À l’approche des prochaines échéances électorales, la question de la représentation des femmes dans les institutions élues revient au premier plan. «Cette problématique s’inscrit dans un paradoxe persistant: alors que la présence des femmes dans la vie politique marocaine progresse progressivement, l’objectif de parité consacré par la Constitution de 2011 demeure encore loin d’être atteint», indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mercredi 11 mars.
Dans ce contexte, le ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille a annoncé, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le lancement du programme «Moucharaka» pour la période 2026-2027. Cette initiative vise, selon le ministère, à renforcer le leadership féminin dans la vie politique et à soutenir la présence des femmes dans les postes de décision.
Si cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts menés pour promouvoir l’autonomisation politique des femmes, son lancement intervient à un moment particulier. «En effet, il coïncide avec la phase de préparation des prochaines élections prévues le 23 septembre 2026, ce qui relance le débat sur la capacité des programmes publics à produire des effets concrets à court terme, ainsi que sur le niveau de coordination entre les différents départements concernés par ce chantier», souligne Al Ahdath Al Maghribia.
Les données officielles indiquent que les femmes occupent actuellement environ 24% des sièges à la Chambre des représentants, soit près de 96 députées sur un total de 395 parlementaires. Ce chiffre marque une progression par rapport aux élections de 2016, qui avaient conduit à l’élection de 81 femmes, mais il reste encore éloigné de l’objectif de parité inscrit dans la Constitution.
Au niveau des collectivités territoriales, la présence féminine atteint environ 26,6 % dans les conseils communaux et près de 38,5% dans les conseils régionaux. Une partie de cette évolution est attribuée à l’adoption de mécanismes législatifs visant à encourager la représentation féminine, notamment le système des listes régionales qui garantit un seuil minimal de présence des femmes à la Chambre des représentants. Ce dispositif s’inscrit dans une approche transitoire destinée à élargir progressivement la participation des femmes à la vie politique. Ces chiffres traduisent ainsi une avancée graduelle, tout en mettant en évidence l’écart persistant entre l’ambition constitutionnelle de parité et la réalité de la présence féminine dans les sphères de décision.
Le programme «Moucharaka» s’inscrit dans cette dynamique. Selon le ministère, il vise à renforcer la participation politique des femmes à travers plusieurs mesures, dont l’organisation de sessions de formation destinées aux leaders féminines dans les différentes régions du Royaume. Une campagne nationale de sensibilisation sera également lancée afin de promouvoir l’importance de la participation politique des femmes et de lutter contre les stéréotypes encore associés à l’engagement féminin dans ce domaine.
«Le programme prévoit aussi la réalisation d’une étude scientifique sur les femmes et la participation politique», écrit Al Ahdath Al Maghribia. L’objectif est de produire des données précises susceptibles de servir de base à l’élaboration et à l’amélioration des politiques publiques liées à l’autonomisation politique des femmes. À travers cette initiative, le ministère entend contribuer à élargir la base des cadres féminins au sein des partis politiques et des institutions élues, afin d’accroître leur représentation dans la vie politique.
Toutefois, la question de la participation politique des femmes dépasse le seul cadre du ministère de la Solidarité. Elle implique également l’intervention de plusieurs départements gouvernementaux, notamment le ministère de l’Intérieur. Celui-ci supervise en effet les mécanismes de financement public destinés aux partis politiques, qui incluent des programmes de formation et de soutien visant à renforcer la présence des femmes dans les structures partisanes. Il joue également un rôle central dans la gestion du cadre juridique et organisationnel des élections.
Cette multiplicité d’intervenants pose néanmoins la question de la coordination entre les différentes approches adoptées par les institutions publiques et de leur capacité à produire un impact cumulatif et durable.
Dans ce contexte, le lancement du programme «Moucharaka» ravive plusieurs interrogations qui traversent le débat public autour de l’autonomisation politique des femmes. Certains s’interrogent notamment sur la capacité de ces initiatives à s’inscrire dans une véritable continuité des politiques publiques en faveur de la participation politique féminine, ou si elles restent des initiatives sectorielles nécessitant davantage de coordination et d’évaluation.
Le débat porte également sur la nature des obstacles qui continuent de freiner l’engagement des femmes en politique. S’agit-il principalement d’un manque de formation et d’encadrement politique, ou bien d’autres facteurs liés à la structure du champ partisan et aux mécanismes de sélection des candidatures au sein des organisations politiques ?
Une autre question concerne l’impact réel des programmes lancés à proximité des échéances électorales. Certains observateurs s’interrogent sur leur capacité à produire des résultats visibles dès le prochain cycle électoral, ou si leurs effets ne se manifesteront qu’à moyen terme.
Enfin, la question de la coordination entre les différents départements gouvernementaux impliqués dans le soutien à la participation politique des femmes reste posée, tout comme celle de l’existence d’une vision intégrée capable de transformer ces initiatives en résultats concrets au sein des institutions élues.








