Au Maroc, près de quatre comptes bancaires sur dix présentent régulièrement un solde débiteur. À la fin de l’année 2025, l’encours total des découverts s’élevait à 10,46 milliards de dirhams, enregistrant une progression moyenne d’environ 400 millions par an sur la dernière décennie. Si cette facilité de caisse constitue pour de nombreux ménages un moyen de financer leurs dépenses courantes, elle contribue également à un phénomène de surendettement qui suscite l’inquiétude des autorités monétaires, relève le magazine hebdomadaire Challenge.
Pour beaucoup de foyers, le découvert bancaire apparaît comme une solution indispensable pour boucler le mois. Mais derrière cette apparente aide financière, se cache une dépendance qui peut s’avérer lourde à gérer. Cité par Challenge, l’économiste Driss Aissaoui souligne que, pour une partie importante des ménages, le recours à ce type de crédit devient quasi systématique, et que les difficultés financières tendent à s’aggraver au fil du temps.
Ce mécanisme, qui consiste pour une banque à autoriser un client à dépenser plus que le solde disponible sur son compte, a longtemps été considéré comme un simple dépannage ponctuel. Il est progressivement devenu un instrument de financement du quotidien, permettant de faire face aux dépenses alimentaires, aux charges liées au logement ou aux besoins d’urgence. Dans un contexte de hausse du coût de la vie et d’inflation, cette pratique s’est intensifiée, transformant ce qui devait être une solution temporaire en un usage régulier pour de nombreux ménages.
Le recours au découvert bancaire est devenu, pour certains salariés, un prolongement du salaire. Chaque mois, le compte peut basculer dans le rouge avant d’être régularisé à la réception du salaire suivant. Ce cycle récurrent transforme la facilité de caisse en une forme de crédit permanent. Si l’encours global du crédit bancaire au Maroc dépasse désormais 1.258 milliards de dirhams, les découverts, bien que représentant une part plus modeste en valeur absolue, connaissent une progression régulière, ce qui reflète un usage croissant et durable par les ménages, a-t-on pu lire dans Challenge.
L’accès à ce type de crédit n’est pas automatique. Il est généralement soumis à l’approbation de la banque après constitution d’un dossier de crédit, bien que certains packs de services puissent inclure le découvert dès l’ouverture du compte. Les établissements bancaires se réservent le droit de retirer cette facilité en cas d’utilisation abusive ou de non-respect des conditions, sans obligation de justification. La fragilité financière des ménages se traduit par un risque accru de basculement dans le rouge, notamment face à la hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie. Les découverts non autorisés ou dépassant le plafond peuvent générer des frais supplémentaires importants, appelés agios, auxquels s’ajoutent commissions et pénalités, lit-on encore dans Challenge. Cette accumulation transforme un simple incident de trésorerie en une charge financière lourde et prolongée. Pour les banques, ces frais représentent une source de revenus significative mais, pour les ménages, ils aggravent le déséquilibre entre revenus et charges.
À l’échelle internationale, le découvert est souvent conçu comme un produit temporaire, encadré par des taux d’intérêt élevés pour limiter son usage prolongé. Des alternatives comme les cartes de crédit, les prêts à court terme ou les outils numériques de gestion budgétaire permettent de réduire la dépendance au découvert. En Europe, par exemple, la réglementation impose davantage de transparence sur les frais bancaires, offrant une meilleure protection aux clients. Pour limiter les risques liés au découvert, plusieurs experts recommandent une réforme des pratiques bancaires. La transparence sur le coût réel du découvert, l’accompagnement des clients à travers des outils de gestion budgétaire et le développement de solutions alternatives comme les micro-crédits ou les avances de trésorerie à taux réduit pourraient contribuer à réduire la dépendance des ménages à ce mécanisme. Selon Driss Aissaoui, ces mesures seraient essentielles pour aider les familles à mieux gérer leur budget tout en évitant que la facilité de caisse ne devienne un fardeau financier durable.




