ukraine, la multiplication des conflits commerciaux et la volatilité des marchés financiers. La trajectoire marocaine tranche ainsi avec la tendance générale de repli observée dans de nombreuses économies émergentes.

Les premiers chiffres de 2025 confirment que cette dynamique ne relève pas d’un simple rattrapage conjoncturel. D’après les données de l’Office des Changes, l’afflux net d’IDE a atteint 1,4 milliard de dollars à fin mai 2025, en hausse de 41,7% par rapport à la même période de l’année précédente. Cette progression repose principalement sur une augmentation marquée des recettes, qui se sont établies à 2,2 milliards de dollars, tandis que les dépenses liées aux investissements n’ont connu qu’une évolution modérée. L’écart témoigne d’un regain de confiance des investisseurs étrangers dans les perspectives de l’économie marocaine.

Cette attractivité renouvelée s’explique en grande partie par une stratégie de diversification industrielle assumée. Le Maroc ne se limite plus à un rôle de plateforme de sous-traitance à faible valeur ajoutée, mais s’impose progressivement comme un hub manufacturier régional. Les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique demeurent les piliers de cette transformation.

Des groupes internationaux de premier plan, tels que Renault, Stellantis, Lear ou Yazaki, continuent de renforcer leur présence dans le Royaume, attirés par la qualité des infrastructures industrielles, notamment dans les zones franches de Tanger Med et de Kénitra. La proximité géographique avec l’Europe, combinée à un réseau de plus de cinquante accords de libre-échange, offre aux investisseurs un accès privilégié à un vaste marché dépassant le milliard de consommateurs.

Parallèlement, le Maroc a su capter l’intérêt des fonds institutionnels en se positionnant sur les secteurs stratégiques de demain, écrit Challenge. Les énergies renouvelables constituent un axe majeur de cette stratégie, avec des projets structurants comme Noor Midelt II ou l’extension du parc éolien de Tarfaya, qui attirent des capitaux en provenance d’Europe et des pays du Golfe. Le Royaume se distingue également sur le créneau émergent de l’hydrogène vert et de l’ammoniac, en développant des projets de carburants synthétiques soutenus par des investisseurs chinois, français et émiratis. À cela s’ajoute l’émergence de gigafactories dédiées à la fabrication de composants pour batteries électriques, marquant une intégration plus poussée du pays dans les chaînes de valeur mondiales de la mobilité électrique.

Sur le plan continental, la position du Maroc apparaît néanmoins contrastée. S’il devance largement ses voisins immédiats, notamment l’Algérie et la Tunisie, il reste derrière l’Égypte en Afrique du Nord. Cette dernière a enregistré un afflux exceptionnel de 46,6 milliards de dollars d’IDE en 2024, un niveau largement porté par le mégaprojet touristique et financier de Ras El-Hekma, financé à hauteur de 35 milliards de dollars par un fonds souverain émirati. À l’échelle africaine, le Maroc se situe entre la dixième et la treizième place selon les méthodologies retenues, derrière des pays comme le Sénégal, la Namibie ou la Côte d’Ivoire. En revanche, en termes de stock d’IDE, indicateur clé de la confiance à long terme, le Royaume conserve un avantage notable avec 62 milliards de dollars accumulés à fin 2024, le plaçant au quatrième rang africain, derrière l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Nigeria.

Malgré ces signaux positifs, plusieurs fragilités demeurent. Les volumes actuels d’IDE restent inférieurs aux records atteints en 2015 et 2018, lorsque les recettes annuelles dépassaient les 3 milliards de dollars. Plus préoccupant encore, la part des IDE dans le produit intérieur brut a fortement reculé, passant de 3,22% en 2015 à 0,88% en 2024. Cette érosion souligne la nécessité de consolider les bases structurelles de l’attractivité du pays, a-t-on pu lire dans le magazine.

Les experts pointent ainsi plusieurs chantiers prioritaires pour maintenir la dynamique et améliorer le positionnement du Maroc face à une concurrence africaine de plus en plus agressive. La simplification administrative demeure un enjeu central, la bureaucratie continuant de peser sur certains projets. La fiscalité incitative devra également être affinée afin de rester compétitive face aux politiques attractives déployées par d’autres économies émergentes. Enfin, un renforcement de la transparence et de la stabilité réglementaire apparaît indispensable pour rassurer davantage les investisseurs institutionnels sur le long terme.

Les perspectives à moyen terme restent toutefois encourageantes. L’organisation conjointe de la Coupe du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal agit déjà comme un puissant levier d’investissements, notamment dans les infrastructures, le tourisme et les services. La mise en œuvre de la Nouvelle Charte de l’Investissement, couplée à des stratégies telles que Maroc Digital 2030, vise à accroître durablement le volume des investissements privés annuels. Dans un monde marqué par la fragmentation et les incertitudes, le Maroc a démontré une réelle capacité de résilience. Le défi consiste désormais à transformer cette progression spectaculaire en pourcentage en un flux d’investissements massif, stable et pérenne, à la hauteur des ambitions économiques du Royaume.

Par La Rédaction
Le 19/01/2026 à 19h17