Climat des affaires: des règles solides, un test décisif sur le terrain

Casa finance city (CFC), dans le centre de la ville.

Revue de presse Porté par une dynamique réformatrice reconnue au niveau international, le Maroc améliore progressivement son environnement des affaires. Cadre réglementaire renforcé, investissements en hausse et régionalisation avancée témoignent d’avancées réelles. Mais l’enjeu central demeure la capacité à transformer ces progrès normatifs en pratiques administratives efficaces, condition essentielle pour libérer l’investissement privé et stimuler durablement l’emploi. Cet article est une revue de presse tirée du magazine hebdomadaire Challenge.

Le 22/01/2026 à 19h16

Porté par une dynamique réformatrice soutenue et conforté par son positionnement favorable dans le rapport Business Ready 2025 de la Banque mondiale, le Maroc renforce progressivement son attractivité économique. Modernisation du cadre réglementaire, montée en puissance de l’investissement et approfondissement de la régionalisation composent une trajectoire globalement positive. Mais derrière ces indicateurs encourageants subsiste une faiblesse structurelle qui continue de freiner le plein potentiel du secteur privé: la difficulté à traduire des règles solides en pratiques administratives réellement efficaces, indique Challenge.

Les classements et diagnostics convergent sur un point essentiel. Le Maroc figure parmi les économies les plus actives en matière de réformes dans sa région. Ces dernières années, le pays a profondément renforcé son arsenal juridique et institutionnel pour encadrer l’activité économique. Pourtant, l’évaluation de Business Ready 2025 met en lumière une fragilité persistante au cœur de l’expérience entrepreneuriale, celle de l’efficacité opérationnelle, c’est-à-dire la capacité concrète de l’administration à accompagner les entreprises dans leur quotidien.

Cet indicateur, considéré comme déterminant pour la croissance et la compétitivité, mesure la facilité avec laquelle les opérateurs se conforment aux règles et accèdent aux services publics. Délais d’obtention des autorisations, raccordement aux infrastructures, participation aux marchés publics ou fiabilité des paiements numériques sont autant de facteurs qui influencent directement les coûts et la prise de décision des investisseurs. Sur ce terrain, le Maroc enregistre un score de 55,7 points, en recul par rapport à l’année précédente, signalant un essoufflement préoccupant.

L’analyse détaillée du rapport révèle néanmoins des avancées notables dans plusieurs segments clés, a-t-on pu lire dans Challenge. La création et l’implantation des entreprises demeurent des points forts, reflet des efforts de simplification et de digitalisation engagés ces dernières années. Les services d’utilité publique, le commerce international et l’accès aux services financiers affichent également des performances supérieures à la moyenne mondiale, témoignant d’un environnement plus favorable aux échanges et à l’investissement.

Des progrès sont aussi relevés en matière de concurrence et de règlement des litiges, renforçant la sécurité juridique et la prévisibilité des règles du jeu économique. Ces éléments constituent des signaux importants pour les investisseurs, notamment étrangers, et confirment que les réformes ne se limitent pas à des ajustements théoriques mais produisent des effets tangibles dans plusieurs maillons de la chaîne entrepreneuriale. À l’inverse, certains domaines continuent de concentrer les fragilités, écrit Challenge. Le marché du travail apparaît comme l’un des maillons les plus sensibles de l’attractivité économique. Son score en recul traduit des difficultés liées à la réglementation de l’emploi, aux coûts et aux restrictions, mais aussi aux écarts entre les textes et leur application effective en matière de protection sociale et de relations professionnelles. Cette situation alimente une perception d’incertitude chez les investisseurs, en particulier dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre, alors même que l’emploi reste un enjeu central de cohésion sociale.

Le diagnostic de la Banque mondiale est clair. Les économies les plus performantes sont aussi celles qui parviennent à réduire l’écart entre la qualité des règles et leur mise en œuvre. Au Maroc, ce décalage, souvent qualifié d’«efficiency gap», constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à l’investissement privé. Retards administratifs, procédures encore complexes et disparités territoriales dans la qualité des services publics alourdissent les coûts, freinent l’innovation et découragent la prise de risque entrepreneuriale.

Conscient de ces enjeux, le gouvernement a engagé depuis 2023 une feuille de route ambitieuse pour améliorer l’environnement des affaires à l’horizon 2026.

Selon le bilan présenté devant la Chambre des représentants par le ministre délégué chargé de l’Investissement, plus de 60% des projets prévus ont déjà été réalisés et la quasi-totalité des mesures sont en cours de déploiement. Le programme cible la simplification des procédures, la facilitation de la création d’entreprises, le renforcement du traitement des litiges commerciaux et l’amélioration de la gouvernance, tout en misant sur des mécanismes de financement innovants et une meilleure coordination avec les Centres régionaux d’investissement. Les premiers résultats commencent à se matérialiser. La Commission nationale des investissements a validé plusieurs centaines de projets représentant des montants considérables et des dizaines de milliers d’emplois potentiels. Si les grandes régions économiques continuent de concentrer une part importante de ces flux, la dynamique tend progressivement à s’élargir à l’ensemble du territoire, dans une logique de rééquilibrage et de valorisation des potentialités locales.

Cette orientation s’accompagne d’un accent particulier mis sur les très petites, petites et moyennes entreprises, considérées comme le principal moteur de la création d’emplois. Le soutien ciblé aux TPME vise à stimuler l’entrepreneuriat local, renforcer les chaînes de valeur domestiques et réduire les disparités régionales, avec un rendement social élevé, lit-on encore dans Challenge.

Les évaluations externes confirment cette lecture contrastée. La notation A4 attribuée par Coface traduit une stabilité relative du climat des affaires, tout en soulignant des défis persistants en matière de transparence financière, de recouvrement des créances et de performance institutionnelle. Un environnement jugé acceptable, mais encore perfectible pour les opérateurs les plus exposés aux risques administratifs et aux délais de paiement.

Sur le terrain, certaines régions illustrent néanmoins le potentiel de la nouvelle gouvernance économique. À Fès-Meknès ou à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, la dynamique d’investissement s’intensifie autour de projets structurants dans l’industrie, le tourisme, les énergies renouvelables et le commerce, confirmant le rôle stratégique des CRI dans l’attractivité territoriale. Au final, le climat des affaires au Maroc repose sur des fondations solides, construites au fil de deux décennies de réformes. Mais l’enjeu des prochaines années sera moins d’édicter de nouvelles règles que de garantir leur exécution efficace et homogène. C’est à cette condition que le Royaume pourra convertir ses avancées institutionnelles en une croissance durable, créatrice d’emplois et d’opportunités pour l’ensemble de ses régions.

Par La Rédaction
Le 22/01/2026 à 19h16