Centres d’appel: des dizaines de milliers d’emplois menacés

Des téléconseillers dans un centre d’appels.

Revue de presseL’entrée en vigueur imminente d’une nouvelle réglementation en France sur le démarchage téléphonique fait planer une lourde menace sur le secteur de l’offshoring au Maroc. Fortement dépendant du marché français, ce pilier de l’économie des services pourrait voir disparaître jusqu’à 50.000 emplois, dans un contexte marqué par l’absence de mesures d’accompagnement et le risque d’une crise sociale majeure. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 31/03/2026 à 18h47

Face à une crise imminente qui menace l’un des piliers de l’économie des services au Maroc, les dirigeants des centres d’appel et de l’offshoring expriment leur préoccupation. Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération des centres d’appel et des métiers de l’offshoring, appelle les autorités publiques à assumer leurs responsabilités pour faire face aux répercussions de la nouvelle législation française à ce propos, qui pourrait profondément bouleverser profondément cette activité, relaie le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce mercredi 1er avril.

Selon Ayoub Saoud, des dizaines de milliers de Marocains risquent de perdre leur emploi dans les prochains mois, à cause de l’entrée en vigueur, prévue dès le mois d’août, d’une nouvelle loi interdisant le démarchage téléphonique sans le consentement préalable, et explicite, des personnes appelées. Cette mesure pourrait porter un coup fatal à de nombreuses PME marocaines dont l’activité repose essentiellement sur de la prospection téléphonique. Le secrétaire général de la Fédération des centres d’appel et des métiers de l’offshoring souligne toutefois la difficulté d’établir des chiffres précis concernant le nombre de travailleurs concernés. «L’activité des centres d’appel au Maroc se caractérise par une certaine opacité, notamment due à l’existence de structures informelles, échappant aux statistiques officielles», a-t-on pu lire dans Al Ahdath Al Maghribia. Malgré cette incertitude, selon les estimations, le constat est préoccupant: des dizaines de milliers de jeunes employés pourraient se retrouver sans emploi, notamment dans des grandes villes comme Casablanca, Marrakech, Tanger ou Meknès, mais aussi dans des agglomérations plus modestes, où ces entreprises se sont implantées ces dernières années.

Ce qui rend la situation d’autant plus critique, selon Ayoub Saoud, c’est que cette perspective n’a rien de nouveau. Depuis plusieurs mois déjà, les professionnels de cette activité avertissaient les autorités des conséquences de cette législation. Pourtant, aucune mesure concrète n’aurait été instaurée pour anticiper ou atténuer ses effets. Une inaction que le secrétaire général de la Fédération des centres d’appel et des métiers de l’offshoring juge «préoccupante», allant jusqu’à évoquer «un risque pour la souveraineté économique du Maroc» dans un «secteur stratégique largement tourné vers l’export».

Au cœur des inquiétudes des professionnels de cette activité, l’absence de mécanismes de protection pour les travailleurs. Sans encadrement strict, de nombreux salariés pourraient non seulement perdre leur emploi, mais aussi être privés de droits élémentaires, comme des indemnités de licenciement ou des compensations liées à l’ancienneté. Ayoub Saoud évoque même des cas récents où des employeurs auraient fermé leurs entreprises du jour au lendemain avant de quitter le territoire, laissant des dizaines de salariés sans recours, écrit Al Ahdath Al Maghribia.

Plusieurs pistes sont avancées pour tenter de limiter les dégâts. La première consiste à établir un recensement précis des entreprises et des employés du secteur, afin de mieux comprendre l’ampleur de la crise, et d’assurer un suivi efficace. Il est également question de mobiliser les grandes entreprises du secteur, qui ont bénéficié par le passé d’avantages fiscaux et de soutiens publics, pour accompagner les structures plus fragiles dans cette période difficile. Au-delà de ces mesures d’urgence, c’est toute la stratégie de développement du secteur qui est remise en question. Le secrétaire général de la Fédération des centres d’appel et des métiers de l’offshoring appelle à «investir davantage dans le capital humain, renforcer la formation et encourager la diversification des activités». Dans un contexte marqué par la montée en puissance de l’intelligence artificielle, il devient crucial de préparer les travailleurs aux métiers de demain afin d’assurer la pérennité de l’écosystème, ajoute le quotidien

La nouvelle loi française prévoit des sanctions particulièrement lourdes en cas de non-respect de ses dispositions. Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre 75.000 euros pour les particuliers et 375.000 euros pour les entreprises, avec des pénalités pouvant aller jusqu’à 20% du chiffre d’affaires annuel ou même des peines de prison en cas d’infractions graves. Si les équipes commerciales sont directement concernées, les répercussions pourraient également toucher d’autres fonctions, telles que le support technique, les ressources humaines ou les services administratifs.

Avec près de 80% de l’activité des centres d’appel marocains tournée vers le marché français, l’impact potentiel de cette réglementation est considérable. Entre 40.000 et 50.000 emplois s’en trouvent directement menacés, faisant craindre une crise sociale majeure, si aucune réponse rapide et coordonnée n’est apportée.

Par La Rédaction
Le 31/03/2026 à 18h47