Carburants: une hausse attendue le 15 mars, l’aide aux transporteurs de nouveau sur la table

Faute d’un dispositif d’appui de l’État, toute hausse des coûts de transport tend à se répercuter aussitôt sur l’ensemble des prix dans l’économie.

Les distributeurs pétroliers s’apprêtent à réviser les tarifs des carburants le 15 mars prochain, dans un contexte de forte tension sur les marchés internationaux. La récente flambée des cours du brut rend désormais quasi inévitable une hausse des prix à la pompe au Maroc. Parallèlement, la réforme annoncée sur l’indexation des tarifs du transport aux prix du carburant — censée protéger durablement les transporteurs et l’économie — demeure toujours en suspens, laissant le pays une nouvelle fois dépendant du soutien direct de l’État.

Le 10/03/2026 à 15h02

Selon des simulations réalisées par les opérateurs du secteur, le prix du gasoil pourrait enregistrer une augmentation pouvant atteindre deux dirhams par litre, ce qui rapprocherait le tarif de la barre des 13 dirhams.

Cette nouvelle poussée des prix relance les inquiétudes quant à son impact sur le pouvoir d’achat et sur les coûts de transport, un maillon central de l’économie nationale.

Dans une récente sortie médiatique, la ministre de l’Économie et des Finances a assuré que le Royaume dispose d’une «boîte à outils» de politiques publiques éprouvées pour atténuer l’impact d’une hausse des cours pétroliers. Parmi ces instruments figure notamment la maîtrise des coûts du transport public.

Tout porte ainsi à croire que le gouvernement pourrait, une nouvelle fois, activer le dispositif d’aide directe aux transporteurs. Ce mécanisme avait déjà été déployé à partir de mars 2022 pour amortir le choc pétrolier provoqué par la guerre russo-ukrainienne. Entre mars 2022 et février 2024, ce programme de soutien a coûté près de 7 milliards de dirhams aux finances publiques.

Pour l’exécutif, l’enjeu est crucial. «Le transport est une ligne noire qui alimente toute l’économie. Dès que ses coûts augmentent, cela se répercute automatiquement sur l’ensemble des chaînes de production et de distribution», souligne un professionnel du secteur.

Du côté de la Fédération du transport et de la logistique (FTL), affiliée à la CGEM, on s’attend au déclenchement d’une première vague d’aides d’ici la fin du mois.

Une aide directe contestée par les professionnels

Pourtant, cette solution ne fait pas l’unanimité parmi les transporteurs. La FTL s’était déjà opposée au principe de l’aide directe lors de sa mise en place, lui préférant un mécanisme structurel basé sur la transparence des prix.

L’organisation patronale plaide pour l’instauration d’un système d’indexation des tarifs de transport sur les prix des carburants. Concrètement, les prix du transport augmenteraient ou diminueraient automatiquement en fonction de l’évolution des tarifs à la pompe.

«Nous avons toujours prôné la transparence. Nous ne voulions pas d’aides, car cela a généré une forme de rente», explique une source au sein de la fédération.

«L’aide n’était pas conditionnée par la justification du travail. Certains transporteurs ont préféré mettre leurs camions à l’arrêt et se contenter de recevoir les aides, ce qui a provoqué une pénurie de moyens de transport à un moment donné», explique-t-elle.

Plusieurs acteurs du secteur contestent également les critères retenus pour cibler les bénéficiaires. «93% des entreprises de transport disposent de moins de deux camions. Les montants forfaitaires accordés par le gouvernement sont fixés en fonction du tonnage du véhicule et non du kilométrage réellement parcouru ou des dépenses effectives de carburant», explique le président d’une association de transporteurs à Casablanca.

Dans certains cas, l’aide peut atteindre jusqu’à 6.000 dirhams pour un tracteur routier, ce qui aurait incité certains opérateurs à immobiliser leurs véhicules plutôt que de continuer à travailler.

La nouvelle flambée des prix du pétrole ravive le débat autour du projet de loi visant à indexer les tarifs du transport sur les cours des carburants. Ce texte, qui était sur le point d’être adopté sous le mandat de l’ancien ministre du Transport et de la Logistique, Mohamed Abdeljalil, devait apporter une réponse structurelle aux fluctuations des prix des hydrocarbures et à leurs effets sur le secteur du transport routier.

À l’époque, Mohamed Abdeljalil avait expliqué que cette réforme visait à renforcer l’écosystème du transport en introduisant un mécanisme de révision des tarifs lorsque les prix des carburants évoluent entre la signature d’un contrat et la réalisation de la prestation.

Le dispositif prévoit notamment que, lorsqu’un contrat de transport contient des clauses de révision des prix indexées sur le carburant, celles-ci soient appliquées. En l’absence d’un tel contrat, un mécanisme d’indexation réglementaire serait instauré.

Les contrats réalisés dans des délais très courts ainsi que les segments dont les tarifs sont fixés par l’État, comme le transport urbain ou le transport de voyageurs, ne seraient pas concernés.

Quatre ans après sa présentation, ce projet de loi reste toutefois en suspens. Selon une source proche du dossier, le texte n’aurait jamais été inscrit dans le circuit d’adoption. «Le projet a été soumis au SGG et, depuis, il semble avoir été mis dans les tiroirs. Le ministère des Finances s’y serait opposé, craignant qu’un tel mécanisme ne crée une spirale inflationniste», confie cette source.

Reste désormais à savoir si le gouvernement relancera ce projet, déjà appliqué dans plusieurs pays, dont la France. Le Comité national routier y a récemment annoncé avoir «resserré à titre exceptionnel» son dispositif d’observation des prix du gazole, dans la perspective d’une actualisation des indices du gazole professionnel pour le mois de mars.

En attendant d’y voir plus clair sur la mise en place de ce mécanisme d’indexation au Maroc, face à la flambée des prix du pétrole, la solution de l’aide directe semble donc rester l’option privilégiée par les pouvoirs publics, malgré les critiques qu’elle continue de susciter au sein de la profession.

Par Wadie El Mouden
Le 10/03/2026 à 15h02