Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur inchangé à 2,25%

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.

À l’issue de sa réunion du mardi 17 mars, le Conseil de Bank Al-Maghrib a opté pour le statu quo, en maintenant inchangé son taux directeur à 2,25%, tout en réaffirmant son engagement à suivre de près l’évolution de la conjoncture économique nationale et internationale.

Le 17/03/2026 à 13h34

Réuni mardi à Rabat, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a estimé que le niveau actuel du taux directeur demeure approprié et a décidé de le maintenir inchangé à 2,25 %. Il continuera de suivre de près l’évolution de la conjoncture, tant au niveau national qu’international, en particulier les développements au Moyen-Orient et leurs répercussions sur l’activité économique et l’inflation. Ses décisions seront prises, réunion après réunion, sur la base des données les plus récentes.

Lors de cette session, il a analysé l’évolution de la conjoncture économique nationale et internationale ainsi que les projections macroéconomiques à moyen terme de la Banque. Il s’est attardé sur les développements récents liés à la guerre au Moyen-Orient qui accentuent l’incertitude déjà élevée, en lien notamment avec le conflit en Ukraine et la politique commerciale américaine, et mettent ainsi à rude épreuve la résilience affichée par l’économie mondiale ces dernières années. Les conséquences de cette guerre, déjà perceptibles sur les marchés financiers et sur les cours des matières premières, en particulier ceux de l’énergie, dépendront dans une large mesure de sa durée, de son étendue et de son intensité.

Au niveau national, cette guerre ne serait pas sans conséquence à travers notamment les canaux des comptes extérieurs et en particulier les cours de l’énergie. Selon les évaluations préliminaires de Bank Al-Maghrib, l’impact serait relativement contenu dans le scénario retenu d’un conflit de courte durée, mais pourrait s’avérer plus marqué dans le cas contraire. Cela étant, la forte dynamique des secteurs non agricoles, tirée par l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales, devrait se poursuivre et la production agricole connaitrait un rebond notable à la faveur des conditions climatiques exceptionnelles qui ont prévalu au cours des derniers mois.

S’agissant de l’inflation, elle a évolué à des niveaux bas, en lien avec l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires et le repli des prix des carburants. A moyen terme, elle devrait, après la dissipation de ces effets et avec la hausse des cours du pétrole prévue dans le scénario central, s’accélérer graduellement tout en restant à des niveaux modérés. Ainsi, elle ressortirait quasi stable d’une année à l’autre à 0,8% en 2026, puis atteindrait 1,4% en 2027.

Quant aux anticipations d’inflation, elles se sont inscrites en baisse, les experts du secteur financier interrogés avant le déclenchement de la guerre en Iran dans le cadre de l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib, tablant au premier trimestre 2026 sur un taux moyen de 1,5% à l’horizon de 8 trimestres et de 1,8% à celui de 12 trimestres.

Sur le volet de la transmission des précédentes décisions du Conseil, le recul cumulé des taux débiteurs assortissant les crédits bancaires au secteur non financier entre le début de l’assouplissement monétaire en juin 2024 et le quatrième trimestre 2025 ressort à 61 points de base (pb) contre 75 pb pour le taux directeur.

Tenant compte (i) de la poursuite de la dynamique notable de l’activité économique ; (ii) des niveaux modérés prévus de l’inflation ; et (iii) de la forte incertitude entourant les perspectives au niveau international ainsi que des résultats des stress tests réalisés par BAM pour l’économie nationale, le Conseil a jugé approprié de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25%.

Une croissance prévue de 5,6% en 2026

Au niveau national, les conditions climatiques très favorables ayant prévalu cette année devraient se traduire par une nette hausse de la production agricole. La récolte des trois principales céréales atteindrait, selon les estimations de Bank Al-Maghrib basées sur une superficie emblavée de 3,9 millions d’hectares, 82 millions de quintaux. Dans ces conditions, Bank Al-Maghrib table, après une progression qui aurait atteint 5% en 2025, sur un rebond de la valeur ajoutée agricole de 14,4% en 2026, suivi d’un recul de 5,3% en 2027 sous l’hypothèse d’un retour à une campagne céréalière moyenne. En parallèle, portée notamment par la dynamique de l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales, la croissance des activités non agricoles devrait rester robuste, oscillant autour de 4,5%. Au total, la croissance de l’économie nationale aurait enregistré une nette amélioration à 4,8% en 2025 et devrait atteindre 5,6% en 2026, avant de ralentir à 3,5% en 2027.

Sur le volet des comptes extérieurs, le renchérissement prévu des matières premières devrait se traduire par un creusement du déficit du compte courant de 2,3% du PIB en 2025 à 3,1% en 2026, avant une atténuation prévue à 2,5% en 2027. En effet, après avoir baissé à 107,6 milliards de dirhams en 2025, la facture énergétique devrait s’alourdir de 15,6% en 2026 puis se replier de 11,1% à 110,5 milliards en 2027. De même, les acquisitions de biens d’équipement devraient s’accroître à un rythme annuel proche de 10% à l’horizon 2027, portées par la dynamique attendue de l’investissement. En parallèle, après une contraction de 2% en 2025, les exportations du secteur automobile progresseraient de 13,7% en 2026 puis de 19,3% en 2027, pour atteindre 209,6 milliards de dirhams à cet horizon. De même, les ventes de phosphate et dérivés devraient poursuivre leur tendance haussière en 2026, avec une augmentation de 19,4%, suivie d’une diminution de 8,7% en 2027 à 108,8 milliards de dirhams. En parallèle, après des performances exceptionnelles en 2025, les recettes de voyages continueraient de s’améliorer pour atteindre 158,2 milliards en 2027 et les transferts des MRE se consolideraient pour se situer autour de 129 milliards de dirhams la même année. S’agissant des recettes d’IDE, les projections tablent sur un flux annuel équivalent à 3,5% du PIB. Au total, et tenant compte notamment des financements extérieurs prévus du Trésor, les avoirs officiels de réserve continueraient de se renforcer pour ressortir à 482,1 milliards en 2027, assurant l’équivalent de 5 mois et 23 jours d’importations de biens et services.

Concernant les conditions monétaires, le besoin de liquidité des banques s’est établi à 131,7 milliards de dirhams en 2025 et devrait se creuser graduellement pour se situer à 169,4 milliards en 2027 en lien principalement avec la progression de la monnaie fiduciaire. Pour ce qui est du crédit bancaire au secteur non financier, tenant compte de l’évolution attendue de l’activité économique et des anticipations du système bancaire, son rythme devrait s’accélérer davantage, passant de 4,7% en 2025 à 6% en 2026 avant de revenir à 5,1% en 2027. Quant à la valeur du dirham, les évaluations trimestrielles réalisées par Bank Al-Maghrib indiquent qu’elle reste globalement alignée avec les fondamentaux économiques. S’agissant du taux de change effectif, il devrait connaître une dépréciation nominale de 1,4% cette année, suivie d’une légère appréciation de 0,3% en 2027. Tenant compte d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des principaux partenaires et concurrents commerciaux, il s’inscrirait en dépréciation en termes réels de 3,7% puis de 1,1%, respectivement.

Sur le plan des finances publiques, l’année 2025 a été marquée par une hausse de 15,3% des recettes ordinaires, portée par une progression notable des recettes fiscales. En parallèle, les dépenses globales ont augmenté de 11,8%, reflétant notamment l’accroissement des charges au titre des biens et services. Au regard de ces réalisations, des dispositions de la Loi de finances 2026 et de la programmation budgétaire triennale 2026-2028, le déficit budgétaire — hors produit de cession des participations de l’État — devrait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, poursuivre sa trajectoire baissière, passant de 3,6% du PIB en 2025 à 3,5% en 2026, puis à 3,4% en 2027.

Par La Rédaction
Le 17/03/2026 à 13h34