Le dernier Marsupilami débarque au Maroc: Lacheau et Debbouze jouent la carte du cœur

L'équipe du film Le Marsupilami en conférence de presse au cinéma Pathé à Casablanca. (A.Ettahiry/Le360)

Le 13/02/2026 à 08h00

VidéoFort d’un lancement réussi en France le 4 février, où il a rapidement séduit le public et signé un démarrage solide au box-office, Le Marsupilami est à l’affiche dans les salles marocaines depuis ce mercredi 11 février. Emmenée par l’énergie de Philippe Lacheau et portée par le retour de Jamel Debbouze, cette nouvelle adaptation mêle aventure déjantée, comédie familiale et hommage au cinéma populaire, dans une relecture moderne et rythmée du mythique héros de bande dessinée. Entretien croisé avec Jamel Debbouze et Philippe Lacheau.

Dans cette nouvelle adaptation du Marsupilami, Philippe Lacheau revisite l’univers culte imaginé par André Franquin à travers une comédie d’aventure résolument familiale, fidèle à l’esprit espiègle de la bande dessinée tout en y insufflant son énergie burlesque.

L’intrigue suit David, interprété par Philippe Lacheau, prêt à tout pour préserver son emploi. Il accepte une mission pour le moins improbable: rapatrier un mystérieux colis en provenance d’Amérique du Sud. Accompagné de son ex-compagne, Tess, de leur fils Léo et de son collègue Stéphane — aussi maladroit qu’ingénu — il embarque pour une croisière qui ne tarde pas à sombrer dans le chaos. Lorsque le colis est accidentellement ouvert, un adorable bébé Marsupilami surgit, bouleversant irrémédiablement le cours du voyage.

Le choix d’un bébé Marsupilami insuffle au récit une tonalité plus tendre et émotionnelle. Le film tisse un parallèle émouvant entre l’enfant, éprouvé par la séparation de ses parents, et la jeune créature, déracinée et privée de toute connaissance de ses origines. Cette mise en miroir confère à l’histoire une profondeur inattendue, dissimulée derrière l’humour et l’enchaînement des gags.

Autre singularité notable: le Marsupilami a été conçu en animatronique. Un parti pris artistique fort qui, selon Jamel Debbouze, transforme radicalement l’expérience de jeu. La créature devient tangible, presque organique sur le plateau, permettant aux comédiens une interaction plus spontanée et immersive.

La bande à Fifi est naturellement au rendez-vous, fidèle à son humour populaire et rythmé. Le film bénéficie également de la présence de Jean Reno dans le rôle du redoutable Jeffrey Malonne. Habitué aux personnages puissants et charismatiques, l’acteur apporte une véritable densité au rôle du méchant, renforçant la dimension spectaculaire de l’ensemble.

Fort de plus d’un million d’entrées dès sa première semaine d’exploitation en France, Le Marsupilami confirme l’attrait du public pour des comédies fédératrices, capables de rassembler plusieurs générations dans les salles obscures.

Le360. Vous aviez déjà exploré l’univers du Marsupilami en 2012. Pourquoi accepter d’y revenir aujourd’hui, dans une nouvelle lecture signée Philippe Lacheau, indépendante du film d’Alain Chabat?

Jamel Debbouze: D’abord, j’ai toujours eu une affection particulière pour le personnage de Pablito Camaron, que je trouve absolument extraordinaire. C’est un roublard au grand cœur, mû par des valeurs fortes, prêt à tout pour sauver le Marsupilami parce qu’il l’aime sincèrement. J’ai adoré travailler avec Alain Chabat, qui est un immense réalisateur. Mais j’étais aussi très curieux de collaborer avec Fifi et sa bande. Je les observais depuis des années, un peu à distance, et ils me faisaient de plus en plus rire. J’avais envie de rejoindre leur énergie, leur esprit de troupe — un peu comme lorsqu’on voit une bande de gamins s’amuser et qu’on rêve d’en faire partie. Quand Philippe Lacheau m’a proposé de participer à cette nouvelle aventure, j’ai immédiatement accepté. Je savais que j’allais m’amuser, et j’étais impatient de découvrir leur manière de travailler. Je ne me suis pas trompé: je suis plus que conquis.

«J’ai cinquante ans aujourd’hui. Je joue sans doute désormais comme un homme de 50 ans. Mais au fond de moi, je sais que j’en aurai toujours 14. Il y a cette dualité permanente entre l’adolescent qui refuse de grandir et le père que je suis devenu. Et c’est probablement cet équilibre qui nourrit aussi mes personnages.»

—  Jamel Debbouze, acteur.

Pablito révèle une facette plus posée et plus protectrice que nombre de vos précédents rôles. Comment percevez-vous l’évolution de votre jeu au fil des années? Y a-t-il aujourd’hui des registres ou des types de personnages que vous abordez différemment, voire que vous souhaitez explorer autrement?

Jamel Debbouze: Pour être tout à fait honnête, je ne me suis jamais posé la question. Je n’ai jamais établi de plan de carrière; je choisis mes rôles au gré de mes envies et des opportunités qui se présentent. J’ai cinquante ans aujourd’hui. Je joue sans doute désormais comme un homme de 50 ans. Mais au fond de moi, je sais que j’en aurai toujours 14. Il y a cette dualité permanente entre l’adolescent qui refuse de grandir et le père que je suis devenu. Et c’est probablement cet équilibre qui nourrit aussi mes personnages.

Vous connaissez bien l’humour des Marocains. Pensez-vous que ce film saura séduire et faire rire le grand public au Maroc?

Jamel Debbouze: Écoutez, hier déjà, nous avons eu la chance de présenter le film avec toute l’équipe au Pathé Californie de Casablanca. Et la seule chose qui nous rassure vraiment, ce qui nous fait le plus de bien dans nos vies d’artistes, c’est d’entendre une salle rire et réagir. Hier, le public a vraiment ri, il a vraiment réagi. Il y avait des enfants, des parents, des grands-parents: toutes les générations étaient réunies. Ils ont ri, hamdoullah, à gorge déployée. Alors oui, je pense que le film fera beaucoup rire les Marocains.

Le Marsupilami a signé un excellent démarrage en France, avec plus d’un million d’entrées en une semaine — un score que beaucoup saluent comme un véritable succès populaire. Pourtant, certaines critiques se sont montrées plus réservées, voire sévères, notamment sur l’humour et l’écriture. Comment recevez-vous ce double écho: l’adhésion massive du public d’un côté et des retours critiques plus contrastés de l’autre?

Philippe Lacheau: Pour être honnête, nous n’avons jamais reçu autant de bonnes critiques presse qu’avec ce film. Dans l’ensemble, les retours ont été très positifs, ce qui nous a d’ailleurs agréablement surpris. Après, il est vrai que certains médias sont moins sensibles à ce que nous proposons, notamment à l’humour populaire. Mais cela a toujours fait partie de l’histoire de la comédie, en France en tout cas. Les films largement plébiscités par le public ont souvent suscité plus de réserves dans une partie de la presse. À l’époque de Louis de Funès, c’était déjà le cas, tout comme pour Coluche, Pierre Richard et bien d’autres grandes figures comiques. Finalement, ce n’est pas très grave. Notre priorité reste le public. Nous faisons des comédies pour les gens, pour rassembler et faire rire. Les critiques, si elles sont positives, c’est un bonus. Et, encore une fois, sur ce film en particulier, nous avons été heureux de constater que la majorité des retours presse étaient parmi les meilleurs que nous ayons connus.

«Nous avons grandi avec des films comme Gremlins et le personnage de Gizmo; l’idée d’avoir, à notre tour, une petite créature attachante au cœur de l’histoire nous amusait beaucoup. Nous trouvions cela à la fois tendre et fédérateur.»

—  Philippe Lacheau, réalisateur

Jamel Debbouze: C’est normal: nous sommes, avant tout, au service du public. On ne peut pas faire l’unanimité, c’est impossible. Ce qui nous importe, c’est de toucher le plus grand nombre, de partager avec lui ce que nous avons dans le cœur. Nous avons cherché à proposer une comédie populaire et familiale, un film capable de rassembler et de faire rire toutes les générations. Si les salles sont pleines et que les rires résonnent, alors nous avons atteint notre objectif.

En misant sur un bébé Marsupilami, vous accentuez la dimension familiale et affective du récit. Est-ce un choix stratégique pour toucher un public plus large?

Philippe Lacheau: Il y avait plusieurs intentions derrière ce choix. D’abord, l’idée nous séduisait parce qu’elle était inédite: un film centré sur un bébé Marsupilami, cela n’avait encore jamais été fait. Il y avait quelque chose de nouveau et d’excitant dans cette proposition.

Nous avons grandi avec des films comme Gremlins et le personnage de Gizmo; l’idée d’avoir, à notre tour, une petite créature attachante au cœur de l’histoire nous amusait beaucoup. Nous trouvions cela à la fois tendre et fédérateur.

Par ailleurs, comme le récit met également en scène un enfant — celui que joue mon fils à l’écran — nous avons trouvé intéressant d’établir un parallèle entre les deux. Ils se répondent en miroir à travers leurs fragilités familiales: l’un traverse la séparation de ses parents, l’autre ignore jusqu’à l’identité des siens.

Nous pensions que cette résonance émotionnelle donnait au film une profondeur supplémentaire. C’était, à nos yeux, une belle histoire à raconter.

Par Qods Chabâa et Abderrahim Ettahiry
Le 13/02/2026 à 08h00