Alors que le ministère de l’Intérieur, chargé de superviser les opérations électorales au Maroc, s’emploie à assainir le processus des prochaines élections législatives, la question de la transhumance électorale revient sur le devant de la scène. «Ce phénomène, qui voit des candidats changer d’affiliation politique à l’approche des scrutins, continue d’intriguer les observateurs de la vie politique, soulevant des interrogations sur l’équilibre entre les intérêts personnels des candidats et la force des formations politiques qui les accueillent», écrit le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du lundi 26 janvier.
Le cadre légal a été partiellement revu pour répondre à ces défis. La révision de la loi régissant l’élection des membres de la Chambre des représentants a été validée par la Cour constitutionnelle, dans le but de protéger le processus électoral et de prévenir les manipulations. Cependant, la loi sur les partis politiques ne traite pas directement de la transhumance électorale ni de l’abandon de l’affiliation initiale lors des scrutins. En revanche, le texte s’inspire de l’article 61 de la Constitution, stipulant que tout parlementaire qui quitte son parti ou son groupe parlementaire perd son statut, cette disposition étant étendue aux collectivités territoriales. La Cour constitutionnelle peut alors déclarer le siège vacant sur la base d’une requête du président de l’assemblée concernée, conformément au règlement intérieur du conseil compétent.
«Dans la pratique, certains partis adoptent des stratégies différentes», lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia. Au sein du Parti Authenticité et Modernité (PAM), le bureau politique a déjà finalisé la plupart de ses listes de candidats pour les législatives, à l’exception de quelques circonscriptions majeures encore en discussion. Les figures influentes du parti feront partie des candidats, mais le bureau politique a également décidé d’intégrer de nouveaux profils n’ayant jamais participé à des élections. La commission nationale des élections du PAM, composée de dirigeants tels que le responsable national de l’organisation Samir Koudar, le président du groupe parlementaire Ahmed Touizi, ainsi que Mohamed Hammouti, l’Arabi Mahrachi et Hicham Sabri, travaille actuellement à la désignation des candidats dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat et Fès.
Cette stratégie répond à une dynamique récente: le PAM attire de plus en plus de parlementaires provenant du Rassemblement National des Indépendants (RNI), parti qui mène actuellement la coalition gouvernementale. Selon des sources proches, plusieurs figures de premier plan du RNI ont exprimé leur volonté de rejoindre le PAM, notamment après le départ d’Aziz Akhannouch de la tête du RNI. Toutefois, la finalisation des listes de candidats du PAM limite désormais ces opportunités. «Les observateurs soulignent que la transhumance politique, souvent surnommée mercato électoral, reste très active, notamment lorsque certains partis refusent d’accorder leurs investitures», souligne Al Ahdath Al Maghribia.
Cependant, l’initiative du PAM n’est pas nécessairement suivie par les autres partis. Dans certains cas, des élus cherchent à changer de formation afin de maximiser leurs chances lors des élections, comme l’illustre la volonté d’Idris Sentissi, président du groupe parlementaire du Mouvement Populaire, de se présenter sous les couleurs du Parti de l’Indépendance. Face à cette réalité, le ministère de l’Intérieur s’oriente vers un renforcement des mesures légales afin de freiner ce phénomène et de garantir un processus électoral plus transparent et crédible.
Malgré ces efforts, la transhumance politique reste stimulée par la stratégie des partis qui cherchent à séduire les personnalités influentes et les détenteurs de ressources financières capables de mobiliser des électeurs. Les partis jouent donc un rôle clé dans le maintien de ce phénomène, attirant souvent des «déçus» d’autres formations pour renforcer leurs chances électorales. Les experts estiment que cette pratique restera difficile à encadrer légalement, car les motivations derrière la transhumance persistent au sein du paysage politique marocain.
Lors de la réunion de septembre dernier entre le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, et plusieurs représentants des partis politiques pour préparer les prochaines élections, la question de la transhumance a été largement discutée, avec des demandes insistantes visant à limiter ce phénomène et à protéger la crédibilité des scrutins, ainsi qu’à empêcher les personnes poursuivies pour corruption de se présenter aux élections.








