Pharmacies au Maroc: le Conseil de la concurrence plaide pour une réforme du modèle officinal

Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence. (Y.Mannan/Le360)

Le 10/03/2026 à 17h36

VidéoDans un avis consacré à la réforme de la distribution des médicaments au Maroc, le Conseil de la concurrence propose plusieurs mesures structurantes pour moderniser le secteur. Parmi les pistes avancées figurent l’ouverture du capital des pharmacies, la révision du mode de rémunération des grossistes et une restructuration progressive du tissu officinal.

Le Conseil de la concurrence a publié les principales recommandations de son avis consacré à la réforme des marchés de la distribution des médicaments au Maroc, tant en gros qu’au détail. L’institution appelle notamment à revoir le mode de rémunération des grossistes-répartiteurs et à revaloriser les marges sur les médicaments onéreux, estimant que le système actuel montre aujourd’hui ses limites.

Lors d’une conférence de presse tenue à Rabat, le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, a indiqué que l’intégralité de cet avis sera publiée prochainement, sans préciser de date.

Dans un document de synthèse, le Conseil recommande notamment l’instauration d’un cadre de régulation des délais de paiement afin de corriger «les asymétries» dans les relations commerciales qui pèsent sur les grossistes.

L’institution suggère également la mise en place de nouveaux critères pour l’implantation des pharmacies, en prenant en compte les aspects démographiques et géographiques. Elle propose notamment de réduire à un kilomètre la distance minimale entre deux officines et d’assouplir, de manière encadrée, les horaires d’ouverture afin de garantir un accès permanent aux médicaments.

Le Conseil de la concurrence propose par ailleurs l’adoption d’un nouveau modèle de rémunération des officines, fondé notamment sur la valorisation de l’acte pharmaceutique. Il recommande aussi l’instauration, à terme et sous certaines conditions, d’un droit de substitution permettant au pharmacien de proposer un médicament générique équivalent, afin d’améliorer l’accès aux traitements et de réduire les coûts. Cette mesure s’accompagnerait de l’élaboration d’un référentiel des génériques et du renforcement de la présence des pharmaciens et de leurs équipes au sein des officines.

Le document évoque également la nécessité de mettre en place un dispositif «national de soutien financier» pour la distribution des médicaments. Celui-ci pourrait prendre la forme d’un fonds de garantie public-privé destiné à soutenir l’installation de nouvelles pharmacies dans les zones sous-dotées et à faciliter le rachat ou la transmission des officines existantes.

Ahmed Rahhou a enfin plaidé pour l’engagement «d’une restructuration progressive et encadrée du tissu officinal» afin de «lever les contraintes organisationnelles actuelles» et de renforcer «la soutenabilité du modèle».

Selon lui, l’analyse comparative internationale met clairement en évidence «la nécessité de faire évoluer le modèle officinal national». «Il faut ouvrir le capital des officines pour permettre plus d’investissement et consolider le système de distribution des médicaments», a déclaré le président du Conseil, ajoutant que la réforme devra être menée progressivement et en concertation avec les différentes parties prenantes, notamment le gouvernement et le Parlement.

«Si nous ne nous ouvrons pas, nous allons droit vers le mur», a-t-il averti, précisant que cet avis s’inspire d’expériences menées dans une dizaine de pays ayant adopté des modèles différents.

Interrogé sur la position récente du gouvernement, qui évoque un report de cette réforme, ainsi que sur l’opposition exprimée par certains syndicats de pharmaciens, Ahmed Rahhou a rappelé que le Conseil rend un avis consultatif. «Le Conseil a son avis et l’Exécutif a le sien. Il faut d’abord consolider le dialogue et la concertation», a-t-il indiqué.

Le président du Conseil a également souligné que la réforme apparaît nécessaire au regard de la forte densité officinale au Maroc. Le pays compte en effet 38,4 pharmacies pour 100.000 habitants, soit près du double de la recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise une pharmacie pour 5.000 habitants.

Le benchmark international réalisé par le Conseil suggère ainsi qu’une évolution du modèle officinal marocain vers des équipes pharmaceutiques composées de deux à trois pharmaciens par officine pourrait constituer un levier pour améliorer l’offre de services, absorber les nouveaux diplômés et renforcer la viabilité économique du secteur.

Le Maroc compte aujourd’hui plus de 15.000 pharmaciens. Le chiffre d’affaires des officines est estimé à près de 13 milliards de dirhams, sur un total d’environ 25 milliards de dirhams pour l’ensemble de l’écosystème du médicament, incluant l’industrie pharmaceutique et les grossistes.

«Ou bien on ouvre le capital des pharmacies, ou bien on stopperait la sortie de nouveaux diplômés durant deux à trois ans pour réguler le marché et rouvrir graduellement les vannes des nouveaux pharmaciens. C’est la réforme ou la stagnation», a conclu Ahmed Rahhou.

Face à un secteur sous tension, le Conseil de la concurrence estime qu’une transformation progressive du modèle officinal devient incontournable. Entre ouverture du capital, nouvelles règles d’implantation et modernisation de la rémunération des pharmaciens, l’enjeu est désormais de concilier accessibilité des médicaments, viabilité économique du secteur et qualité du service rendu aux patients.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 10/03/2026 à 17h36