L’art de la sculpture sur bois est considéré comme l’un des arts traditionnels les plus emblématiques du Maroc depuis des siècles. Les artisans marocains ont excellé dans l’art de dompter le bois pour le transformer en chefs-d’œuvre reflétant la richesse du patrimoine artisanal du pays. Cet art est étroitement lié à l’architecture marocaine authentique, s’invitant dans la décoration des mosquées, des palais, des riads, ainsi que sur les portes en bois et le mobilier traditionnel. À travers ses détails minutieux, il incarne le savoir-faire et la créativité de l’artisan, transmis de génération en génération.
Au centre de Fès el-Bali, l’artisanat du bois conserve toute sa place au sein des ateliers traditionnels parsemant les ruelles antiques. Là, les artisans continuent de pratiquer cet art ancestral. Dans ces espaces, les pièces de bois se métamorphosent en motifs géométriques sophistiqués ornant plafonds et portes, témoignant de l’authenticité de l’artisanat fassi qui perdure malgré le passage du temps.
Dans ce contexte, notre équipe a rencontré le mâalem Noureddine El Hassaïni, artisan spécialisé dans l’art du Zouaq: peinture sur bois, au Foundouk Ech-Chamaïne. Il est l’une des figures de proue de ce métier, appelé «Tazouaqt» dans certaines régions, tandis que les gens de Fès le nomment «El-Haddida oual-Akri», en référence aux outils et techniques traditionnels utilisés pour réaliser ces ornements précis.
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«L’empreinte de l’artisan décorateur est présente dans la plupart des maisons marocaines traditionnelles. Les motifs en bois colorés constituent un élément essentiel de l’esthétique architecturale, s’étendant également aux monuments religieux et historiques, tels que l’Université Al Quaraouiyine, le mausolée de Moulay Idriss II, ainsi que les anciennes médersas de la ville», souligne Le mâalem Noureddine.
Bien qu’il n’existe pas de documentation précise sur l’origine exacte de ce métier, son ancienneté est évidente au regard de l’âge de la médina (plus de douze siècles), dont les monuments témoignent du génie continu des artisans à travers les âges.
«La sculpture sur bois exige une grande habileté et une précision extrême. Les artisans privilégient des essences denses et malléables, comme le hêtre et le cèdre, appréciées pour leur robustesse, leur parfum aromatique et leur grande valeur», poursuit le mâalem.
Les outils traditionnels des mâalems incluent des ciseaux de différentes tailles, des maillets en bois ainsi que des gouges circulaires et plates pour affiner les détails.
Le processus commence par le dessin du motif, suivi de l’incision des lignes de base, puis de la mise en relief en saillie ou en creux, avant de passer au ponçage, aux finitions et enfin au vernissage pour protéger le bois.
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Pour l’art du «Tazouaqt», les matériaux sont 100% naturels. Le mâalem précise que les pinceaux traditionnels sont fabriqués à la main à partir de poils de cou d’âne pour garantir une précision absolue dans le tracé. Il note également que les travaux sur les plafonds sont réalisés en pièces détachées, puis assemblés chez le client.
Évoquant son propre parcours, Noureddine El Hassaïni rappelle que l’apprentissage relevait autrefois d’un héritage presque contraint: les pères envoyaient leurs enfants auprès d’un maître pour en acquérir les bases. S’ils regrettaient, enfants, de ne pas pouvoir jouer, ils en ont mesuré plus tard toute la valeur inestimable.
Aujourd’hui, il déplore le manque de structures formelles — écoles ou instituts spécialisés — dédiées à la transmission de cet art aux jeunes générations. Pour lui, être «mâalem» est plus qu’un métier: c’est une mission de préservation du patrimoine. Il s’attache ainsi à transmettre son savoir à tous ceux qui souhaitent apprendre, afin de garantir la pérennité de cet artisanat, symbole vivant de l’identité artistique et culturelle marocaine.







