Santé: l’AMMPS durcit les règles encadrant la publicité pharmaceutique

Un lot de médicaments. (Photo d'illustration)

L’Agence marocaine du médicament et des produits de santé publie une nouvelle ligne directrice pour encadrer la publicité des médicaments. L’initiative intervient alors que les contenus promotionnels diffusés sur les réseaux sociaux échappent partiellement aux dispositifs classiques de contrôle.

Le 30/03/2026 à 09h00

L’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) a publié une ligne directrice encadrant la publicité des médicaments à usage humain. Le document précise les exigences applicables à l’information promotionnelle, en cohérence avec la loi 17-04 relative au médicament et à la pharmacie ainsi qu’avec les standards internationaux.

Le texte établit une règle centrale estimant que toute communication publicitaire doit être strictement conforme aux données validées dans l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) et au Résumé des caractéristiques du produit (RCP). La conformité scientifique devient ainsi un critère opposable, y compris pour les supports numériques.

L’initiative de l’AMMPS intervient dans un environnement médiatique profondément transformé. Les réseaux sociaux, les plateformes vidéo et les influenceurs constituent désormais des vecteurs de diffusion majeurs de contenus liés à la santé.

Aucune statistique publique ne quantifie précisément, à ce jour, la part des contenus promotionnels relatifs aux médicaments circulant sur ces canaux au Maroc. Le ministère de la Santé souligne toutefois, dans ses communications institutionnelles, la multiplication des signalements liés à des informations trompeuses ou non validées scientifiquement, en particulier sur les plateformes numériques.

Cette évolution modifie la nature du contrôle. Les circuits traditionnels — laboratoires, médias réglementés, professionnels de santé — laissent place à une circulation horizontale de l’information, difficile à tracer et à encadrer. Toutefois, le phénomène de publicité mensongère ne relève pas uniquement d’un enjeu juridique. Il engage directement la sécurité sanitaire. Une information inexacte sur un médicament peut induire des comportements à risque, notamment en matière d’automédication.

Le Code du médicament prévoit déjà des sanctions en cas de publicité non conforme, en plus de la ligne directrice publiée par l’AMMPS qui vient renforcer ce dispositif en détaillant les conditions de validation préalable, les exigences documentaires et les délais d’instruction des demandes de visa publicitaire.

Le texte prévoit également des mécanismes de suspension ou de retrait en cas de non-conformité ou de risque pour la santé publique. Cette précision introduit une capacité d’intervention plus rapide face à des contenus problématiques, y compris après leur diffusion.

Une extension du périmètre de contrôle

Le document ne se limite pas à la publicité destinée au grand public. Il encadre également les communications adressées aux professionnels de santé, en imposant des standards élevés de transparence, d’exactitude et d’objectivité. Cette extension du périmètre traduit une évolution du rôle de la régulation. L’objectif ne consiste plus uniquement à contrôler les messages visibles, mais à sécuriser l’ensemble de la chaîne d’information pharmaceutique.

Les plateformes numériques introduisent cependant une difficulté supplémentaire, car une partie significative des contenus échappe aux circuits formels d’autorisation. Les messages diffusés par des acteurs non identifiés — pages anonymes, créateurs de contenu non spécialisés — compliquent l’application effective de la réglementation.

L’efficacité du dispositif dépendra de sa capacité à s’adapter aux logiques propres au numérique. Les délais de diffusion sur les réseaux sociaux, souvent instantanés, contrastent avec les processus administratifs d’autorisation.

Sur la question de la traçabilité, les autorités doivent identifier les émetteurs de contenus, vérifier leur conformité et intervenir rapidement en cas de dérive. Cette exigence suppose une coordination renforcée entre régulateurs, plateformes numériques et acteurs de santé.

Malgré cette initiative, la publication de la ligne directrice constitue une étape structurante, mais ne clôt pas le débat. Le cadre réglementaire devra intégrer des outils de veille numérique et des mécanismes de coopération avec les plateformes internationales.

D’ailleurs des expériences comparables, notamment en Europe, montrent que la régulation de la publicité pharmaceutique en ligne repose de plus en plus sur des dispositifs hybrides associant contrôle public et responsabilité des intermédiaires numériques.

Le Maroc, en alignant son dispositif sur les standards internationaux, amorce une convergence progressive où l’enjeu consiste désormais à assurer une application effective dans un environnement caractérisé par la rapidité de diffusion et la multiplicité des acteurs. Ainsi, une régulation efficace de la publicité contribue à restaurer la confiance, à limiter les distorsions d’information et à garantir une concurrence équitable entre opérateurs.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 30/03/2026 à 09h00