Invités à s’exprimer dans le cadre d’une audience consacrée par le Conseil de la concurrence, le 30 mars 2026 à Rabat, aux fluctuations des prix internationaux et nationaux des carburants, ainsi qu’aux conditions d’approvisionnement, les représentants de la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service au Maroc (FNPCGS) ont dénoncé des comportements qu’ils jugent «opportunistes» de la part des sociétés de distribution.
Selon leurs témoignages, plusieurs jours avant la mi-mars 2026, un certain nombre de sociétés distributrices ont commencé à réduire les volumes de commandes acceptés auprès des stations-service. Plus préoccupant encore, ajoutent-ils, certaines enseignes auraient purement et simplement cessé d’approvisionner les stations portant leur marque, invoquant des stocks insuffisants.
«Nous avons également constaté un afflux massif de consommateurs venus remplir leurs réservoirs, conscients d’une hausse importante et imminente des prix, ce qui a créé une situation de chaos dans les stations», a détaillé la Fédération dans son texte d’intervention.
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Bien qu’informés de cet afflux, les distributeurs ont laissé les gérants de stations seuls face à une clientèle inquiète. «Ils ont certes laissé aux stations la liberté de modifier leurs prix, mais en contrepartie, ils les ont privées de leur droit fondamental à disposer de volumes raisonnables pour faire face à la demande», déplore la FNPCGS.
Ce qui a conduit, selon la Fédération, à la fermeture de nombreuses stations à travers le royaume, faute de stocks. Pendant ce temps, les sociétés distributrices se seraient abstenues d’envoyer des volumes supplémentaires, alors même que la continuité de ce service économique et vital était en jeu. «Cela soulève la question de la responsabilité légale et éthique de ces entreprises», souligne la Fédération.
Une «hégémonie» au détriment de la concurrence
Pour l’organisation professionnelle, les pratiques observées ne relèvent pas d’un simple jeu de marché. Elles traduisent, au contraire, une situation de dépendance quasi totale des stations-service à l’égard des grands distributeurs, sans réelle alternative d’approvisionnement. «Ces sociétés ont privilégié leurs intérêts commerciaux, en tirant profit de marges anormalement élevées générées par les stocks accumulés», accuse-t-elle.
La Fédération y voit un «comportement opportuniste et spéculatif», portant atteinte aux règles de la concurrence. Elle dénonce également des profits «astronomiques» réalisés au détriment du consommateur final. À titre d’illustration, elle estime qu’une hausse de deux dirhams par litre — alors même que le contexte international ne la justifiait pas pleinement — constitue une augmentation «excessive», qui ne prend en compte ni les intérêts des stations-service ni ceux des citoyens.
Face à ce constat, la Fédération a formulé plusieurs propositions devant le Conseil de la concurrence. La première vise à instaurer un mécanisme de contrôle garantissant une transparence totale des prix pour le consommateur et lui permettant d’appréhender clairement la structure du prix final, et notamment la part revenant au distributeur et celle revenant au détaillant.
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Les propriétaires, commerçants et gérants des stations-service rappellent à cet égard qu’avant la libéralisation du secteur, les stations bénéficiaient d’une marge minimale garantie dans le cadre de la compensation. Depuis la libéralisation, cette marge n’a augmenté que de quelques centimes, alors que les principaux bénéficiaires ont été les sociétés de distribution. «Il faut mettre en lumière l’écart significatif entre le prix d’achat des stations et le prix d’achat “B to B”, qui dépasse parfois un à deux dirhams par litre, illustrant ainsi la marge confortable dont bénéficient les distributeurs», plaide la Fédération.
La Fédération réclame également une révision des contrats dits «d’exclusivité» par le Conseil de la concurrence. Selon elle, ces contrats, qui lient les stations à un seul distributeur pour des périodes pouvant atteindre plus de vingt ans, sont en totale contradiction avec la liberté du marché et l’accès à la concurrence.
«Les stations ne disposent pas de la force de négociation nécessaire pour discuter les clauses de ces contrats. L’exclusivité crée et consacre un monopole de fait, au lieu d’une véritable concurrence», souligne l’organisation professionnelle. Elle estime que lorsque le droit aboutit à des résultats aussi injustes, ces contrats devraient être considérés comme illégitimes, car ils violent des principes éthiques et sociaux fondamentaux.
Des clauses abusives
La Fédération dénonce plus largement les conditions non commerciales imposées unilatéralement par les distributeurs, qui restreignent la liberté des stations de choisir leurs fournisseurs et d’obtenir des prix compétitifs. «Cela s’oppose à la liberté économique, qui doit reposer sur l’égalité des chances, la liberté d’accès au marché et la protection de la partie faible», insiste-t-elle.
Or, dans la relation entre distributeurs et stations-service, la partie faible est bien le détaillant, qui se trouve pris en étau entre les exigences de son fournisseur et les attentes du consommateur final. «Le consommateur marocain a le droit de bénéficier de ce produit vital à un prix compétitif et approprié, avec une qualité réelle», conclut la Fédération, appelant le Conseil de la concurrence à instaurer un véritable équilibre dans les relations contractuelles du secteur.




