Le Conseil de la concurrence a rendu public un ensemble de recommandations visant à rééquilibrer le secteur de la distribution de médicaments au Maroc, à l’issue d’un diagnostic jugé à la fois «sévère et nuancé», selon Finances News Hebdo. Il est nécessaire, selon ce document, de rendre le système «plus équitable, plus fluide et plus durable, dans un contexte marqué par de fortes contraintes réglementaires et une fragilité économique touchant l’ensemble de la chaîne, des industriels aux patients». Le premier axe porte sur la réforme du cadre réglementaire, de la gouvernance et de l’accès au marché. Le Conseil appelle à une modernisation de la loi 17-04 afin de mieux encadrer les pratiques, renforcer la traçabilité et limiter l’informel. Il recommande également une refonte du système de fixation des prix pour concilier accessibilité des médicaments, viabilité des acteurs et soutien à la production locale. Dans cette perspective, il propose l’introduction de modes de rémunération hybrides, combinant marges et forfaits, aussi bien pour les grossistes-répartiteurs que pour les officines, avec une attention particulière accordée aux médicaments coûteux. L’institution préconise en outre une révision des mécanismes de baisse des prix, une réduction de la périodicité des révisions et une libéralisation des médicaments non remboursables, a-t-on pu lire dans le magazine.
Sur le plan institutionnel, le Conseil de la concurrence insiste sur le renforcement de la coordination entre acteurs et l’opérationnalisation des instances récemment créées, tout en appelant à accélérer les procédures d’autorisation de mise sur le marché, dont les délais restent jugés excessifs. La digitalisation de la chaîne est présentée comme un levier central pour améliorer la traçabilité, la transparence et la gestion des stocks, tandis que l’accès au financement devrait être facilité via des dispositifs de garantie dédiés.
Le deuxième axe concerne la distribution en gros, dominée par les grossistes-répartiteurs qui assurent l’essentiel de l’approvisionnement des officines. Le Conseil souligne la fragilité de leur modèle économique, affecté par des marges réglementées limitées et une hausse significative des coûts logistiques ces dernières années. Les indicateurs de rentabilité apparaissent préoccupants, avec une part importante d’opérateurs affichant des résultats très faibles, voire déficitaires.
Le Conseil recommande ainsi une révision du système de rémunération, notamment pour les médicaments à forte valeur, ainsi qu’un encadrement plus équilibré des délais de paiement. Elle met en évidence une asymétrie persistante entre les délais accordés par les fournisseurs et ceux pratiqués par les officines, qui pèse lourdement sur la trésorerie des grossistes et alimente leur endettement. Dans ce contexte, l’extension progressive du cadre légal encadrant les délais de paiement est envisagée afin de réduire les impayés et de sécuriser les flux financiers, a-t-on encore pu lire.
Le troisième axe porte sur la distribution au détail, centrée sur les pharmacies d’officine, considérées comme le premier point de contact avec le système de santé. Le Conseil relève la fragilité de leur modèle économique, fortement dépendant de médicaments à faible marge, qui concentrent l’essentiel des volumes de vente et recommande de revoir les critères d’implantation des officines en intégrant des paramètres démographiques et d’accessibilité, ainsi que d’assouplir les horaires d’ouverture de manière encadrée. Une réforme du mode de rémunération est également préconisée, avec l’introduction d’honoraires de dispensation afin de valoriser l’acte pharmaceutique indépendamment du prix du médicament. Parallèlement, le Conseil plaide pour un élargissement des missions des pharmaciens, notamment dans la prévention, le suivi des maladies chroniques, la vaccination ou les tests rapides, pour renforcer leur rôle dans la santé publique de proximité.
Il propose aussi, à terme et sous conditions, l’instauration du droit de substitution pour favoriser l’usage des médicaments génériques. Enfin, le rapport appelle à un encadrement plus strict de la dispensation dans les cliniques privées et à une restructuration progressive du réseau officinal, encore très fragmenté, afin de favoriser les regroupements, améliorer la rentabilité et créer de nouvelles perspectives professionnelles, tout en préservant l’indépendance des pharmaciens et l’équilibre territorial.








