Carburants: tensions entre stations-service et distributeurs à la veille d’une hausse des prix

Une station-service. (Photo d'illustration)

À la veille d’une nouvelle hausse attendue des prix du gasoil et de l’essence, des exploitants de stations-service accusent certaines sociétés pétrolières de retarder ou de refuser des livraisons. Ces professionnels envisagent de saisir le Conseil de la concurrence et la justice, pointant des pratiques qu’ils jugent contraires aux règles du marché et préjudiciables aux consommateurs comme aux exploitants.

Le 14/03/2026 à 17h21

À la veille d’une nouvelle hausse attendue des prix du gasoil et de l’essence, les tensions montent entre les exploitants de stations-service et certaines sociétés pétrolières. Des professionnels du secteur dénoncent des perturbations dans l’approvisionnement en carburant et pointent des pratiques qu’ils jugent contraires aux règles de la concurrence.

Selon plusieurs exploitants, des retards, des réductions ou même des refus de livraison auraient été constatés ces derniers jours, alors que les contrats commerciaux prévoient généralement des délais d’approvisionnement compris entre 24 et 48 heures.

Tayeb Ben Ali, vice-président de la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service au Maroc (FNPCGS), affirme que les professionnels du secteur envisagent de saisir le Conseil de la concurrence et la justice afin de dénoncer des pratiques qu’ils qualifient d’«illégales».

Il accuse certains opérateurs de procéder à un refus délibéré de vente ou à l’annulation de commandes d’approvisionnement pourtant confirmées. Une démarche qui consisterait, d’après les professionnels, à conserver les stocks dans l’attente d’une augmentation imminente des prix afin de réaliser des bénéfices supplémentaires.

Ce qui constituerait, selon lui, une exploitation illicite des stocks au détriment à la fois des consommateurs et des exploitants de stations-service. Tayeb Ben Ali estime également que ces pratiques contreviennent aux conditions générales de vente et portent atteinte à la sécurité énergétique, tout en constituant une violation des lois encadrant la liberté des prix et de la concurrence.

Une dépendance structurelle des stations-service

Sur le terrain, plusieurs exploitants décrivent une relation de dépendance structurelle vis-à-vis des sociétés de distribution de carburants. Dans la majorité des cas, les stations-service sont liées à leur fournisseur par des contrats d’exclusivité qui les empêchent de s’approvisionner auprès d’autres opérateurs.

Ce qui limite fortement leur marge de manœuvre en cas de difficultés d’approvisionnement. «Lorsque la société pétrolière ne livre pas, la station n’a aucune alternative. Nous sommes juridiquement tenus de nous approvisionner uniquement auprès de notre enseigne», explique un exploitant.

De ce fait, certains gérants redoutent que les limitations ou retards de livraison puissent provoquer des ruptures ponctuelles dans certaines stations au moment même où la demande des automobilistes reste soutenue.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les stations-service ne vendent pas seulement aux particuliers. Elles fournissent également de nombreux acteurs institutionnels et économiques, notamment les collectivités locales, les administrations territoriales, les établissements hospitaliers ou encore les services de secours.

En plus de la question de la disponibilité du carburant, certains professionnels s’interrogent sur les implications économiques de ces tensions.

«Les hausses de prix profitent mécaniquement aux détenteurs de stocks importants. En revanche, les exploitants de stations supportent les charges quotidiennes tout en ayant une marge de manœuvre limitée sur la gestion de leurs volumes», confie un autre gérant.

Les représentants du secteur dénoncent également la domination des sociétés de distribution à travers le système de «contrôle à distance» des pompes, qui limiterait l’autonomie des stations-service dans la gestion des prix.

Selon Tayeb Ben Ali, les exploitants sont souvent contraints d’attendre l’accord de leur compagnie ainsi que son intervention technique pour procéder à toute modification des prix affichés à la pompe.

Les régulateurs appelés à intervenir

Pour lui, cette situation constitue une atteinte aux principes de la libre concurrence. Le responsable relève que la législation impose au contraire la levée de toute restriction sur la fixation du prix de vente final.

Les propriétaires, commerçants et gérants des stations-service au Maroc, revendiquent une pleine autonomie dans la gestion de leurs prix, sans tutelle technique ou administrative imposée par les sociétés de distribution.

Face à ces tensions, plusieurs acteurs du secteur appellent les autorités de régulation, notamment le Conseil de la concurrence, à suivre de près les pratiques d’approvisionnement afin de garantir la transparence du marché, l’équilibre entre les différents intervenants et la protection des consommateurs.

Dans l’immédiat, les exploitants affirment vouloir poursuivre leurs activités normalement, tout en restant attentifs à l’évolution des livraisons dans les prochains jours. Ils soulignent toutefois que les éventuelles ruptures de stock constatées dans certaines stations découleraient exclusivement des restrictions ou des refus de livraison imposés par les compagnies pétrolières.

Par La Rédaction
Le 14/03/2026 à 17h21