Ces risques que la contrefaçon fait peser sur le marché

Des produits contrefaits. DR

Au Maroc comme dans le monde, la contrefaçon représente un marché clandestin en pleine croissance, alimenté par la criminalité organisée et des sanctions insuffisantes. Me Daoud Salmouni Zerhouni, avocat et conseiller en propriété intellectuelle, alerte sur ses impacts économiques, sanitaires et sur la sécurité des consommateurs, tout en appelant à une réforme législative et à une formation renforcée des professionnels du secteur. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 02/02/2026 à 20h08

Au Maroc comme ailleurs, la contrefaçon prospère dans l’ombre de l’informel, affectant l’économie et la sécurité des consommateurs. L’OCDE estime qu’elle représente 2,5% du commerce mondial, un chiffre déjà considérable mais qui ne reflète qu’une partie du problème. Dans un entretien au magazine Finances News Hebdo, Me Daoud Salmouni Zerhouni, avocat et conseiller en propriété intellectuelle, explique que «ce chiffre est vertigineux, d’autant plus qu’il ne s’agit en réalité que de la partie émergée de l’iceberg».

Selon lui, la contrefaçon est difficile à appréhender et donc difficile à quantifier, mais ses effets sont tangibles dans tous les secteurs de l’économie. «Le premier élément tient à l’exceptionnelle rentabilité de cette activité. Par exemple, le prix de revient d’un logiciel contrefait est d’à peine 20 centimes d’euros alors qu’il peut être revendu jusqu’à 45 euros», explique Zerhouni, soulignant que cette marge peut dépasser celle du trafic de stupéfiants, alors que le risque judiciaire reste limité. La faiblesse des sanctions contribue à l’essor de ce commerce illégal. «Les peines encourues au Maroc sont beaucoup trop faibles, seulement deux à six mois d’emprisonnement pour la contrefaçon de brevets ou de dessins et modèles industriels, ce qui n’est pas dissuasif pour les organisations mafieuses», ajoute-t-il.

L’étude «Contrefaçon et criminalité», menée en 2025 par l’Union des fabricants et le GACC, montre que la criminalité organisée a fait de la contrefaçon un véritable levier économique. Des groupes comme la Camorra italienne, les Triades chinoises ou certains cartels mexicains figurent parmi les acteurs majeurs, tandis que la Corée du Nord l’a intégrée à son économie clandestine avec des médicaments et des produits de luxe contrefaits. «Le consommateur doit savoir que lorsqu’il achète de la contrefaçon, il alimente potentiellement de tels réseaux mafieux», insiste Zerhouni.

Au Maroc, le phénomène se traduit par des pertes économiques importantes et des risques sanitaires considérables. Le Conpiac estimait en 2013 l’impact de la contrefaçon entre 6 et 12 milliards de dirhams. Les douanes, elles, ont saisi plus de 2 millions d’articles en 2023, soit une hausse de 11% par rapport à l’année précédente. Zerhouni nuance ces chiffres: «cela confirme la tendance haussière du phénomène, mais il est probable que les contrefacteurs utilisent de nouveaux canaux encore peu identifiés».

La stratégie des contrefacteurs inclut désormais la production fragmentée et l’assemblage final dans le pays de destination pour limiter les pertes en cas de saisie, ainsi que le dépôt frauduleux de marques auprès de l’OMPIC pour légitimer leurs importations. Cette pratique est particulièrement visible dans les secteurs du textile et des cosmétiques, où la contrefaçon est très intense.

Les conséquences sur la santé et la sécurité des consommateurs sont graves. Les pièces automobiles contrefaites provoquent des accidents mortels, tandis que les batteries de smartphones ou les jouets toxiques représentent des dangers directs pour les utilisateurs. Les produits cosmétiques peuvent contenir des substances dangereuses ou ne pas respecter les indices de protection annoncés. «Au mieux, le consommateur est floué, au pire les conséquences pour la santé peuvent être dramatiques», explique Zerhouni.

Le numérique a accentué la diffusion des contrefaçons. «Les marketplaces et les réseaux sociaux sont devenus des vecteurs privilégiés, nécessitant une vigilance constante des marques et des autorités», souligne Finances News. Zerhouni plaide pour un rôle renforcé de l’ANRT dans le blocage des sites illégaux et la communication des coordonnées des titulaires de noms de domaine.

Il insiste également sur l’importance de réformer la loi n°17-97 relative à la propriété industrielle et d’améliorer la formation des professionnels du secteur. «On peut disposer de la meilleure loi au monde, mais si les professionnels ne sont pas formés, elle manquera ses objectifs», souligne-t-il. La sensibilisation des jeunes constitue un levier essentiel pour lutter contre ce fléau, par des campagnes dans les écoles, les collèges et les lycées. «Il faut investir massivement dans la propriété intellectuelle de base afin que les efforts législatifs et institutionnels aient un impact réel et durable sur le marché et la société», conclut Zerhouni.

Par La Rédaction
Le 02/02/2026 à 20h08