Manuels scolaires: la multiplication des marchés publics enfonce les ménages et attise la colère des libraires

Manuels scolaires. (Photo d'illustration) . DR

Revue de presseKiosque360. Les parents d'élèves viennent de se faire duper. Ils ont été contraints d'acheter les mêmes manuels deux fois. Les libraires, eux, dénoncent des «accointances» entre le ministère et les éditeurs de manuels scolaires qui bénéficient de marchés publics juteux.

Le 18/10/2020 à 18h19

C'est désormais une coutume. Les programmes scolaires, et donc les manuels, changent chaque année. Fini les temps où les cadets héritaient des manuels de leurs aînés. Les familles s'y sont habituées. Aujourd'hui, le problème est bien plus grave. Les parents d'élèves sont obligés d'acheter le même manuel deux fois pour le même enfant. C'est ce que le quotidien Al Massae qualifié de «dol» pur et simple, dans son édition du lundi 19 octobre. Une manoeuvre frauduleuse dont les parents d'élèves sont les victimes, précise le quotidien.

En fait, explique Al Massae, les parents ont été poussés à acheter les manuels disponibles dans les librairies à la veille de la rentrée scolaire. Sauf qu'il s'agit des éditions de 2019. Celles de 2020 n’étaient prêtes qu'à la dernière minute. Et les parents ont été, encore une fois, obligés d'acheter les nouveaux manuels qui, souligne le quotidien, ne présentent que de légères modifications par rapport aux précédents. Cela s'est passé dans plusieurs villes, dont Casablanca, Rabat et Tanger.

Selon Al Massae, il s'agit d'une machination. Un plan qui permettrait aux maisons d'édition de liquider leur stock de l'année dernière avant de mettre les nouvelles éditions des manuels sur le marché. Quelles qu'en soient les raisons, le changement, chaque année, des manuels scolaires, vaut beaucoup de critiques au gouvernement. La direction des curricula au ministère de l'Education nationale décide chaque année d'apporter quelques modifications aux programmes, ce qui justifie l'édition de nouveaux manuels et donc de nouveaux marchés à prendre par les éditeurs. Et ce sont des marchés qui portent, souligne le quotidien, sur des centaines de millions de dirhams. 

Pour les libraires, c'est pure perte. Ils ne peuvent plus écouler les éditions qu’ils avaient déjà en stock à la rentrée suivante. Et pour ne rien arranger, ils doivent également faire face à la colère des parents abusés. D’où leurs nombreuses protestations. La dernière fois qu'ils sont montés au créneau, rappelle le quotidien, c'était il y a deux ans. L'association des libraires était, en effet, allée jusqu’à taper à la porte du chef du gouvernement. D'après le quotidien, l'association se serait plainte de «connivences» entre les sociétés éditrices des manuels scolaires et les services du ministère de l'Education nationale.

En réaction, la direction des curricula a décidé de geler le processus d'actualisation des manuels scolaires. Sauf que, note le quotidien, cette direction a de nouveau repris le processus. Ce qui lui valu encore une fois les critiques des libraires. D'après Al Massae, le secteur de l'édition scolaire est caractérisé par une grande anarchie. Cela au moment où ce sont les mêmes responsables du ministère qui continuent de faire la pluie et le beau temps dans le secteur depuis des années. Il s’agit, assure le quotidien, de deux directeurs centraux, proches du PJD, pour lesquels le chef du gouvernement ne cesse de faire pression afin qu'ils puissent bénéficier d'une prorogation renouvelée de leur mandat au poste.

Par Amyne Asmlal
Le 18/10/2020 à 18h19