Rumeurs d’enlèvements d’enfants au Maroc: quand les réseaux sociaux sèment la peur

La surexposition des enfants aux écrans provoque enfermement, régression et non développement du langage, d’après la psychologue Ghita Alami.

Revue de presseDepuis plusieurs jours, des messages, des vidéos et des enregistrements circulant sur les réseaux sociaux et applications de messagerie inquiètent les Marocains. Malgré l’absence de cas confirmés, les autorités multiplient les démentis et appellent à la prudence face à la propagation rapide de ces rumeurs. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 09/03/2026 à 19h26

Depuis plusieurs jours, l’inquiétude se propage sur les réseaux sociaux au Maroc autour de supposées affaires d’enlèvement d’enfants. Des publications, des messages vocaux et des rumeurs circulent de page en page et de compte en compte, semant la peur parmi les familles, alors qu’aucun cas confirmé d’enlèvement n’a été enregistré par les autorités compétentes. Ce phénomène s’est rapidement transformé en sujet de conversations quotidiennes pour une bonne part des habitués des réseaux sociaux. Dans plusieurs quartiers et villes, les parents déclarent être encore plus vigilants, accompagnant leurs enfants dans leurs déplacements ou multipliant les mises en garde. Les groupes de discussion sur les applications de messagerie, notamment WhatsApp, sont devenus l’un des principaux vecteurs de diffusion de ces récits alarmants, souvent relayés sans vérification préalable.

À l’origine de cette angoisse, figurent des enregistrements audio et des publications affirmant l’existence d’un réseau criminel spécialisé dans l’enlèvement d’enfants dans le but de voler leurs organes ou de les exploiter dans des traites de mineurs, indique Al Ahdath Al Maghribia de ce mardi 10 mars. Les auteurs de ces messages se sont appuyés sur plusieurs faits divers récents, notamment la disparition de trois fillettes dans des circonstances troubles dans différentes villes du pays, dont Chefchaouen, Midelt et Béni Mellal. Dans certains cas, leur corps a été retrouvé, et «les enquêtes se poursuivent afin d’éclaircir les circonstances exactes de ces drames, qui restent pour l’heure des incidents isolés et non liés entre eux selon les premiers éléments disponibles», écrit le quotidien.

La situation s’est encore compliquée avec la diffusion massive d’une note administrative présentée comme émanant du ministère de l’Intérieur, et adressée aux établissements scolaires. Ce document, largement partagé sur les réseaux sociaux et certaines plateformes d’information en ligne, mettait en garde contre une prétendue recrudescence des enlèvements d’enfants. Il s’est rapidement avéré qu’il s’agissait d’un faux.

À cause de l’ampleur de cette rumeur, le ministère de l’Intérieur a promptement réagi en démentant formellement l’authenticité et le contenu de cette note. Dans un communiqué, le ministère a affirmé qu’aucune circulaire officielle de ce type n’avait été adressée aux établissements scolaires ou à une quelconque autre institution. Les autorités ont insisté sur le fait que les informations qui circulent ne reposent sur aucune base, relèvent d’allégations infondées, et d’une diffusion irresponsable de rumeurs. Le ministère appelle les internautes à faire preuve de vigilance quant aux informations qu’ils relaient, et les invite à s’en remettre aux sources officielles pour tout ce qui concerne les questions liées à la sécurité publique, et souligne le fait que «la propagation d’informations non vérifiées peut contribuer à alimenter inutilement l’inquiétude et la panique au sein de la population», a-t-on lu dans Al Ahdath Al Maghribia.

Dans plusieurs villes du Royaume, les services de sécurité ont également pris la parole pour corriger certaines informations erronées. À Marrakech, la préfecture de police a démenti catégoriquement des publications circulant en ligne, affirmant l’arrestation d’une femme portant un niqab et de son mari, pour leur implication présumée dans des enlèvements d’enfants. Les autorités ont précisé que l’affaire concernait en réalité une femme mariée, mère de neuf enfants, dont les voisins s’étaient méfiés, après qu’elle soit passée à proximité d’une mineure, dans un quartier résidentiel. Après avoir recueilli divers témoignages, aucune infraction ni élément criminel n’a été relevé, a indiqué la préfecture de police de Marrakech.

À Casablanca également, la préfecture de police est intervenue pour rétablir les faits à propos d’une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux. On y voyait une femme demander la consultation d’images de caméras de surveillance afin de retrouver deux adolescents âgés de 14 et 15 ans, présentés dans les images véhiculées comme des victimes potentielles d’enlèvement. L’enquête de la préfecture de police a toutefois permis d’établir que cette affaire remontait en réalité à l’an dernier, et qu’elle concerne un frère et sa sœur, qui avaient fugué du domicile parental, et qui avaient été retrouvés par la suite dans un jardin public de la ville de Berrechid, sans avoir subi la moindre agression.

La préfecture de police de Kénitra a, elle aussi, dû intervenir pour démentir un message vocal diffusé le dimanche 8 mars sur plusieurs applications de messagerie instantanée. L’enregistrement affirmait qu’un enfant avait été victime d’une tentative d’enlèvement dans la ville de Jorf El Melha par un homme et une femme portant le niqab. Afin de vérifier ces allégations, les services de police ont ouvert une enquête et se sont rendus sur les lieux en compagnie de l’auteure du message et de son fils mineur. Les investigations ont finalement établi que l’histoire avait été inventée par l’enfant lui-même, afin de convaincre sa mère de l’accompagner quotidiennement à son établissement scolaire. Les autorités ont ainsi confirmé que les informations contenues dans l’enregistrement étaient totalement infondées, et ont réaffirmé leur engagement à traiter avec sérieux «toute information susceptible d’affecter le sentiment de sécurité des citoyens».

Par La Rédaction
Le 09/03/2026 à 19h26