Crédit Agricole du Maroc x 1-54 Contemporary African Art Fair: une immersion culturelle pour 40 jeunes d’Al Haouz

Crédit Agricole du Maroc x 1-54: une immersion culturelle pour 40 jeunes d’Al Haouz

Quarante jeunes venus d’Al Haouz ont découvert la 1-54 Contemporary African Art Fair. (S.Belghiti/Le360)

Le 09/02/2026 à 15h27

VidéoQuarante jeunes venus d’Al Haouz ont découvert Marrakech autrement ce 8 février. Grâce au Crédit Agricole du Maroc, ils ont visité la 1-54 Contemporary African Art Fair puis le MACAAL. Ils sont repartis avec des idées plein la tête. Compte-rendu.

Dimanche 8 février. Le bus s’arrête devant les hauts murs ocres de La Mamounia peu avant dix heures. Les quarante jeunes issus de la province d’Al Haouz, accompagnés par l’Association Aghbalou pour l’éducation, descendent un par un, silencieux, presque impressionnés par le portail monumental. Quoi de mieux que de franchir les portes de l’un des lieux les plus mythiques de Marrakech pour entamer cette rencontre avec la création africaine contemporaine, grâce à une initiative portée par le Crédit Agricole du Maroc aux côtés de l’Association Aghbalou pour l’éducation.

10:15. À l’intérieur, leurs visages trahissent surtout l’étonnement et l’excitation. Ils avancent lentement dans l’espace dédié à la 1-54 Contemporary African Art Fair, la plus grande foire dédiée à l’art contemporain africain, organisée à Londres, New York et Marrakech, qui s’est tenue du 5 au 8 février 2026. Ils observent les détails de l’architecture et s’arrêtent devant les œuvres sans précipitation. Deux médiateurs culturels les accueillent et les répartissent en petits groupes avant d’entamer cette première exploration guidée.

Premier temps: la foire 1-54 à La Mamounia

10:25. «C’est magique», «j’aime bien les couleurs et la matière», «j’essaierai moi aussi de dessiner comme ça, même si ce ne sera pas pareil, mais je ferai de mon mieux»... Autour des œuvres exposées, les chuchotements se propagent d’un groupe à l’autre. Les jeunes confrontent leurs impressions, désignent certains détails du doigt, échangent des sourires complices avant de s’approcher encore un peu. C’est alors qu’intervient une médiatrice, qui ne commence pas par expliquer, mais par questionner: «Qu’est-ce que cette œuvre vous fait ressentir?» Un silence suivi d’une pluie de réponses.

«De la chaleur», «du mouvement», «de la joie»… Elle sourit, puis commence à présenter l’artiste. Elle parle de son parcours, de son lien avec l’Afrique, de sa manière de travailler la couleur et la matière et invite chacun à garder sa propre lecture. Les jeunes, qui étaient un peu timides au départ, osent désormais intervenir. Ils commentent, questionnent et comparent avec ce qu’ils connaissent de leurs paysages et de leur quotidien. Peu à peu, l’œuvre cesse d’être un objet devant eux pour devenir un miroir dans lequel ils reconnaissent des fragments de leur quotidien. Et c’est précisément ce glissement que le Crédit Agricole du Maroc a souhaité rendre possible.

À travers cette immersion à la 1-54 puis au MACAAL, l’institution bancaire a fait le choix de l’émotion et de l’échange plutôt que du discours, convaincue que l’art peut transformer les regards. Une approche assumée, explique-t-on du côté de cette banque universelle, qui se veut à l’écoute des nouvelles générations et persuadée que la culture peut constituer à la fois un levier d’émancipation et un puissant moteur d’inspiration.

10:45. Touria El Glaoui, fondatrice de la Foire 1-54, est là aussi, en train d’observer ces jeunes. Elle regarde leurs visages, leurs gestes, la façon dont ils s’approchent des œuvres, comment ils chuchotent entre eux, comment certains osent lever la main pour poser une question. On la sent attentive, presque touchée par cette scène qui incarne exactement ce qu’elle a toujours défendu avec la foire: faire circuler l’art contemporain africain au-delà des cercles habituels et le mettre à portée de nouveaux regards.

«Vous êtes ici à la 7ème édition de la 1-54 Contemporary African Art Fair. C’est une plateforme dédiée à la promotion des artistes du continent africain et de la diaspora africaine. Nous sommes à La Mamounia, où nous accueillons 23 galeries venues de 12 pays différents, avec un accent particulier sur la création contemporaine marocaine, puisque 7 galeries sont basées au Maroc, les autres venant du reste du continent africain et d’Europe», fait-elle savoir.

La fondatrice de 1-54 voit dans cette matinée la preuve vivante de l’intérêt du partenariat avec le Crédit Agricole du Maroc. Elle insiste sur le fait que la foire ne peut pas être seulement un rendez-vous pour galeristes et collectionneurs. Elle doit aussi être un lieu où de nouveaux publics entrent, regardent, questionnent et s’approprient les œuvres.

Avec le Crédit Agricole du Maroc, l’idée a été d’ouvrir 1-54 à des jeunes qui n’auraient pas forcément eu accès à ce type d’événement. Pas pour leur «enseigner» l’art, mais pour leur permettre de le vivre directement, sans filtre.

Un partenariat qui se projette déjà dans l’avenir

Voir ces jeunes circuler entre les stands, parler avec les médiateurs et s’arrêter longuement devant certaines œuvres montre, selon elle, que l’art contemporain peut trouver un écho bien au-delà des cercles habituels. Pour Touria El Glaoui, c’est là que la foire prend une autre dimension. Pas seulement un événement international, mais un espace de rencontre entre la création africaine et la jeunesse marocaine. Cela a été rendu possible grâce à ce partenariat avec la Banque verte.

«J’espère que ce partenariat sera renouvelé parce que, pour nous, il est très important que la communauté se sente aussi incluse dans la Foire 1-54. Nous travaillons à promouvoir des artistes du continent africain qui manquent souvent de visibilité et de plateformes. Pouvoir partager cette foire avec la communauté locale, dont nous faisons partie, est essentiel. Et aujourd’hui, en voyant ces jeunes ici, on se dit que cela prend tout son sens», confie-t-elle tout sourire.

Vanessa Branson, entrepreneure britannique, mécène de l’art et actrice culturelle, largement reconnue pour son rôle dans la promotion de l’art contemporain, s’approche du groupe à son tour. Elle prend quelques secondes pour observer les jeunes avant de s’adresser à eux avec une voix douce mais chargée d’émotion. «L’art n’appartient pas qu’aux grandes villes ni aux élites. Il vous appartient aussi. Vous les jeunes, vous avez le droit d’entrer, de regarder, de questionner, d’aimer ou de ne pas aimer. Et surtout, vous avez le droit d’imaginer votre propre place dans ce monde», dit-elle.

Un silence presque religieux suit ses mots. Plusieurs jeunes se regardent, comme s’ils réalisaient soudain que leur présence ici est pleinement légitime. L’un d’eux murmure à son camarade qu’«elle a raison sur toute la ligne».

Deuxième temps, le MACAAL

11:25. Le bus quitte La Mamounia pour rejoindre le MACAAL, Musée d’art contemporain africain Al Maaden. Le changement est immédiat. Après le faste historique de l’hôtel mythique, les jeunes découvrent une architecture contemporaine, sobre et lumineuse.

À l’entrée du musée, deux médiateurs culturels prennent le relais et proposent une autre manière de regarder l’art, moins linéaire, plus circulaire. Ils invitent les jeunes à une exploration transversale du musée, organisée non pas par pays ou par artistes, mais autour de sept grands contours thématiques qui traversent les pratiques africaines contemporaines, à l’image des «sept saints» de la ville ocre.

Dès les premiers pas, l’excitation est palpable. Les jeunes ne chuchotent plus, ils commentent à voix haute, se penchent vers leurs camarades, montrent du doigt, s’interpellent. Certains prennent des photos, d’autres notent des mots dans leurs carnets. On sent qu’ils ne sont plus intimidés, mais curieux… presque impatients.

12:05. Jalal serre encore son carnet contre lui. Il raconte qu’il n’imaginait pas qu’un musée pouvait lui parler autant. Il dit que les couleurs l’ont frappé comme une musique et qu’il a eu l’impression d’entrer dans un monde qu’il connaissait déjà sans vraiment le voir. Ghita sourit en regardant ses photos sur son téléphone. Elle explique que les œuvres lui ont ouvert un nouveau monde, moins strict, plus libre, où l’on peut mélanger le réel et l’imaginaire. Les teintes vives l’ont marquée, surtout les rouges et les ocres qui lui ont rappelé les montagnes d’Al Haouz.

Le message à retenir

Ismail marche lentement à côté du groupe. Il confie qu’avant il pensait que l’art contemporain était compliqué et éloigné de sa vie. Après la visite, il se rend compte que les artistes parlent de nature, de mémoire et de mouvement, des choses qu’il ressent au quotidien. Il dit qu’il a découvert une manière différente de regarder le monde.

13:00. Salma regarde une dernière fois vers le musée avant de monter dans le bus. Elle explique qu’elle a eu le sentiment de voyager sans quitter Marrakech. Pour elle, cette visite a été une découverte totale. Elle repart avec l’envie d’en savoir plus et de revenir prochainement. Autour d’eux, les discussions se poursuivent tandis que le bus démarre. Les jeunes ne parlent plus seulement de ce qu’ils ont vu, mais de ce qu’ils imaginent désormais possible pour eux. Et c’est justement le message que veut transmettre le Crédit Agricole du Maroc. Être présent non seulement dans les champs, mais aussi dans les lieux où se forment les idées. Accompagner les jeunes, favoriser les échanges, la découverte et la compréhension des œuvres et des démarches artistiques, mais surtout leur montrer qu’il existe d’autres espaces pour grandir. Ce dimanche en a été la preuve. Mission réussie…

Par Hajar Kharroubi et Sif Belghiti
Le 09/02/2026 à 15h27