Le 1er janvier 2026 marque un tournant pour le commerce international avec l’entrée en vigueur du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne, mieux connu sous le sigle CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism). «Ce dispositif, qui cible six secteurs (acier, aluminium, ciment, engrais azotés, hydrogène et électricité), impose aux entreprises exportatrices vers l’Europe de déclarer et, le cas échéant, de compenser les émissions de CO₂ liées à leurs produits», explique le quotidien L’Économiste dans son édition du lundi 5 janvier. L’objectif officiel de l’UE est de garantir l’équité concurrentielle pour ses industries et d’inciter les partenaires commerciaux à accélérer leur transition écologique.
Concrètement, toute entreprise qui n’a pas réussi à décarboner sa production devra s’acquitter d’une taxe carbone calculée en fonction du contenu carbone de ses produits, oscillant entre 60 et 100 euros par tonne de CO₂. Ainsi, un exportateur chinois d’acier ou turc de ciment devra documenter précisément l’empreinte carbone de son processus industriel. Si les émissions dépassent les standards européens, il sera contraint d’acheter un certificat d’émission au prix du marché européen. «Si un marché carbone existe dans le pays d’origine, mais avec un tarif inférieur à celui de l’Europe, comme c’est actuellement le cas en Chine ou dans certains États américains, l’entreprise paiera la différence», souligne L’Économiste. Selon Bruxelles, le MACF «met sur un pied d’égalité le fait de produire de l’acier au sein de l’UE ou à l’extérieur». L’Union salue l’effet «contagieux» de la mesure, espérant que ses partenaires, y compris certaines entreprises marocaines, renforceront leurs politiques climatiques pour continuer à accéder au marché européen.
Financièrement, l’UE table sur des recettes d’environ trois milliards d’euros d’ici 2030, chiffre qui pourrait augmenter avec l’élargissement progressif de la taxe à d’autres produits. Au Maroc, une étude de BMCE Kapital Global Research (BKGR), reprise par le quotidien, estime que plus de 10% des exportations pourraient être touchées dès cette année, soit un manque à gagner potentiel de six milliards de dirhams sur la base des recettes de 2024. Cependant, la situation reste nuancée selon les secteurs. Les cimentiers, producteurs d’électricité, fabricants d’aluminium et sidérurgistes semblent relativement peu exposés. Sonasid, par exemple, produit déjà de l’acier «vert», mais seulement 1% de cette production est destiné à l’UE, tandis que la majeure partie reste sur le marché intérieur ou est exportée vers le Canada, les États-Unis et l’Arabie saoudite.
Dans l’hydrogène, la production commerciale ne débutera pas avant 2027 avec OCP, qui prévoit de produire de l’ammoniac vert, suivi par TotalEnergies à Guelmim. Grâce aux énergies renouvelables et à l’eau de mer dessalée, cette production sera compatible avec les standards européens. «Le principal point d’attention demeure les engrais azotés, longtemps considérés comme le secteur marocain le plus vulnérable à la taxe carbone.
Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler le fonctionnement du marché carbone, qui fixe un plafond d’émissions et permet l’échange de quotas pour inciter à réduire les émissions de gaz à effet de serre», indique L’Économiste. La taxe carbone, quant à elle, impose directement un coût aux émissions. Dans les deux cas, l’objectif est identique: internaliser le coût climatique pour orienter les pratiques industrielles vers la durabilité.
À plus long terme, l’impact pourrait être plus significatif. Dès 2027-2028, les secteurs du textile et de l’agroalimentaire devront s’y conformer. Ces filières, fortement exportatrices vers l’UE, ne sont pas encore sur la trajectoire de décarbonation souhaitée. Les industriels du Nord du Royaume ont pris de l’avance grâce à la pression de leurs clients européens, tandis que l’amont agricole, notamment la réduction des intrants chimiques, reste un défi pour les agro-industries. Les services et les infrastructures logistiques seront également concernés, et Tanger Med devra aligner ses opérations sur ces nouvelles normes pour conserver sa place de hub de transbordement, fort de 8,6 millions de conteneurs en 2023.
L’entrée en vigueur du CBAM constitue ainsi un signal clair. La compétitivité sur le marché européen passera désormais par la capacité des entreprises à conjuguer performance économique et respect climatique. Pour le Maroc et ses partenaires internationaux, il ne s’agit plus seulement de produire et d’exporter, mais de le faire dans un cadre carbone responsable, sous peine de voir s’accroître les coûts et de réduire l’accès à l’un des marchés les plus exigeants du monde.






