Un mois de compétition, des centaines de milliers de supporters en mouvement, six villes hôtes… «Et, à l’arrivée, un constat partagé par les observateurs: aucun incident majeur, aucune rupture dans la chaîne sécuritaire, aucune image de chaos. Un succès que les autorités marocaines revendiquent comme le fruit d’une stratégie pensée sur le long terme par le pays dirigé par le roi Mohammed VI», écrit Le Journal du Dimanche (JDD).
Comme le souligne le JDD, la Coupe d’Afrique des nations 2025 s’est déroulée sans incident majeur, malgré l’ampleur logistique et humaine de l’événement. Cinquante et un matchs, organisés sur près d’un mois, ont généré des flux massifs de supporters, marocains comme étrangers, dans un contexte de ferveur populaire permanente. Autant de facteurs de risque que les autorités marocaines ont su neutraliser grâce à une stratégie de sécurité pensée bien en amont.
C’est ainsi que dès l’attribution de la compétition par la Confédération africaine de football, l’ensemble des acteurs concernés a été mobilisé. «Quand la CAN a été attribuée au Maroc, tout le monde s’est mis autour de la table: autorités locales, ministères, transports, tourisme, sécurité. Rien n’a été laissé au hasard», explique au JDD Zachary Hajjaj, commissaire divisionnaire à la direction générale de la sécurité publique.
Cette coordination transversale, décrite comme la clé du succès, a permis de bâtir un dispositif global où chaque détail comptait, des accès aux stades jusqu’à la dispersion des foules après les matchs. «Ce n’est pas le travail d’un jour, ni même d’une compétition. C’est une préparation de plusieurs années, avec une coordination très fine entre tous les acteurs», insiste le responsable.
Sur le terrain, cette organisation s’est traduite par un déploiement humain massif, calibré en fonction des rencontres. Autour des matchs de l’équipe nationale, jusqu’à 4.000 policiers ont été mobilisés, épaulés par près de 2.000 agents supplémentaires. Un dispositif visible autour des enceintes sportives, mais pensé pour ne jamais devenir oppressant. «La réussite d’un match, c’est quand les supporters entrent, profitent du spectacle, ressortent et retrouvent leurs moyens de transport sans même se rendre compte de l’ampleur de la sécurité déployée», résume Zachary Hajjaj.
La gestion des foules a constitué l’un des enjeux centraux de cette CAN. Un stade de près de 70.000 places, ce ne sont pas seulement des supporters dans les gradins pendant 90 minutes, mais des flux continus avant et après les rencontres. Trains, TGV, tramways, autoroutes et bus ont été pensés comme un système interconnecté, capable d’absorber des dizaines de milliers de personnes sans créer de rupture dans la ville. À Rabat, Marrakech ou Fès, cette mécanique a fonctionné. Les supporters adverses se croisent, parfois se mélangent. «Lors de certains matchs, des supporters étrangers étaient au milieu du public marocain, avec leurs drapeaux et leurs chants. Ils riaient ensemble», observe le commissaire divisionnaire.
«C’est aussi ça, l’objectif de ces compétitions: le vivre-ensemble», poursuit-il. Pour parvenir à ce niveau de maîtrise, le Maroc s’est également appuyé sur un arsenal technologique de grande ampleur. Le JDD détaille un dispositif reposant sur la vidéoprotection urbaine, des caméras haute définition dans les stades, des drones de surveillance et des centres de commandement interconnectés. À Rabat, près de 4.000 caméras sont reliées à deux centres de commandement, tandis que le stade de la capitale en compte environ 800, capables de zoomer et d’identifier des individus en temps réel.
(K.Sabbar/Le360)
Ces outils ont permis non seulement de surveiller, mais surtout d’anticiper. La finale, marquée par une fin de match tendue et un envahissement de pelouse dans un contexte de confusion, a servi de test grandeur nature. Là encore, la réactivité du dispositif a permis d’éviter toute escalade.
La question des drones, devenue centrale lors des grands événements internationaux, a également été intégrée au dispositif marocain. «Ce ne sont pas des menaces spécifiques contre la CAN, ce sont des standards internationaux», précise le responsable. Des systèmes anti-drones comparables à ceux déployés lors de la Coupe du monde 2022 ou de l’Euro ont été installés autour des enceintes sportives: détection, identification, brouillage, puis neutralisation si nécessaire.
Le directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, Abdellatif Hammouchi, a effectué, ce dimanche 18 janvier, une visite d’inspection au Stade Moulay Abdellah avant la finale de la CAN.
Sur le plan judiciaire, le Maroc a fait le choix d’une réponse rapide et pragmatique. Les infractions sont restées limitées, à savoir trois à quatre interpellations en moyenne par match, le plus souvent pour usage de fumigènes ou défaut de billet. Des bureaux judiciaires installés directement dans les stades ont permis de traiter ces cas sur place.
Cette CAN 2025 a également servi de laboratoire de coopération internationale. À Salé, un centre de coopération policière africaine a réuni des officiers de liaison de 49 pays, avec la présence d’Interpol. Des policiers européens et nord-américains ont été associés au dispositif. «Il y a eu des formations, des échanges d’expertise, des visites croisées. On apprend des autres, et les autres apprennent de nous», souligne le commissaire divisionnaire.
(Y.Mannan/Le360)
Parmi les observateurs les plus attentifs, les États-Unis. Une délégation du FBI s’est rendue au Maroc pour étudier le comportement des supporters et les dispositifs mis en place. Les Britanniques, eux, se sont particulièrement intéressés au système de Fan ID, liant billet et identité numérique. «Ils ont confirmé son importance après l’avoir vu fonctionner concrètement ici», rapporte-t-il, alors que le Royaume-Uni et l’Irlande accueilleront l’Euro 2028.
Derrière cette CAN réussie, l’objectif est déjà clairement identifié: 2030. La Coupe du monde organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal se prépare dès maintenant. «Les Espagnols et les Portugais siègent déjà dans nos centres de coopération. C’est un chantier de longue haleine», reconnaît Zachary Hajjaj. Sécurité, transports, aéroports, hôtellerie... «C’est un pack global qu’il faut maîtriser».
«Avec cette CAN 2025, le Maroc n’a pas seulement organisé un tournoi. Il a exposé un modèle dont la France devrait s’inspirer», fait remarquer le JDD. Une vision où la sécurité n’est pas synonyme d’interdiction ou de restriction systématique, mais d’anticipation, d’organisation et de confiance. Une répétition générale grandeur nature, avant le rendez-vous planétaire de 2030.
























